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vendredi 25 septembre 2020
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Crise sécuritaire du Mali: le piège de la stigmatisation et de la catégorisation

De l’Empire du Ghana à l’Empire du Songhaï, en passant par celui du Mandingue, les noirs et les blancs ont toujours vécu ensemble tant bien que mal pendant des siècles chacun respectant l’autre avec son identité. Dans un tel contexte socio-historique, notre compatriote Sambou Sissoko pense que la revendication politique d’un territoire dénommé Azawad sur la base de la couleur de la peau par un groupuscule n’est qu’une intrigue d’individus soutenus par les puissances d’argent et la communauté dite internationale. M. Sissoko conseille les Maliens à éviter de tomber dans le piège de la stigmatisation et de la catégorisation tendu par les stratèges de l’OTAN qui n’ont de visée que les matières premières stratégiques.

Non ! Au Mali, il n’y a pas de conflit entre noirs et blancs encore moins entre blancs et blancs ou entre noirs et noirs…
Certains «experts» présentent la crise sécuritaire du Mali dans les médias occidentaux sous l’angle d’une population à peau blanche minoritaire qui refuse de se soumettre à la domination d’une population à peau noire majoritaire uniquement dans le but de nous monter les unes contre les autres. Ce que ces soi-disant connaisseurs de la question touareg essaient de cacher à l’opinion publique internationale, c’est que de l’Empire du Ghana à l’Empire du Songhaï, en passant par l’Empire du Mandingue, les noirs et les blancs ont toujours vécu ensemble tant bien que mal pendant des siècles chacun respectant l’autre avec son identité. Tantôt les noirs prenaient le dessus sur les blancs dans le contrôle et l’exercice de l’autorité publique de l’Empire, tantôt c’est l’inverse, mais dans tous les cas, des mécanismes sociaux existaient en vue de réguler les rapports de force. Nous avons connu des conquérants réputés aussi bien parmi les blancs que parmi les noirs. Les noirs ont fait des captifs de guerre, les blancs en avaient également. Les noirs étaient sédentaires et pratiquaient l’agriculture. Les blancs s’occupaient de l’élevage, du commerce et parfois de l’artisanat. Les blancs donnaient en mariage leurs filles aux noirs et les blancs également avaient des épouses noires. Les noirs étaient animistes dans la plupart des cas et les blancs musulmans. La razzia était pratiquée à la fois par les blancs et les noirs, mais ces razzias n’ont aucune ressemblance avec les attaques terroristes d’aujourd’hui qui brûlent des villages entiers sans aucune distinction entre les humains et les animaux. Bref, dans tout l’espace soudano-sahelien la couleur de la peau n’a jamais été un obstacle pour le vivre ensemble et la quiétude des populations. Dans un tel contexte socio-historique qu’est-ce qui pourrait bien justifier la revendication politique d’un territoire dénommé Azawad sur la base de la couleur de la peau par un groupuscule d’individus soutenus par les puissances d’argent et la communauté dite internationale ? Rien, absolument rien !
L’irrédentisme touareg n’est pas juste qu’une question d’hommes bleus du désert en insurrection contre un État dirigé par des hommes noirs depuis l’accession de notre pays à la souveraineté internationale. Le Niger, l’Algérie et même la Libye disposent d’une forte communauté touareg au sein de leurs populations respectives. Et pourtant, dans aucun de ces pays, la France n’a jamais fait une propagande en faveur de l’autonomie ou la régionalisation poussée à plus forte raison envisager la création d’un État touareg. Autant que le Mali, la Mauritanie, le Niger et l’Algérie disposent d’un espace très grand dont le contrôle et la gestion sur le plan sécuritaire posent d’énormes difficultés aux autorités de ces pays. Pour autant, les groupes armés terroristes n’ont jamais réussi à mettre la main sur l’appareil d’État ou à partager le pouvoir avec le président. Dans ces pays, l’État demeure très fort et les décideurs politiques ne sont pas directement impliqués dans les trafics criminels. Le Mali serait-il devenu un narco-État ?
L’injustice sociale, l’impunité et la mauvaise gestion des deniers publics pendant des décennies ont fini par créer un profond malaise social qui est aujourd’hui en train d’être exploité par les narcotrafiquants et les groupes armés terroristes. La nature ayant horreur du vide, là où l’État central est absent n’importe qui pouvait s’installer en exploitant la misère, l’ignorance et le chômage des populations. Après 59 ans d’indépendance, les populations de Kayes à Kidal vivent le calvaire au quotidien à travers le manque d’eau potable, de pâturages, de soins de santé, d’infrastructures routières… Cette violence ressentie au quotidien par les jeunes, les femmes et les notabilités de nos différentes localités finit toujours par la révolte ou la rébellion parfois même dans le sang. Ces populations meurtries finiront par se dire que la pauvreté au Mali n’est pas une fatalité, elle résulte d’un SYSTÈME imposé et entretenu par une bourgeoisie compradore sous le couvert de la DÉMOCRATIE dite représentative. Tant que le mal n’est pas guéri à la racine, aucun accord politique de sécurité ou de gouvernance ne peut venir à bout de l’irrédentisme ou autres révoltes populaires comme on en voit partout et tous les jours.
Nous Maliens, nous devons comprendre que notre manière de communiquer en cette période de crise par rapport à l’irrédentisme touareg doit évoluer. Nous devons éviter de tomber dans le piège de la stigmatisation et de la catégorisation tendu par les stratèges de l’OTAN qui n’ont de visée que les matières premières stratégiques. Les touareg ne sont pas mauvais comme on tente de nous le faire croire. La communauté touareg ne souffre pas plus que les autres communautés du pays. Les hommes bleus du désert ne valent pas mieux que les autres ethnies du Nord. Nous sommes tous des Maliens et nous sommes tous les victimes d’un même SYSTÈME qui ne se nourrit que de notre DIVISION.
TÂCHONS D’ÊTRE VIGILANTS !!!

Sambou Sissoko




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