Démissions des quatre députés RPM: les dessous d’une trahison politique

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Coup dur pour les uns, mais sérénité, vigilance et soutien ferme et renouvelé au projet présidentiel, tels sont les maîtres mots au sein du Rassemblement pour le Mali après le départ de quatre de ses députés sur fond de commerce politique. Ces démissions, vécues comme un simple fait divers, sont toutefois interprétées comme une trahison de la part des démissionnaires étant donné la débauche d’énergies à laquelle le parti présidentiel s’est évertué pour les faire élire au niveau de leurs circonscriptions électorales respectives.

Dans une lettre datée du 26 septembre, le Pr Kalilou Ouattara, élu en commune III du district de Bamako ; Mamadou Doumbia, élu en commune II du district de Bamako ; Bakary Diarra, élu a Sikasso ; et enfin Soïba Coulibaly, élu à Kati, ont présenté leur démission au président par intérim du RPM, le Dr Boulkassoum Haidara. Dans leur fuite en avant et pour se donner bonne conscience aux yeux de l’opinion nationale, les frondeurs avancent des arguments saugrenus et fallacieux qui tendent à discréditer le parti des Tisserands qui leur a pourtant tout donné en leur faisant sortir de l’anonymat. Un dénigrement pour le moins désobligeant qui incrimine aussi le gouvernement et surtout le Président de la République accusé de faillir à ses engagements pris vis-à-vis du peuple malien.
Des accusations gravissimes qui ne sont pas sans provoquer la réaction de certains ténors du Rassemblement pour le Mali (RPM). Ces responsables, qui disent ne pas être surpris par ces différentes démissions au niveau de leur groupe parlementaire (tant les signaux et les agissements des partants étaient révélateurs de leur ingratitude vis-à-vis du parti), soutiennent que ces revirements sont vécus au sein du parti comme un simple fait divers au regard de l’infime poids et de la représentativité des démissionnaires, dans la bonne marche des activités du RPM et de la Majorité présidentielle, au sein de l’hémicycle.
« Ces départs sont sans effet sur le parti qui compte une soixantaine d’élus à hémicycle. C’est comme jeter un caillou dans le fleuve », nous rapportent ces responsables qui se sentent toutefois blesser à cause du fait que l’attitude des frondeurs est vue interprétée, à tort comme le signe d’un malaise profond et un effritement au sein du parti présidentiel.
Parlant des dessous du virement de leurs désormais ex-camarades, ces ténors du RPM pointent du doigt le manque d’intégrité, de sincérité et de loyauté des démissionnaires qui, de l’ombre ont été projetés à la lumière grâce au parti qui s’est employé corps et âme pour porter haut leur candidature afin de les faire élire à l’Assemblée nationale aux termes d’une bataille électorale épique et héroïque. Et le pas est vite franchi pour mettre à nu le dessein longtemps inavoué des démissionnaires qui, après avoir échoué dans leur plan machiavélique de drainer avec eux d’autres militants, ont préféré vendre leur dignité et leur honorabilité contre espèces sonnantes et trébuchantes. Et des sommes conséquentes sont rapportées (50 millions de FCFA) et contre lesquelles les quatre élus n’ont pas hésité à troquer leurs vestes politiques.
Des révélations qui ont été corroborées par un élu de la Nation, qui sous couvert de l’anonymat, a soutenu avoir été rapproché et sollicité pour rejoindre le camp des démissionnaires moyennant une somme de 10 millions de FCFA en plus d’un véhicule 4×4. Une proposition qu’il aurait refusée préférant l’honneur et la dignité, fidélité et loyauté vis-à-vis du RPM qu’aux intérêts personnels et matériels.
Si pour le moment, les députés démissionnaires ne se sont pas prononcés sur le parti qu’ils comptaient rejoindre, plusieurs indiscrétions convergent vers le parti ADP-Mali qui serait leur point de chute dans les jours, voire les semaines à venir. D’ailleurs, c’est cette formation, dont on dit qu’elle projetterait parrainer, dans la perspective des présidentielles de 2018, la candidature d’un leader de l’Opposition et non les moindres dans le landernau politique, ne serait pas étrangère, selon des observateurs, à cette situation de débauchage des quatre élus.
En tout cas, si l’odeur des sous aurait précipité les départs des députés démissionnaires ; au RPM, l’on évoque d’autres raisons qui ont été éléments déclencheurs de leur revirement. Il s’agit, notamment de l’échec de plusieurs tentatives de déstabilisation et de travail fractionnel du parti qui ont été étouffées dans l’œuf grâce à la vigilance du Bureau politique national.
C’est du moins l’avis de Aba NIARE, Secrétaire adjoint à l’organisation du BPN, qui cite les cas de Bakary Diarra élu à Sikasso et de Soïba Coulibaly élu de Kati. De sa révélation, ces élus indélicats s’étaient mis dans un passé encore récent dans une posture de défiance vis-à-vis du parti et des bureaux des sections légalement mis en place dans leurs circonscriptions électorales par des tentatives de mise en place des organes parallèles. Des tentatives qui ont failli mettre à mal la cohésion et l’unité au sein du parti. Une fois encore, il a fallu la clairvoyance des responsables du parti pour mettre fin à de telles indisciplines politiques.
Quant aux cas du Pr Kalilou Ouattara et de Mamadou Doumbia, élus en commune III et II du district de Bamako, leurs démissions sont encore mal digérées par les responsables et les militants de leurs circonscriptions respectives. Se sentant trahis au plus profond de leur orgueil, ces derniers se rappellent encore comment ils ont mouillé le maillot et quelles énergies ils ont déployées pour porter ces deux élus à l’hémicycle alors qu’ils étaient dans l’anonymat le plus total.
Si c’est par charité que la candidature de Mamadou Doumbia a été portée par le RPM pour lui permettre de préparer sa retraite (il n’a contribué aucun franc lors de la campagne), le Pr Ouattara, président de la Commission santé dans l’actuel bureau de l’Assemblée nationale, par devoir de conscience, devait se rappeler, a affirmé Aba NIARE, la manière dont il a été élu au second tour des législatives en commune III face au candidat de l’Adema arrivé en tête au premier round. Mais le Premier secrétaire à l’organisation de la section de la CII dit comprendre les vraies raisons de leur départ du navire : « ils n’ont plus d’ambition politique. Ils n’ont plus rien à perdre sachant pertinemment que leurs mandats ne seront pas renouvelés lors des prochaines élections législatives. Voilà pourquoi ils ont préféré prendre de l’argent pour préparer leur retraite ».

Par Mohamed D. DIAWARA

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