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dimanche 8 décembre 2019
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Destruction et profanation du drapeau national: la capitulation sur fond de laxisme, de légèreté et d’impunité

Comme le 19 septembre 1960, le 19 janvier 2012, le 6 avril 2015, ce mercredi 17 juillet 2019 reste une des dates les plus sombres de l’histoire de notre pays.Ce mercredi 17 juillet 2019, une manifestation dite «spontanée» est concoctée par les caciques du MNLA à Kidal. Elle met en avant, suivant un scénario déjà huilée, d’innocentes dames, d’inoffensifs gamins et de sages notabilités. Cette fois-ci ce n’est pas pour caillasser le convoi du Chef du Gouvernement ou d’autres officiels du Mali ni même pour prendre d’assaut l’aéroport afin d’empêcher une délégation officielle d’atterrir à Kidal. Mais c’est tout comme…Parce que l’’objectif de la manifestation, ce mardi, était d’empêcher la délégation parlementaire nationale dépêchée à Kidal pour faire flotter le drapeau du Mali dans les endroits tels que le Gouvernorat, l’Assemblée régionale et le Camp qui abrite le MOC.

Conformément aux principales conclusions de la 36e session de Comité de suivi de l’accord (CSA) tenue ce lundi 15 juillet 2019, au cours de cette rencontre, les acteurs ont exprimé leur volonté de respecter les dispositions de l’Accord d’Alger relatives à l’exercice de la souveraineté du Mali sur l’ensemble du territoire.

La volonté commune

des acteurs

Pour le Gouvernement, la reconnaissance et l’acceptation par tous des symboles de la Nation est une avancée essentielle dans la mise en œuvre de l’Accord. En effet, estime Tiébilé DRAME,  le nouveau ministre des Affaires étrangères du Mali et éminence grise de Koulouba, dans la droite ligne de l’interview du Président IBK dans Jeune Afrique, le respect de ces symboles de la République doit désormais être une obligation pour toutes les parties signataires. Portant la voix du Mali, il veut que tous : «(…) les manquements que nous avons constatés ces dernières années soient un mauvais souvenir. Le Mali souhaite que le drapeau national soit respecté partout sur l’ensemble du territoire. Que le drapeau national flotte partout, y compris à Kidal ! »

Pour la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA), «à partir du moment où nous avons signé dans l’accord que nous reconnaissons l’intégrité territoriale, le caractère laïque du Mali et le plein exercice de la souveraineté de l’Etat (…) la question est réglée». Dans le cadre du respect des engagements signés dans l’Accord, la CMA n’y voit aucune objection. Même son de cloche chez la Plateforme qui estime toutefois que ce retour des symboles de L’ÉTAT doit s’accompagner de celui de l’Armée et d’autres services sociaux de base.

Le manquement aux engagements

C’est donc dans ce contexte que la délégation est partie à Kidal pour hisser le drapeau dans le camp du MOC. Le MNLA qui cherche un alibi pour régler ses comptes au sein de la CMA avec le HCUA, n’attendait que cela. Aussitôt ses manifestants (une bonne trentaine) se dirigent vers le camp du MOC et le Gouvernorat où ils ordonnent au protocole du gouverneur d’enlever le drapeau du Mali qui s’y trouve. Face au refus de ce dernier, ils investissent les lieux, s’attaquent aux symboles et à tout ce qui symbolise la République, s’emparent du drapeau qui est profané et brulé en public comme dans un autodafé… Les manifestants intiment l’ordre à la délégation de quitter Kidal faute de quoi des conséquences s’en suivront. Comme pour dire que les populations de Kidal, en particulier et celle de l’Azawad en général, ne veulent plus du Mali.

L’image a choqué et horrifié la communauté nationale. L’épisode douloureux a interpellé la Communauté internationale, celle qui nous assiste passivement au point de se voir accuser de complicité. Face à l’indignation unanime, la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) se démarque, se désolidarise, condamne et promet de faire des enquêtes.

En réaction à la profanation et l’incinération du drapeau du Mali à Kidal, Tiébilé DRAME, depuis Alger où il était en visite, ce mercredi, a, avec son homologue algérien, condamné «fermement cet acte qui constitue une violation de l’Accord pour la paix et la réconciliation et, en général, tout manquement éventuel des mouvements aux engagements souscrits à travers leur signature de l’Accord. »

Le service minimum du Gouvernement

Le Gouvernement, par la voix de son porte-parole, fait aussi dans le service minimum. Se prononçant ultra petita sur cette atteinte à l’honneur et à la dignité de la République, il estime que les ’’actes d’outrage au drapeau et aux symboles nationaux commis en rassemblement organisé (…) portent gravement atteinte au processus de paix en cours’’. En en appelant, comme dans une supplique, ’’aux acteurs impliqués dans le processus de mise en œuvre de l’Accord de conjuguer leurs efforts pour faire cesser de tels actes qui n’honorent ni ceux qui les commettent, ni le Mali et donnent une mauvaise image de la ville de Kidal au reste de la nation et à la communauté internationale’’, le Gouvernement de la République souveraine du Mali, brandit les ’’sanctions prévues (par l’ONU et la Communauté internationale) contre ceux qui font entrave à la mise en œuvre de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation au Mali issu du processus d’Alger’’. Et non à la législation nationale, comme si le Mali souverain n’avait pas prévu dans son arsenal législatif des sanctions pour la destruction et la profanation des symboles de la République !

