Search
lundi 27 juin 2022
  • :
  • :

Désaveu à l’égard de la minusma: la rançon d’un unilatéralisme

la retenue, suite aux tragiques incidents de Gao, du mardi 27 janvier dernier, ayant entrainé la mort d’au moins trois personnes et fait des blessés, l’heure est à dépassionner
le débat autant que faire se peut. L’exercice n’est pas aisé au regard des agissements des uns et des autres sur le terrain du Nord, mais il mérite que l’on s’y
adonne en explorant la piste du dialogue qui a cruellement fait défaut.
Après les appels au calme et à la retenue, suite aux tragiques incidents de Gao, du mardi 27 janvier dernier, ayant entrainé la mort d’au moins trois personnes et fait des blessés, l’heure est à dépassionner le débat autant que faire se peut. L’exercice n’est pas aisé au regard des agissements des uns et des autres sur le terrain du Nord, mais il mérite que l’on s’y adonne en explorant la piste du dialogue qui a cruellement fait défaut.
Le dialogue n’est ni le monologue (seul), ni le duologue (deux). Il est le dialogue (à plusieurs).
Le dialogue civil entre et au sein des populations, des communautés, des confessions religieuses…
Le dialogue technique, doté d’expertise, d’aptitudes, de retenue à la hauteur et à la dimension des enjeux, défis et perspectives
Le dialogue politique, porté par une vision, des stratégies, des programmes, des projets et des actions à la hauteur et à la dimension des enjeux, défis et perspectives
Il est une approche utilisée en développement communautaire pour asseoir, fluidifier et consolider le faire ensemble, le vouloir ensemble, les liens de solidarité et la viabilité économique, sociale et culturelle. A ce titre, il est constitué d’un ensemble d’initiatives, de procédures et techniques participatives d’information, de communication, de savoirs par lesquels les membres d’une communauté données vivant une situation problématique, prennent individuellement et collectivement conscience de cette situation, analysent cette situation, proposent le ou les solutions, choisissent celles jugées appropriées et s’engagent individuellement et collectivement à assurer la mise en œuvre.
L’accord d’établissement d’une zone temporaire de sécurité, conclu entre la Minusma et la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) a ignoré ce principe du dialogue qui devrait pourtant sous-tendre toutes les actions au Nord. Ce qui s’est passé est tout juste un «dualogue» entre la Minusma et la CMA, un regroupement de mouvements séparatistes. Ni le GATIA qui contrôle la zone de Tabankort et qui est chez lui dans cette localité, ni l’État malien, à qui il incombe au premier chef d’assurer la sécurité sur toute l’étendue du territoire national n’ont été associés à cet accord. Ils ont été frappés par une sorte d’ostracisme qui ne dit pas son nom.
Le dialogue civil n’a pas non plus fonctionné puis qu’en aucun moment, il n’a été question d’échanger avec les populations autour de cet accord pour obtenir leur adhésion. Elles ont été mises devant le fait accompli tout comme l’État et les groupes d’auto-défense qui militent pour l’unité nationale et l’intégrité territoriale du Mali. Il n’est dès lors pas étonnant que les populations de Gao sortent manifester contre un accord dans lequel elles ne se reconnaissent pas pour n’y avoir pas été associées, mais surtout qui posent les jalons de la partition du pays.
Pourtant la préoccupation constante du Conseil de sécurité des Nations-Unies est le «dialogue inclusif» dont les fondements ont été posés formellement, à travers l’accord préliminaire de Ouagadougou du 18 juin 2013. Il est évident qu’en allant signer en catimini, un accord (non un document de travail comme l’atteste l’intitulé) à Kidal avec une organisation séparatiste, la Minusma sacrifie sur l’autel de considérations obscures le principe sacro-saint de l’inclusion.
Dans sa mise au point, la Mission Onusienne déclare: «(…)Les modalités techniques devant conduire à épargner la vie de la population civile et du personnel de la MINUSMA concernent le respect par les parties d’une zone de sécurité placée sous le contrôle exclusif de la MINUSMA et au sein de laquelle la circulation de toute arme est interdite aux parties concernées.
La MINUSMA exhorte toutes les parties concernées à respecter scrupuleusement leurs engagements à résoudre leurs différends par la voie du dialogue, notamment dans le cadre du Comité Technique Mixte de Sécurité (CTMS), auquel elles ont adhéré à travers l’Accord Préliminaire de Ouagadougou…»
À voir ce texte, il y a une préoccupation de la part de la Minusma à préserver la vie de la population civile et de son personnel. Ce qui est curieux, c’est que cette population est superbement ignorée au moment de la prise de décision, notamment à travers la signature d’un accord d’établissement d’une zone temporaire de sécurité. Pire, elle est accueillie à coup de balles réelles lors qu’elle a voulu manifester sa désapprobation dudit accord qui est en réalité taillé sur mesure pour faire les affaires du MNLA. Dans ces conditions, en prétendre épargner la vie de la population civile n’est qu’un exutoire qui n’emballe personne.
Un autre paradoxe qui mérite d’être relevé, c’est que dans sa mise au point la Minusma exhorte les parties à résoudre leurs différends par la voie du dialogue. Ce, alors qu’elle-même se livre à un «duologue». Si tant est que le dialogue est si important à ses yeux, pourquoi ne s’est-elle pas donnée la peine d’associer à son accord le plus grand nombre d’acteurs possible? Manifestement les mots ne traduisent pas l’intention à son niveau.
Par Bertin DAKOUO




Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *