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samedi 19 juin 2021
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Délestage: le procès de l’EDM au CNT

La plénière du samedi 29 janvier du Conseil national de Transition sur l’accord de financement signé entre le Gouvernement et l’Association Internationale de Développement (IDA) s’est transformée en procès de l’Energie du Mali SA. Sous le coût de dettes faramineuses, il est impossible l’EDM, selon le ministre Lamine Seydou TRAORE, d’assurer la souveraineté énergique du pays. Les seules dettes d’exploitation sont évaluées à 180 milliards de FCFA.

Le Conseil national de Transition a examiné, le samedi dernier, le projet loi portant ratification de l’accord de financement signé entre le Gouvernement et l’Association Internationale de Développement (IDA). Ce financement est l’accompagnement des partenaires pour la souveraineté énergétique dans l’Afrique de l’Ouest. Outre le Mali, d’autres pays de la zone comme la Côte-d’Ivoire en sont également bénéficiaires.
Pour la mise à disposition du gouvernement malien du fonds du projet d’un montant de plus de 18 milliards FCFA, le CNT a adopté ledit projet de loi par 101 voix, 0 contre et 0 abstention.
Mais avant, les débats sur l’initiative se sont transformés en véritable procès de l’EDM Sa qui peine à assurer la souveraineté énergétique de la capitale à plus forte raison des régions et des cercles. « Il est difficile de comprendre que nous sommes encore à ce stade où il faut obliger les industriels de se débrancher pour pouvoir servir la population en électricité dans certaines périodes de l’année. Pire, depuis quelques années, le délestage se fait pendant toute l’année », tempête un membre du CNT qui estime que cet état de fait est inacceptable, tout en invitant le ministre en charge de l’Energie et de l’eau à trouver une solution à la situation d’ici fin avril.
Une dénonciation partagée presque par la vingtaine d’intervenants de ce jour. Beaucoup pensent que la situation est due à la mauvaise gestion, aux contrats mal négociés entre l’EDM Sa et ses fournisseurs, la fraude et la corruption.
Pour d’autres, c’est un manque de volonté politique des gouvernements précédents d’aller vers d’autres sources d’énergie moins couteuses, et d’investissement de la part de l’Etat depuis des années.
Face à ces interpellations, le ministre des Mines, de l’Energie et de l’eau, Lamine Seydou KONE, lève le secret sur certaines situations. Selon lui, l’EDM Sa est en train de s’écrouler sous le poids des dettes. Les seules dettes d’exploitation sont estimées à 180 milliards de FCFA qui sont essentiellement les dettes des fournisseurs de carburant, de locataires de groupes électrogènes, des fournisseurs d’électricité, etc. Donc, pour éviter le délestage cette année, l’Etat doit trouver près de 200 milliards de FCFA pour éponger ces crédits.
Ce sont ces fournisseurs qui permettent à l’EDM de produire. Parce que, explique-t-il, les 70% de l’énergie produite sont à base de thermique. « C’est pourquoi, les 65% des délestages sont dus à des pannes sèches avec la rupture de l’approvisionnement », a révélé le ministre de l’Energie.
Outre cette situation, il a affirmé que l’EDM produit à perte à cause de la politique sociale développée par l’Etat. En effet, le courant produit à 136 FCFA est vendu aux consommateurs à 90 FCFA. Ce qui occasionne, soutient le ministre, une perte énorme pour l’entreprise. Celle-ci a été évaluée à plus de 70 milliards de FCFA en 2020. Alors que l’Etat ne donne que 30 milliards de FCFA par an comme subvention à l’EDM. C’est la preuve, a-t-il commenté, que l’EDM a un problème avec son business model. « Aussi, si l’on veut véritablement mettre fin au délestage, l’Etat doit songer à augmenter le prix à la consommation. Après, il faut un plan de redressement de l’EDM pour la maîtrise des coûts de revenu pour réduire les déficits », a-t-il préconisé.
Pendant ce temps, l’EDM souffre de 20 ans de problèmes d’investissements. « Il faut comprendre qu’il y a eu des projets d’investissements pour l’EDM, mais ces projets n’ont pas été exécutés », a affirmé Lamine Seydou TRAORE. Conséquence : des installations et les machines sont vétustes, alors qu’au même moment la demande de branchement augmente de 10% chaque année. Donc, si rien n’est fait en urgence, l’exploitation de l’EDM est compromise. A cet effet, le ministre a annoncé que très rapidement, ils vont prendre les décisions pour sécuriser l’approvisionnement des fournisseurs. « Nous allons travailler à ce que le délestage soit accidentel », a-t-il indiqué.
En perspectives, le ministre a expliqué que les efforts du Gouvernement seront axés sur les sources d’énergie moins couteuses que le thermique. Déjà, il est prévu la réalisation de 3 centrales hydroélectriques avant la fin de 2021. L’idéal est d’avoir un système qui fonctionne avec 30% de solaire, 50% d’hydro-électrique. Egalement, le ministre de l’Energie annonce le lancement d’une vaste opération de lutte contre la fraude, en collaboration son collègue de la Justice.

Par Sikou BAH




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