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jeudi 21 septembre 2017
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Débats sur la Force conjointe du G5 Sahel: l’ONU acquise à la cause

« La Force conjointe du G5 Sahel représente une occasion unique de répondre aux défis régionaux, à travers une approche régionale et peut apporter une contribution significative à la stabilisation du Sahel, en synergie avec d’autres initiatives », a affirmé, le mardi, devant le Conseil de sécurité, le Sous-Secrétaire général aux opérations de maintien de la paix, M. El-Ghassim Wane. Mais pour réussir, il faudra traiter simultanément des autres causes de l’instabilité au Mali et dans toute la région, a-t-il ajouté, avant de lancer : « Saisissons cette occasion ! »

Cette séance intervenait à la suite de l’adoption, le 21 juin, de la résolution 2359 (2017), par laquelle le Conseil disait se féliciter du déploiement de la Force conjointe sur l’ensemble du territoire des pays qui y participent et demandait au Secrétaire général de lui présenter dans les deux mois un rapport oral sur les activités de la Force. Un rapport écrit est en outre prévu pour octobre, date à laquelle le Conseil a décidé de « réexaminer le déploiement » de la Force conjointe.

Enjeux sécuritaires
La réunion s’est également tenue au lendemain d’une attaque terroriste menée à Ouagadougou, au Burkina Faso, et de deux autres lancées dans notre pays contre des contingents de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA).
Les membres du Conseil ont présenté leurs condoléances aux familles des victimes et aux pays affectés et plusieurs d’entre eux ont pu, comme M. Wane, y voir une illustration du caractère transfrontalier des enjeux de sécurité au Sahel, qu’il s’agisse de terrorisme, d’extrémisme violent ou encore de la criminalité organisée, laquelle leur est étroitement liée.
Il est urgent de trouver des solutions, a averti le Sous-Secrétaire général, qui a expliqué que, du fait de l’insécurité, l’État malien était de moins en moins présent dans le nord du pays.
De la révélation faite par le responsable onusien, le nombre de fonctionnaires présents dans le nord du Mali a diminué de 10 % en un an, notamment parce que les groupes extrémistes prennent pour cibles les enseignants, les enfants et leurs parents, ce qui a entraîné la fermeture de 178 écoles. Pour lui, cette érosion de la présence de l’État crée un terreau fertile pour les groupes terroristes et extrémistes.
Or, confrontées au chômage et à la pauvreté chronique, les populations, les jeunes surtout, peuvent facilement devenir des proies pour les groupes criminels ou terroristes.
La Force conjointe du G5 Sahel représente une occasion unique de répondre aux défis régionaux, à travers une approche régionale, a estimé M. Wane, qui a rendu hommage aux sacrifices consentis par de nombreux pays africains dans les opérations de paix sur le continent.

Des efforts louables
Il a rappelé que les pays du G5 Sahel font des efforts considérables avec des ressources très limitées pour lutter contre le terrorisme, l’extrémisme violent et la criminalité transnationale sur de vastes territoires inhospitaliers. Dès lors, l’engagement des pays du G5 Sahel est digne de louanges, a affirmé le Sous-Secrétaire général.
Il a toutefois fait observer que divers défis restaient à relever : le financement, les capacités et l’équipement de la Force, mais aussi son articulation avec les autres structures militaires déjà présentes -MINUSMA, forces armées maliennes, opération française Barkhane-, les règles d’engagement et le respect du droit international humanitaire et des droits de l’homme, mais aussi « le cadre politique global » dans lequel elle doit évoluer, y compris au regard de l’Architecture de paix et de sécurité de l’Union africaine et des accords de paix au Mali, qui doit être « mieux défini ».
Face aux inquiétudes exprimées, notamment par les représentants du Japon (M. YASUHISA KAWAMURA), de l’Italie (M. INIGO LAMBERTINI) ou des États-Unis (Mme MICHELLE J. SISON) à propos de la coordination, le représentant du Mali, M. ISSA KONFOUROU, s’est voulu rassurant.
Au nom du G5 Sahel, il a commencé par rappeler que l’attentat « lâche et barbare » commis le 13 août contre le café Aziz-Istanbul de Ouagadougou, qui a fait 18 morts et de nombreux blessés, souligne à nouveau l’urgence d’opérationnaliser la Force conjointe du G5 Sahel.
« Il renforce également la détermination commune de nos États à travailler ensemble pour neutraliser la menace terroriste dans notre espace commun. »
Le diplomate malien a annoncé le déploiement des premières unités en octobre 2017 et de l’ensemble des bataillons d’ici à mars 2018, avec pour priorité à court terme, de mener des opérations militaires transfrontalières.
Le budget pour la mise en place initiale de la Force conjointe et son maintien pour une année est fixé à 423 millions d’euros, avec, à ce jour, des contributions financières et matérielles annoncées d’un montant de 108 millions d’euros, a-t-il annoncé.

