Dialogue euro-africain sur la migration: Bamako, hôte de la réunion thématique

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Comment mieux impliquer les diasporas dans les stratégies de développement d’accroitre l’impact positif des transferts de fonds dans le plein respect de leur caractère privé, de favoriser les transferts de compétences et de savoir-faire. Voilà autant de questions qui sont au cœur de la réunion thématique du cadre de dialogue euro-africain sur la migration et le développement ou Processus de Rabat qui se tient, depuis hier dans notre capitale.

Les travaux de deux jours de cette rencontre de Bamako sur « les Stratégies d’engagement de la diaspora : Entrepreneuriat et investissement » se tiennent à l’Hôtel Radisson Blu. La cérémonie d’ouverture, présidée par le ministre des Maliens de l’extérieur, a enregistré la présence de plusieurs personnalités de haut niveau au nombre desquelles : des ministres de la république, les Ambassadeurs de l’Union européenne et de la France au Mali ainsi que le patron du Secrétariat du Processus de Rabat.
Porté par le Maroc dès le départ, le Processus de Rabat sur la migration et le développement offre une feuille de route euro-africaine opérationnelle dans l’optique d’une migration équitable et à visage humain.
Cette initiative, lancée lors de la conférence ministérielle sur les migrations et le développement tenue en juillet 2006 à Rabat, regroupe 58 pays africains et européens ainsi que la Commission européenne et la Communauté des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
Ses initiateurs prônent une gestion cohérente et efficace des flux migratoires, selon une approche durable qui privilégie la dimension humaine, et l’instauration d’un dialogue politique permanent entre les divers acteurs et parties prenantes.
Les vues convergentes qu’ils y ont exprimées au départ de ce processus ont révélé la nécessité d’appréhender les questions en lien avec l’exode et l’asile de façon équilibrée et dans un esprit de responsabilité partagée.
La déclaration et le plan d’action adoptés lors de la conférence de Rabat témoignent de ce partenariat novateur qui a jeté les bases d’un partenariat étroit entre les pays concernés par les défis migratoires.
Deux ans plus tard, la deuxième conférence euro-africaine sur la migration et le développement, organisée à Paris en 2008, a confirmé la vitalité du processus et débouché sur un ambitieux programme triennal axé sur la migration légale, la migration irrégulière, la migration et le développement.
La 3e conférence ministérielle euro-africaine sur la migration et le développement, tenue en novembre de la même année à Dakar, a permis d’adopter une nouvelle stratégie pour la période 2012-2014 prévoyant une série d’initiatives bilatérales, régionales et multilatérales.
Elle a été suivie, en novembre 2014, d’une réunion ministérielle en Italie qui a donné lieu à la déclaration de Rome, un document stratégique qui consacre l’engagement des partenaires africains et européens au sein du processus de Rabat face à la nouvelle donne migratoire.
Le programme d’action de Rome repose sur la promotion de la protection internationale des migrants, la mobilité et la migration légale, la gestion des frontières et la lutte contre la migration irrégulière ainsi que le renforcement des synergies entre migration et développement.
La réunion de Bamako est le résultat de 10 ans de dialogue qui réunit de façon régulière ses partenaires afin de discuter des enjeux migratoires sur la base d’un dialogue global et équilibré.
Si l’implication des diasporas dans les stratégies de développement sera au cœur des deux jours de discussion (hier et aujourd’hui), le ministre des Maliens de l’extérieur, à l’ouverture des travaux sur l’apport inestimable de la diaspora malienne, qui constitue une source d’épargne mobilisable pour le financement du développement et d’investissements sociaux ou économiques rentables. Voilà pourquoi l’apport de la diaspora, a insisté le Dr Abdrahamane SYLLA, ne doit pas seulement se mesurer à sa contribution financière et technique, mais plus largement à sa capacité à dresser des ponts entre les pays d’origine et d’accueil pour faciliter à la fois les échanges économiques et les transferts de compétences et des valeurs culturelles.
De la révélation faite par le ministre, notre pays dispose d’une diaspora forte et pleinement investie dans le processus du développement. Cela d’autant plus que les transferts de nos expatriés en 2015, s’en félicite-t-il, ont 
été estimés, d’après les données de la BCEAO, à 471 milliards de francs CFA soit un peu plus de 715 millions d’euros en une année.
Faire de la migration un véritable atout pour le développement, facteur de croissance et de réduction de la pauvreté, telle est la vision des plus hautes autorités du pays. Par cette volonté, il s’agit d’orienter les flux financiers importants vers des secteurs productifs capables de créer des emplois durables et des revenus supplémentaires.
« Le soutien financier et technique aux projets de la diaspora comme l’appui au 
développement de certains secteurs tels que la santé, la formation 
professionnelle et technique, le développement d’activités créatrices d’emplois 
dans des régions d’origine peuvent être un gage pour une meilleure 
mobilisation de la diaspora pour le développement » a indiqué le ministre SYLLA, ajoutant que son département est engagé dans la mise en œuvre d’actions spécifiques telles que : la réduction des coûts des transferts des fonds effectués par les migrants, 
grâce à une meilleure information sur les offres existantes ; la valorisation de l’épargne des migrants en soutenant le développement de services financiers adaptés à leurs préoccupations et à celles de leurs 
proches ; la promotion de l’investissement productif par la mise en place 
d’instruments financiers adaptés ; le développement local des régions d’origine en soutenant les initiatives 
de la diaspora.
S’y ajoute l’adoption par le gouvernement en septembre 2014, d’une ambitieuse politique nationale de migration 
accompagnée d’un plan d’action, dont l’un des axes majeurs est consacré aux 
mécanismes de mobilisation des ressources et des compétences de la diaspora.
Aussi, dans le souci d’impliquer davantage la diaspora dans les secteurs d’investissement productif, il a été lancé l’étude de faisabilité de la création d’une banque des Maliens de l’Extérieur cette année dont les conclusions ont conduit à des pistes intéressantes.
La question migratoire est devenue ces dernières années l’une des problématiques, l’un des défis principaux auxquels est confrontée notre humanité. Non pas qu’elle soit une question nouvelle, du fait que le processus de Rabat souffle cette année ses dix bougies. Mais parce que son acuité ne se jamais fait autant ressentie.
De Melilla à Calais en passant par la méditerranée, point besoin d’insister sur ces images qui heurtent la conscience humaine montrant les milliers, voire des millions de vies en déshérence et autant de destins brisés. Ceci est le revers de la médaille.
Face à cette tragédie et pour gagner le combat contre la migration irrégulière, le ministre des Maliens de l’extérieur et co-président de réunion thématique, a appelé au sens de responsabilité des pays membres par l’offre des opportunités à la jeunesse par la création d’emplois, d’une part, et mener une lutte âpre contre les réseaux de passeurs, d’autre part.
« Les questions de migration doivent se traiter avec humanisme et notre rôle aujourd’hui dirigeants du monde est de construire des ponts entre les peuples et non des murs », a prôné le ministre SYLLA, qui a réaffirmé l’engagement du Mali à jouer pleinement sa part de responsabilité dans la gestion des migrations.

Par Mohamed D. DIAWARA

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