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samedi 19 septembre 2020
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DPI, APG, routes, sécurité: le Dr Choguel dénude le régime

Dans une interview accordée à la Radio ‘’Adar Koima’’ de Gao, Dr Choguel Kokalla MAIGA voit dans le dialogue politique une astuce du Gouvernement pour la légitimation des projets de découpage territorial et de révision constitutionnelle laquelle consacrerait la partition de l’État sans un retour préalable de l’autorité de l’État sur l’ensemble du pays. Il dénonce la duperie dont ont été victimes les populations de Gao à propos de la reconstruction de la route Sevaré-Gao dont le bouclage du financement avait pourtant été annoncé en 2014, puis en 2017. Aussi, la destruction de l’Armée ; le rôle ambigu de la Communauté internationale dans le recouvrement de l’intégrité territoriale et le rétablissement de la paix et de la sécurité ; les détournements massifs de deniers publics sont dans la ligne de mire du Président du MPR. Nous vous livrons in extenso cette interview.

Bonjour Dr Choguel MAIGA, Président du Mouvement Patriotique pour le Renouveau(MPR). Merci d’avoir bien voulu répondre à nos questions. Dr Choguel MAIGA, le Gouvernent du Mali prépare un Dialogue Politique Inclusif (DPI), que pensez-vous de ce Dialogue ?
CKM : .Je voudrais saluer l’ensemble des populations du Nord : Gao, Tombouctou, Kidal, Ménaka et Taoudénit. Dire aux populations de Gao de conserver la bravoure et la détermination dont elles ont fait montre pendant et après l’Occupation.
En effet, l’histoire contemporaine de notre pays retiendra qu’en 2012, après le départ de l’Administration, des Forces armées et de sécurité, ce sont les populations aux mains nues qui se sont organisées pour défendre le drapeau malien, l’intégrité de notre territoire au prix de leur vie. Ce combat noble et nécessaire devrait continuer jusqu’à la libération totale de notre pays et au recouvrement de son intégrité territoriale. Les braves populations devraient continuer la veille citoyenne pour la défense les intérêts de leur région. Ce sont aussi les populations de Gao qui au prix du sacrifice ultime, ont refusé en 2016, la trahison qui a consisté à installer, à la place des organes démocratiquement élus par les populations, des autorités intérimaires illégitimes, désignées par les mouvements armés et qui ne sont prévues nulle part dans l’Accord d’Alger. Je leur dis enfin de continuer à rejeter toute idée ou projet de partition de notre pays.
En outre, tous les observateurs avertis savent bien que ce DPI ne vise en réalité que la révision constitutionnelle. Le Gouvernement soulève beaucoup de questions secondaires, mais l’objectif caché, c’est bel et bien la révision constitutionnelle. Le régime voudrait simplement tromper la vigilance du Peuple.
Vous aurez constaté déjà à travers les TDR, que c’est Gouvernement qui choisit la majorité des participants. Ceux-là qui sont acquis à l’avance à sa cause, notamment les Institutions, l’Administration, les Partis de la Majorité, les Associations partenaires du pouvoir, etc. Une portion congrue est réservée aux Forces politiques et sociales significatives opposées au régime. Ainsi, par exemple, sur 1000 invités, le Gouvernement désignera 80 à 90% des participants. C’est pour dire, après le dialogue, que la majorité des participants ont demandé la révision constitutionnelle, ont approuvé ceci ou cela.
Donc, la stratégie du Gouvernement, c’est d’organiser un DPI déjà miné pour faire passer la pilule de la révision constitutionnelle. Si le dialogue se tenait dans de telles conditions, le Gouvernement dira que c’est le peuple, à travers le DPI, qui a demandé la révision constitutionnelle.
Que personne n’accepte cela. Ceux qui participeraient au DPI devraient savoir que l’objectif principal visé, c’est la révision constitutionnelle. Qu’il soit clair pour tous que, si la révision constitutionnelle se réalise sans le rétablissement de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire, la présence effective des préfets et sous-préfets dans les régions de Gao, Tombouctou, Kidal , Ménaka et Taoudenni, que c’est la partition de fait de notre pays. Que personne ne vienne dire après coup qu’il ne savait pas.

Cela voudrait dire que le DPI ne vise en réalité que la révision constitutionnelle ?
CKM : Le Gouvernement ne le présente pas clairement ainsi. Il fait croire au peuple que c’est pour restaurer la paix, la sécurité et le développement. Mais, dans le fond, c’est la révision constitutionnelle que le gouvernement vise à travers ce DPI.

Dr Choguel MAIGA, que pense l’Opposition de ce DPI ?
CKM : Dans l’entendement de l’Opposition, pour créer les conditions d’un dialogue utile, il faudrait d’abord créer les conditions de retour de l’autorité de l’État sur l’ensemble du pays. Sans cela, nous irons inévitablement à la partition programmée du pays. Le gouvernement a envoyé les projets de TDR du DPI. Les acteurs réagiront certainement dans les jours à venir. Mais tout cela relève de la diversion. Au moment où, les populations sont tuées en masse, la paix et la sécurité restent à établir, il n’y a pas de routes, d’Administration, ni d’École, le Gouvernement ne trouve rien d’autre à proposer qu’un DPI biaisé, dont l’objectif inavoué est la légitimation des projets de révision constitutionnelle et de découpage du territoire.