Défi financier
Sur ce total, 50 millions seront débloqués par les pays du G5 Sahel, 50 millions par l’Union européenne, et 8 millions d’euros par la France d’ici à la fin de l’année 2017 sous la forme d’équipements de 70 véhicules tactiques et un appui opérationnel. Il a donné l’assurance que ces ressources sont gérées dans la transparence totale, « assortie de reddition de comptes ».
Toutefois, a observé M. ISSA KONFOUROU, les progrès accomplis n’occultent nullement les défis qui jalonnent le processus d’opérationnalisation et de fonctionnement durable, viable et efficace de la Force conjointe. Au nombre d’entre eux, figure la « mobilisation du financement intégral », a-t-il observé, se réjouissant de la perspective d’une conférence internationale de planification à Bruxelles en décembre prochain et en appelant la communauté internationale à contribuer au budget.
De nombreux membres du Conseil ont abordé la question du financement de la force, notamment les trois États africains (Égypte, Sénégal et Éthiopie) qui ont tous insisté sur la « responsabilité morale et politique » de la communauté internationale.
Toutefois, comme l’a fait observer M. Wane, la résolution 2359 (2017) impose aux États du G5 Sahel la responsabilité principale de donner à la Force les ressources dont elle a besoin et le représentant du Royaume-Uni a jugé nécessaire de disposer de modalités clairement établies pour obtenir le financement nécessaire.
La représentante de la France a souligné que le mode d’action particulier des groupes terroristes au Sahel, « qui se jouent des frontières et se nourrissent de trafics en tout genre, notamment de drogue et d’êtres humains », impose d’apporter une réponse concertée et globale.
C’est précisément cet objectif qu’ont recherché les pays du G5 en établissant leur Force conjointe destinée à apporter une réponse coordonnée sur les plans sécuritaire, économique, humanitaire et du développement, a-t-elle commenté. Elle a affirmé que la Force conjointe du G5 Sahel accompagnerait et complèterait les efforts de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) en menant des activités antiterroristes dans la région du Sahel tout entière qui ne relèvent pas du mandat et du champ géographique de la Mission.

Une réponse coordonnée
Mme ANNE GUEGUEN s’est félicitée de la détermination et des actions concrètes entreprises pas les pays du G5 afin d’opérationnaliser la Force conjointe dans les meilleurs délais, précisant que l’objectif est de mener d’ici au mois d’octobre, les premières opérations dans la zone prioritaire du Liptako-Gourma, à la frontière conjointe entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso.
Elle a ajouté que la finalisation, dans les jours à venir, des travaux de construction du poste de commandement central de Sévaré est un premier pas important dans ce sens. La déléguée a aussi salué l’engagement des pays du G5 à consacrer chacun 10 millions de dollars par an à titre national au financement de la Force.
Également convaincue de la responsabilité morale et politique de la communauté internationale d’apporter un soutien aux États africains qui s’unissent à l’échelle régionale pour lutter contre le terrorisme, la représentante s’est notamment réjouie que l’Union européenne ait d’ores et déjà annoncé une contribution de 50 millions d’euros pour financer les structures de commandement de la Force.
La France, qui a rappelé son soutien spécifique en plus de celui apporté par l’Union européenne, a annoncé la tenue, conjointement avec l’Allemagne, d’un atelier visant à identifier les contributions des pays européens, qui aura lieu le 18 septembre à Berlin, avant la Conférence de planification requise par la résolution 2359 (2017) qui doit, elle, avoir lieu en décembre à Bruxelles.
Mme Gueguen a en outre annoncé que la France proposerait prochainement la tenue d’une mission du Conseil au Sahel dont le but, a-t-elle expliqué, sera d’évaluer le niveau de la menace terroriste et de faire le point sur le degré d’opérationnalisation de la Force conjointe sur le terrain. Une réunion ministérielle sur le G5 Sahel est également prévue lors de la présidence française du Conseil.

La primauté du politique
Mais il ne saurait y avoir de solution seulement militaire. Il faut aussi s’attaquer au déficit de gouvernance, à la pauvreté chronique et au chômage, aux changements climatiques et au financement du développement, a insisté M. Wane, appuyé par plusieurs membres du Conseil, qui ont souhaité une relance de la Stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel.
Parmi ces derniers, le représentant de la Fédération de Russie a cependant estimé que l’assistance apportée par la communauté internationale ne devrait pas être imposée « sur la base de recettes préexistantes, qui ne fonctionnent pas ». Pour lui, comme pour son homologue de la Bolivie, la destruction des structures étatiques en Libye en 2011 a largement contribué à une déstabilisation de grande ampleur au Sahel.
Enfin, si M. Wane a tenu à rappeler la primauté du politique, en demandant en particulier que les activités de la Force conjointe soient alignées sur le processus de paix malien et les autres initiatives régionales, plusieurs membres du Conseil, Japon et États-Unis notamment, ont aussi fait observer que les engagements politiques pris par les parties maliennes devaient être respectés.
À cet égard, la représentante de la France a jugé crucial que les acteurs concernés accélèrent la mise en œuvre concrète de l’Accord pour la paix et la réconciliation.

PAR MOHAMED D. DIAWARA




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