Débauchage politique: l’opinion publique indignée

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En un rien laps de temps, l’ADP-Maliba, cet ex-allié de la majorité présidentielle, est en passe de jouer dans la cour des grands. Rien à dire si l’acte de la grande vedette était couronné de hauts faits d’armes politiques. Mais non ! C’est bien le contraire : le très désormais allié de la mouvance présidentielle excelle dans le débauchage politique grossier qui n’épargne aucun bord politique. Des députés démissionnaires, qui tirent, à boulets rouges, sur leur parti d’origine, avant de rallier avec fracas leur nouvelle destination politique prisée du moment. Non sans laisser sur leurs traces de graves soupçons d’achat de conscience à coup d’espèces sonnantes et trébuchantes…

Le jour où l’ADP-Maliba, membre à part entière de la mouvance présidentielle, a dit publiquement, à la face du monde, son intention de quitter le RPM, le parti d’IBK, plus d’un a retenu son souffle, sur le front politique, tant le geste frisait la témérité. Une fois ayant quitté le giron majoritaire, et une fois ayant clamé son désir de faire la politique autrement, en dehors des « sales » manières de gestion, reprochées au parti présidentiel, l’ADP-Maliba, la nouvelle coqueluche politique, passera à la vitesse supérieure pour la seconde phase, celle du débauchage politique orchestré. Ni le RPM, l’ex-allié politique, ni l’opposition, encore moins l’entourage proche du chef de l’opposition, Soumaïla Cissé ; aucun bord politique, n’a été épargné par le surabondant désir de ce parti de constituer plus rapidement un groupe parlementaire autonome. Ce qui lui amène à franchir toutes les limites de la débauche politique et même morale.
Avant-hier, c’était le tour de l’opposition de subir le syndrome du marchandage politique, tel qu’il est en œuvre par l’ADP-Maliba, avec le départ fracassant, de son parti d’origine, de l’élu de Bankass, Adama Paul Damango, de l’Urd, et de son ralliement, tout aussi tapageur, à l’ADP-Maliba. Avant ce coup tenté, ce parti avait réussi son opération de débauchage la plus spectaculaire avec le ralliement de quatre anciens députés du RPM, lesquels ont dû décrocher des tirs de missile nourris à l’endroit de leur parti d’origine, accusé de tous les noms d’oiseaux, pour justifier leur adhésion à la nouvelle prairie plus clémente, à leurs yeux, prétendument annoncée comme l’eldorado politique malien, des temps nouveaux. Mais, ce que dira, à demi-mots, sur les ondes d’une radio privée, le très turbulent Kalilou Ouattara, en dit justement long sur l’absurde manie financière de ce parti à vouloir à tout prix obtenir des élus, provenant d’autres factions politiques, dans sa besace. En fait, tel emporté par l’effet d’une transe morbide, le vieux démissionnaire du RPM, à propos du prétendu argent versé par l’ADP-Maliba pour cette opération de débauchage, dira ceci : «Je ne dis pas que c’est le cas, mais, c’est aussi normal que si on quitte un parti, que le parti d’accueil pense à soulager l’arrivant. Ne serait-ce que pour un petit confort lui permettant de ne pas regretter son geste. Ou encore pour qu’il soit représentatif. Par exemple, après l’élection des députés, on leur accorde 10 millions chacun comme prime d’installation, je crois que c’est ce qu’on fait aussi pour les ministres. Donc, quand le parti d’accueil donne quelque chose, ce n’est pas condamnable».
Eh bien ! Voilà, l’énigme politique de ce marchandage politique, à travers des demi-mots, est bien enfouie dans ces propos du démissionnaire du RPM, Kalilou Ouattara, lequel a eu du mal à dissimuler le bonus financier, résultant de cette trahison accomplie, dont la mise en scène se joue dans les entrailles de l’ADP-Maliba qui est loin de finir avec les démarches de coulisse qu’il a entamées, depuis son départ de la majorité parlementaire, pour se ragaillardir dans l’optique de la création de son nouveau groupe parlementaire. Pour cet objectif politique suprême, il n’est pas question, pour l’ADP-MAliba, de se frotter à son ancien allié de la mouvance présidentielle qu’il a quittée avec fracas sans au moins être détenteur d’un groupe parlementaire, lui permettant de tenir sa parole politique intacte au risque de ne pas perdre la face à la nouvelle compétition politique. Si, dans le sens d’une compétition politique plus saine, l’ADP-Maliba avait pu se lancer dans l’orbite politique, comme ce nouveau parti, adepte de la morale politique bien bienveillante, capable de drainer vers lui des soutiens de taille, il serait toujours une réelle et sérieuse alternative politique.
On n’en est loin : c’est par la pure règle du débauchage politique, sur fond de la trahison politique accomplie que l’ADP-Maliba parvient à se maintenir sur l’arène. Certes en politique, dit-on, tous les coups sont permis, mais la décence morale, comme la pratique l’ADP-Maliba, en organisant un véritable achat de conscience pour ceux des députés qui se prêtent à ce jeu dangereux, est totalement abhorrée par l’opinion publique, de plus en plus, exigeante face à la rigueur de la gestion de la chose publique. Voilà pourquoi la fulgurante ascension politique de ce parti ne fait pas recette, au sein de l’opinion publique, qui continue, comme la peste, à se méfier dangereusement du discours politique, entonné par ce parti qui a montré, à tous, face à chacun, indépendamment de la coterie politique, qu’il ne recule devant aucun marchandage politique pour se faire voir et se faire entendre. Si le règlement intérieur de l’Assemblée nationale, lui, exige 10 députés pour la constitution d’un groupe parlementaire, alors la voie est toute trouvée : l’ADP-Maliba mettra, en termes d’espèces sonnantes et trébuchantes, tout ce qu’il faut pour y parvenir. Et cela, à temps dans la mesure où le temps lui est compté, lui est sommé de réunir le nombre requis de députés pour mettre en place son groupe parlementaire dans l’optique de la nouvelle session d’ouverture qui vient de s’ouvrir, à l’issue de laquelle les cartes sont de nouveau redistribuées dans le parlement, selon une configuration représentative des forces politiques en présence.
Avec cette nouvelle recette politique, celle du débauchage politique orchestré, dont il s’est rendu maître dans l’art de cette pratique, l’ADP-Maliba ne fera pas forte sensation politique pour une opinion publique, samaritaine politique, qui refuse les coups bas scabreux, surtout si tout cela est entrainé par de sordides marchandages financiers qui ternissent l’honorabilité de ceux des députés qui mordent à l’appât du gain facile. L’ADP-Maliba a beau revendiqué des ralliements fracassants en son sein, caractérisés par l’arrivée par toutes les sensibilités politiques dans ses entrailles, elle ne représentera aucune valeur politique crédible au sein de l’opinion publique, indignée par le marchandage financier qui s’y trame, qui ne voit qu’en lui que la nasse d’une profonde dégénérescence morale et politique.

Mohamed D Diawara

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