Dr Choguel MAIGA, nous resterons sur la question de la route Gao–Sevaré. Nous avons vu les jeunes de Kati qui sont sortis pour interpeller le gouvernent sur l’état des routes. Le gouvernement est en train de prendre des dispositions pour le redémarrage des travaux de reconstruction de la route. Vous êtes ressortissant de la région de Gao, quel est le problème? Pourquoi la route Gao-Sevaré n’est pas reconstruite ?
CKM : Déjà en 1996, en tournée à Gao, j’avais demandé aux populations de me dire leur préoccupation première qu’elles souhaiteraient que je réalise, si j’étais élu, Président de la République. Elles ont répondu, la route Gao- Labezzanga. J’ai rétorqué que cette route ne fait que 250 km. J’ai rappelé également les conditions difficiles et inhumaines des voyageurs de la route Gao-Sevaré, avant sa réalisation en 1986. J’ai dit aux populations de Gao que tout le Mali pouvait reprocher le manque de réalisations au régime de Moussa Traoré sauf elles. C’était le moment où dans l’euphorie, insulter le régime de Moussa était à la mode. Certains avaient pensé, en son temps, que c’était une façon malicieuse de défendre le régime de l’UDPM. Aujourd’hui les populations de Gao comprennent la duperie dont elles ont été victimes. On se rappelle que pendant plus d’une décennie (1992-2002), à l’approche de chaque élection, le régime envoyait des techniciens sur le terrain pour faire semblant de démarrer les travaux de construction de ladite route. Ce n’est que sous ATT que la route Gao-Labezzanga a pu être construite.
Le régime actuel a promis à plusieurs reprises la reconstruction de la route Sevaré-Gao, sans suite. Ils ont annoncé le bouclage du financement, d’abord en 2014, au retour de IBK de Chine. Ensuite, en 2017, ils ont parlé d’un financement de l’Arabie saoudite de ladite route, mais aussi de l’Aéroport de Kidal.
Je pense que les populations devraient exiger la reconstruction de cette route. Elles ne devraient plus écouter les fausses promesses à l’approche des élections. Sans leur détermination, cette route ne sera jamais construite.
S’agissant des populations de Kayes, ce régime leur a menti ; d’où cette révolte pour remettre les autorités devant leurs responsabilités. On se rappelle que les autorités ont plusieurs fois affirmé le bouclage du financement de la route Kayes–Bamako, du chemin de fer et du parc des locomotives. En 2017, le Ministre de l’Équipement et des transports a affirmé devant les députés que le financement de ladite route était acquis. Elle a repris la même promesse dans un communiqué rendu public. Tout cela s’est avéré faux. La population de Kati a pris alors les autorités en flagrant délit de mensonge. C’est pourquoi les populations exigent des mesures concrètes et des promesses fermes.
Je demande à l’ensemble des populations de rester déterminées sur l’ensemble du territoire pour défendre leurs intérêts. Ce régime n’écoute que les groupes de pression et les groupes armés.

Dr Choguel MAIGA, nous constatons la présence de plusieurs armées étrangères sur notre sol. Malgré tout, la paix et la sécurité ne sont pas de retour. Quelles sont vos impressions ?
CKM : L’armée a été détruite et l’État se trouve incapable d’assurer la paix et la sécurité des personnes et des biens. Il n’y a pas de démocratie sans armée forte. Une démocratie qui n’assure pas la sécurité des personnes et des biens conduit à l’anarchie et au désordre.
Avez-vous déjà vu, un pays dans lequel, une armée étrangère a apporté la paix ? L’ONU est en RDC, en RCA depuis des années, mais sans paix. J’avais dit au Représenté Spécial du SG de l’ONU au Mali que le peuple malien se sent floué. Car, dans l’imaginaire populaire, la Communauté Internationale avait été sollicitée pour aider notre pays à recouvrer son intégrité territoriale et assurer la paix et la sécurité. Malheureusement, c’est cette Communauté Internationale qui a empêché l’armée malienne de renter à Kidal. Ils affirment qu’ils sont là pour maintenir une paix qui n’existe pas. Au même moment, ils construisent des bases et achètent des dizaines d’hectares de terrains dans plusieurs localités. Ce qui démontre clairement qu’ils ne voudraient pas quitter notre pays de sitôt. Les populations devraient demander au gouvernement d’exiger plus d’engagements de la communauté internationale.

