Décès de Cheick Ag Aoussa: une tragédie qui fait polémique

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Le chef des opérations militaires du Haut Conseil pour l’Unité de l’Azawad (HCUA) et de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), Cheick Ag Aoussa, a trouvé la mort, samedi 8 octobre, aux environs de 19 heures dans l’explosion de sa voiture à Kidal.

Samedi 8 octobre, Cheikh Ag Aoussa est au camp de la Minusma à Kidal cet après-midi, pour une réunion de sécurité avec les forces onusiennes et Barkhane à laquelle ont pris part d’autres leaders de l’ex-rébellion : comme Hassane Fagaga, Ibrahim Ould Handa, Rhissa Ag Bissada et Acheick Ag Awissa.
Après la réunion terminée, les responsables de la CMA sont sortis ensemble et ont prié ensemble tout près du camp de la Minusma. Leur convoi est ensuite reparti pour la ville. La voiture de Cheikh Ag Aoussa fermait la marche. C’était aux environs de 19 heures.
Au bout de quelque 300 centaines de mètres, son véhicule a explosé, le tuant sur le coup.
Extraite de la voiture en flamme, sa dépouille a été inhumée durant la nuit, conformément à la tradition musulmane.

Accident ou attentat ?
« À Kidal, les incidents et les attaques qui ont été menés, notamment contre la Minusma, et même des autres forces internationales, avec l’usage d’engins explosifs improvisés, de mines, c’est quelque chose de régulier… » La porte-parole de la Minusma, Radhia Achouri ne fait pas si bien-dire. En effet, en plus de la Minusma, le communiqué du gouvernement, un élu local et une source africaine au sein de la Minusma créditent la possibilité d’une mine.
Une thèse rejetée par la CMA qui privilégie la thèse de l’attentat. Selon Ibrahim Handa, un chef militaire de la CMA qui dit être témoin de la scène : “J’ai vu la voiture exploser. Elle a explosé en route. Et ce qui a explosé était à l’intérieur, et pas en dessous de la voiture.”
On comprend dès lors, comment et pourquoi Almou Ag Mohamed le porte-parole de la CMA dénonce lui un « assassinat ciblé », sur la base d’informations données par les membres de la CMA sur place, et notamment les autres participants à la réunion. Selon Almou Ag Mohamed, ces derniers auraient constaté la présence des restes d’un engin explosif sur la carcasse du véhicule du défunt.
C’est pourquoi, la CMA qui se garde bien d’accuser le Niger qui l’avait indexé comme faisant partie des assaillants qui avaient massacré 22 de ses soldats le mercredi.

L’ex-rébellion accuse
Elle a réagi avant-hier, à travers un communiqué à la mort survenu, avant-hier samedi 8 octobre, suite à l’explosion du véhicule de Cheick Ag Aoussa.
Pour la coordination des mouvements de l’Azawad, « tout porte à croire que l’engin explosif a été placé sur le véhicule du défunt pendant la réunion et dans l’enceinte du camp de la MINUSMA ». Raison, explique la CMA, « les véhicules des représentants de la CMA étaient stationnés à l’intérieur du camp de la MINUSMA pendant toute la durée de la réunion » et « la voiture de l’intéressé a explosé à environ cinq cents mètres à la sortie du camp de la MINUSMA ».
Voilà qui jette un gros pavé dans la marre de la Minusma. Une Minusma déjà accablée de toutes parts, invitée à collaborer à une « enquête diligente sur les circonstances de cet assassinat odieux incontestablement prémédité, afin que les auteurs soient identifiés, arrêtés et punis ».
Aussi, réclame-t-elle une enquête indépendante pour que toute la lumière soit faite sur la mort de Cheick Ag Aoussa.
Accusée estime-t-elle à tort, la MINUSMA appelle à éviter les spéculations et les allégations infondées : « la MINUSMA déplore cet incident, dont les circonstances exactes restent à déterminer, et condamne la recrudescence de violence à Kidal et dans ses environs.
La MINUSMA appelle à une action rapide pour que les auteurs de cette attaque soient identifiés et répondent de leurs actes devant la justice.
À cet égard, la MINUSMA appelle à éviter les spéculations et les allégations infondées, et à agir avec retenue et responsabilité.
Quant au Gouvernement, il présente ses condoléances les plus attristées à la famille de la victime, exprime sa compassion à la CMA, aux mouvements et à toutes les parties signataires de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation.
Grand dignitaire de la CMA, Cheick Ag Aoussa reste une figure contestée de la Rébellion : commanditaire, planificateur et exécuteur du Massacre de plus 150 de nos soldats à Aguelhok, Cheick Ag Aoussa avait été pendant longtemps le bras droit d’Iyad Ag Ghali, leader du groupe terroriste Ansar Dine, avant de rejoindre le HCUA et d’être un notable de la CMA.
Ça pourrait compliquer la donne à Kidal et attiser les tensions et les règlements de compte.

Affaire à suivre

PAR EL HADJ SAMBI TOURÉ

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