Ignorance ou laxisme qui met entre parenthèses les lois nationales pour ouvrir grandes les portes de l’impunité ? Or, la loi N°01-079 du 20 août 2001 portant Code pénal est claire sur la question en son article 146 : ‘’sera punie d’un mois à deux ans d’emprisonnement et d’une amende de 20 000 à 400 000 francs, toute personne qui, pour manifester son mécontentement ou son opinion, aura publiquement déchiré ou brulé́ le drapeau national.

Sera punie des mêmes peines toute personne qui, pour les mêmes motifs et dans les mêmes circonstances, aura profané le drapeau national’’.

La fuite de responsabilité à tous les niveaux

Pourquoi attendre des sanctions hypothétiques de la Communauté internationale concernant des actes qui sont prévus et punis par les lois maliennes ? A moins qu’on nous dise que notre Code pénal a été abrogé par l’Accord et que désormais les sanctions contre ceux qui profanent le drapeau du Mali ne seront édictées et dictées que par la seule Communauté internationale. Dans ce cas, qu’on accepte et proclame, dans le déshonneur mais dans la franchise que le Mali est désormais un pays sous-tutelle.

Puisque personne ne peut assumer cela, parce que ce n’est pas le cas et parce qu’aucun Malien digne de ce nom ne va accepter cela, pourquoi l’Etat n’ouvre pas une enquête conjointement avec la CMA pour rechercher les auteurs de la profanation du drapeau pour sanctionner conformément au Code pénal malien et non au processus de sanction prévu par l’Accord ?

Parce que ceux qui ont commis ces actes de vandalisme, de profanation et de destruction par le feu de l’emblème national, sont et demeurent Maliens. Qu’ils soient du MNLA ou du HCUA,  anciens rebelles ou bandits armés, frères égarés ou frères impunis… Ils ne peuvent et ne doivent être des Maliens au-dessus de la loi.

S’ils ne sont pas Maliens, qu’on le dise et qu’on applique la loi et dans toute sa rigueur en ses dispositions prévues. Et pour ces genres d’actes d’outrage, le Code pénal est sans appel en son article 50 : ‘’sont punis de la peine de la réclusion à perpétuité́ ceux qui (…) ont provoqué ou facilité le rassemblement des insurgés (contre les symboles de la République) par drapeaux, signes de ralliement ou tout autre moyen (…)’’.

Une glorieuse

capitulation

Mais qu’on ne rêve pas trop. Pour le Gouvernement ce n’est pas si simple. Quand on impose à un pays souverain de négocier avec groupe de citoyens, qu’il n’a pas d’autres choix de traiter avec ce groupe, il s’en suit qu’il ne faut pas attendre de ce Gouvernement qu’il ne fasse de ce groupe une catégorie particulière d’intouchables au-dessus de la loi, jouissant de privilèges et d’impunité totale. Aussi triste que cela paraisse, c’est la réalité.

Sinon digérer que Kidal soit une entité à part dans la République où la République est interdite, où les autorités négocient leur déplacement avant de s’y rendre. S’agissant de se rendre à Kidal, la ligne du Président IBK reste toujours d’actualité comme une ligne rouge : «aucune fanfaronnade politicienne ne me fera prendre mon avion pour débarquer à Kidal et créer un incident (…)» !

Alors Kidal sens interdit jusqu’à ce que la mise en œuvre de l’Accord produise les conditions sûres pour s’y rendre.

Ne souscrivant pas à cette sagesse, beaucoup estiment qu’il ne s’agit que d’une peu glorieuse capitulation des autorités qui ont choisi de renoncer à Kidal, en tout cas de la laisser entre les mains d’une bande de séparatistes qui continuent de narguer la République.

Comment dès lors, dans ces conditions, le Gouvernement peut-il par le canal du Comité de suivi de l’Accord (CSA) vouloir que les symboles de l’État précisément le drapeau du Mali flotte à Kidal avec des partenaires comme la CMA dont le premier objectif est autre chose ?

C’est comme ça qu’on se retrouve avec cette situation mortifère d’une République à deux vitesses : une partie du pays où les hères sont chicotés et l’autre partie du pays (Kidal) où les enfants gâtés souillent la dignité de la République en s’en prenant impunément à ses symboles.




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