Dr Choguel MAIGA, nous constatons ces derniers temps des détournements massifs des biens publics.
CKM : Les détournements sont moins graves que les pertes massives en vies humaines. Les morts se comptent en dizaines voire centaines par jour au Mali. Des communautés s’affrontent. Au même moment, ici à Bamako, les autorités sont dans les séminaires, les ateliers, les cérémonies, les congratulations, les décorations, les fêtes, etc. Les populations devraient dire à ce pouvoir : ça suffit ! Ce pouvoir a complètement échoué, comme on dit en bamanakan, « A DESSERA ».

Parlant de l’Accord Politique de Gouvernance (APG), y a-t-il eu trahison ?
CKM : Aujourd’hui, même aux lieux de funérailles, les autorités et leurs représentants ne parlent que de l’Accord Politique de Gouvernance (APG). En réalité, ayant participé à la rédaction des premières versions du projet de cet Accord, j’affirme que l’Opposition avait estimé qu’il fallait, au regard des périls qui pèsent sur la nation et notre pays, menacé d’effondrement, se retrouver autour de IBK, malgré les conditions désastreuses de son élection, pour sauver le Mali. Chacun sait qu’il n’y avait pas eu d’élection transparente en 2018. Dans le Nord par exemple, ce sont les groupes armés qui ont supervisé les élections et attribué à IBK le score qu’il souhaitait. À Kayes, ils avaient promis de payer les salaires des cheminots et des retraités des chemins de fer et mettre en service de nouvelles locomotives. À Mopti, ils ont promis la paix et la sécurité. L’Opposition, de bonne foi, avait estimé qu’il fallait faire l’Union sacrée autour du Président pour sauver notre pays. Pour ce faire, il sera nécessaire de changer la façon de gouverner.
Ensuite, dans l’Application de l’Accord pour la paix et la Réconciliation, éviter tout ce qui pourrait conduire à la partition du pays, à court, moyen et long termes.
Enfin, la sécurité des personnes et des biens et le recouvrement de l’intégrité du territoire devraient constituer les priorités n° 1 de l’action du gouvernement. Par la suite, nous avons compris que les priorités de IBK ne sont autres que : la révision constitutionnelle, l’Application de l’Accord d’Alger et la mise en œuvre de son programme ‘’ANW KA MALIBA BE KA TA GNE’’. L’Opposition a alors refusé de les suivre dans cette démarche. Notre combat, c’est pour le Mali et non pour les postes ministériels. Ainsi, ils se sont entendus avec certains leaders politiques qu’ils ont pris dans leur gouvernement. Ils ont coopté deux personnalités de l’Opposition dans un Gouvernement de 38 postes ministériels, qu’ils ont abusivement appelé, « gouvernement de large ouverture ». Malgré tout, nous respectons leur choix.
Aujourd’hui, certains citoyens pensent que l’Opposition a abdiqué. Non ! Nous avons voulu simplement donner le temps pour que les citoyens constatent par eux-mêmes que rien n’a changé dans la gouvernance. C’est malheureusement le constat aujourd’hui. La population découvre avec stupéfaction que pendant que le pays est en guerre, 1 300 milliards de FCFA sont sortis des caisses de l’État pour la mise en œuvre de la Loi d’Orientation et de programmation militaire, alors que la situation sécuritaire se dégrade de jour en jour. Sur six (06) avions commandés, O4 ont été réceptionnés et personne ne sait où est parti l’argent destiné à l’achat des deux autres avions. Les 04 avions réceptionnés ne sont pas non plus fonctionnels pour le combat. Les hélicoptères achetés sont cloués au sol. Les militaires au front manquent de munitions. Quand certaines localités sont attaquées, les militaires ne peuvent intervenir en urgence par manque de carburant. Voilà les pratiques que nous souhaiterions changer à la suite d’un Accord Politique. Le pouvoir n’a pas accepté. Alors, nous avons refusé de signer l’Accord.

Votre dernier mot à l’endroit de la population de Gao qui vous écoute sur nos ondes ?
CKM : Je demande à la population de Gao de garder son courage, sa bravoure, de continuer à se mobiliser comme du temps de la résistance contre l’Occupation des séparatistes, terroristes et narcotrafiquants en 2012. Que les populations comprennent que notre pays retrouvera dans quelques années la stabilité et le progrès. Par rapport à la route Sevaré-Gao, que les populations restent mobilisées pour exiger sa construction comme les populations de Kayes qui ont donné l’exemple à suivre. Je leur demande de taire les rivalités politiques (Majorité-Opposition) pour se mobiliser autour des questions existentielles, des questions d’intérêt national. Les populations qui ont voté IBK en 2018 sont aujourd’hui plus mécontentes et amères que celles qui ont voté contre lui. La désobéissance civile est un droit constitutionnel. À Kayes, de nos jours, on ne parle pas de Majorité et d’Opposition, mais de l’intérêt de la région. Gao devrait en faire de même. Les populations devraient être solidaires et unies pour défendre leurs intérêts. Pendant l’Occupation, c’est l’union et la solidarité qui ont permis aux populations du Nord de faire face aux occupants.

Entretien réalisé par Malick MAIGA,
Radio Adar de GAO




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