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lundi 30 novembre 2020
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DNI: les priorités hypothéquées

Après l’organisation du Dialogue national inclusif (DNI), les attentions sont désormais focalisées sur la mise en œuvre des recommandations. Déjà, le doute plane quant à l’application de certaines mesures urgentes tant attendues par les Maliens, notamment le délai concernant le retour des FAMa à Kidal. Et pour cause, cinq ans après la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation, ces recommandations transposées dans le DNI n’ont pu trouver une réponse satisfaisante. Face à cette réalité, l’on peut prédire que des mesures prioritaires consignées dans le rapport final du DNI sont hypothéquées.

Le président de la République, Ibrahim Boubacar KEITA, s’est engagé à appliquer les recommandations et les résolutions validées par les participants au Dialogue national inclusif. À l’analyse de certaines priorités à mettre en œuvre, dans les plus brefs délais, l’on se rend compte que la tâche ne sera pas facile. Cela s’explique par la persistance des blocages qui existent depuis des années, malgré la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale.

Le DNI recommande l’accélération du processus de désarmement, d’intégration et de réintégration dans le respect strict des critères déjà établis et qui ont été respectés par toutes les parties. Le rapport souligne également l’achèvement du processus DDR, permettant aux forces de défense et de sécurité de mieux contrôler la circulation des armes et d’améliorer la sécurité.

Par rapport à la recommandation sur le processus de DDR, cette mesure, qui est contenue dans l’Accord pour la paix et la réconciliation, est loin d’être effective. L’accord d’Alger a mis un accent sur le DDR, mais sa mise en application pose toujours problème. En ce qui concerne le MOC, l’on se rappelle encore que la CMA a toujours montré beaucoup sa réticence.

Après les derniers affrontements qui ont eu lieu à Kidal, il a été demandé aux groupes armés de rendre les armes lourdes. Malheureusement, la CMA a encore opposé un niet catégorique. C’est pour dire que des précédents montrent que le processus de DDR ne sera pas facile à appliquer, malgré les premiers pas déjà engagés.

Les mesures prioritaires immédiates soulignées dans les recommandations du DNI sont utopistes d’autant plus qu’il y a des préalables qui ne sont pas satisfaits.

La décision malencontreuse du gouvernement de désarmer la milice Dana Amassagou, suite au drame d’Ogossagou, et la réalité actuelle sur le terrain en est une illustration parfaite. Malgré une décision prise en conseil des ministres pour sa dissolution, la branche armée de cette organisation est toujours dynamique. À l’heure actuelle, l’État n’a pas le choix, car en décidant de s’attaquer à Dana Amassagou, cette association peut aussi évoquer la légitime défense. Un argument qui plaidera en sa faveur si l’on sait que l’armée n’est pas présente sur toute l’étendue du territoire et les populations sont laissées à la merci des groupes terroristes. C’est d’ailleurs, à juste raison, que la milice d’auto-défense a toujours conditionné son désarmement au retour de l’armée, ce qui reste toujours une équation difficile.

Le redéploiement de l’administration sur toute l’étendue du territoire national est également une recommandation qui doit être mise en œuvre dans le court terme. Ce redéploiement est bien évidemment conditionné à l’organisation des élections législatives, d’ici le 2 mai 2020, mais aussi et surtout sa sécurisation par l’armée.

Les administrateurs sont des civils et beaucoup d’entre eux ont déjà été victimes des violences des groupes armés. Aussi, des enseignants et beaucoup d’autres fonctionnaires de l’État ont fait les frais de ces psychopathes qui sévissent dans les parties Nord et Centre de notre pays. Il n’est pas évident que ces civiles accepteront d’aller se jeter dans la gueule du loup alors que l’État peine à assurer la sécurité des personnes et de leurs biens.

Le DNI recommande de redéployer les unités de l’armée républicaine reconstituée sur l’ensemble du territoire national après le désarmement de tous les mouvements, milices et groupes d’autodéfense. Aussi, les participants ont-ils préconisé de renforcer la sécurité des personnes et de leurs biens et de redéployer l’armée avant le 20 janvier prochain à Kidal.

À ce niveau également, des blocages persistent, depuis la signature de l’Accord d’Alger. Par exemple, pour le cas de Kidal, l’Accord précise que les forces de défense ne pourront être déployées qu’une fois reconstituées. Une recommandation dont la mise en œuvre risque de ne pas respecter le délai indiqué, car nous sommes à quelque jour de la date butoir du 20 janvier 2020.

Une autre mesure urgente concerne le retour des réfugiés et leur réinsertion. Le retour au bercail des réfugiés est naturellement conditionné au redéploiement de l’armée sur toute l’étendue du territoire et au retour de l’administration.

En tout cas, à l’analyse de la situation sur le terrain, le constat qui se dégage est que les mesures urgentes à mettre en œuvre sont déjà hypothéquées. Il reste à voir si le miracle se produira pour le président de la République qui s’est engagé à appliquer les recommandations issues du Dialogue national inclusif.

PAR MODIBO KONE




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