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jeudi 13 août 2020
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Droits de l’homme au nord: l’ONU dresse un bilan préoccupant

Dans son dernier rapport trimestriel rendu public sur la situation sécuritaire dans notre pays, le secrétaire général des Nations unies met l’accent sur la situation des droits de l’homme qu’il juge très préoccupante, au cours de la période concernée (décembre-mars). Selon le responsable de l’ONU, la Minusma a recensé 123 cas de violations des droits de la personne, soit 51 de plus que lors de la période précédente. Sur ce nombre, l’on dénombre 114 atteintes commises par des groupes armés et 9 violations perpétrées par les forces nationales.

Le rapport de l’ONU précise que les 123 cas portaient sur la mort de 222 civils, la disparition forcée de 20 personnes, 72 personnes blessées et l’enlèvement ou la disparition de 46 personnes. Il est à préciser qu’un peu plus de la moitié de ces cas (62) ont été signalés dans la région de Mopti. Des incidents ont également été enregistrés dans les régions de Gao (20), Kidal (6), Ménaka (14), Ségou (6) et Tombouctou (15).

Ainsi, la majorité des cas (49) s’est produite dans des zones où le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans et l’État islamique du Grand Sahara était actif avec au moins 10 autres cas attribués à l’État islamique du Grand Sahara et 7 au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans.

Le rapport révèle que les cas de violence communautaire ont persisté, avec de graves conséquences sur les droits de la personne, en particulier ceux des femmes et des enfants. Les groupes armés communautaires ont été impliqués dans 31 cas d’atteintes dans le contexte de la violence entre communautés, tous enregistrés dans la région de Mopti.

Au total, 10 atteintes ont été attribuées à des groupes armés signataires et enregistrées dans les régions de Gao (2), Kidal (2) et Ménaka (6). Aussi, le rapport souligne que les forces de défense et de sécurité nationales ont été impliquées dans neuf cas de violations des droits de la personne.

« La MINUSMA a relevé huit cas de violences sexuelles perpétrées par des groupes terroristes, des groupes armés signataires et les forces armées nationales. Il s’agissait notamment du mariage forcé de quatre filles par des éléments extrémistes présumés dans la région de Tombouctou, du viol présumé de deux femmes par des membres du Mouvement pour le salut de l’Azawad à Ménaka, du viol collectif d’une fille imputé à des éléments de la Coordination des mouvements de l’Azawad et du Front patriotique de résistance à Gao, et de l’agression sexuelle d’une fillette de 5 ans perpétrée par un élément des forces armées nationales à Gao », souligne le rapport du secrétaire général de l’ONU.

Par ailleurs, le rapport confirme que les enfants continuent de souffrir de la violence. Ainsi, 174 violations graves à l’encontre de 103 enfants ont été documentées au cours de la période considérée, soit une augmentation de 23 % par rapport à la période considérée précédente. Au total, 10 enfants ont été tués et 9 mutilés. Si certains des auteurs de ces actes ne sont toujours pas identifiés, 97 des cas ont été attribués à des groupes armés extrémistes violents qui ont également mené 39 attaques contre des établissements scolaires, tué ou enlevé des enseignants, détruit du matériel pédagogique, brûlé des salles de classe, exigé la fermeture d’écoles laïques ou traditionnelles et demandé la création d’écoles coraniques, en particulier dans les régions de Mopti et de Tombouctou. Le nombre d’écoles qui sont fermées dans le nord et le centre de notre pays a encore augmenté pour atteindre 1 151.

Il est aussi à déplorer que 75 enfants ont été recrutés et utilisés par les groupes armés signataires : 52 par la Coalition des mouvements de l’Azawad et 23 par la Plateforme.

Le rapport signale que le nombre de personnes déplacées au Mali a augmenté, atteignant un total de 218 000 contre 199 385 en novembre 2019. Les femmes représentaient 54 % de la population de personnes déplacées. Plus de 30 % de ces personnes ont été déplacées plus d’une fois depuis qu’elles ont fui leur domicile. De violentes attaques dans le centre ont provoqué des vagues quotidiennes de déplacements. Dans le nouveau plan d’intervention humanitaire pour la période 2020-2022, le Patron de l’ONU estime que les besoins de financement humanitaire se situent à 390 millions de dollars, soit une augmentation de 20 % par rapport à l’année précédente.

« L’accès humanitaire aux populations ayant besoin de protection et d’assistance dans le centre et le nord du Mali restait difficile en raison du banditisme, des activités des groupes terroristes, des infrastructures endommagées et du retrait des forces armées nationales de certaines de ces zones, notamment dans les régions de Gao et de Ménaka, les services de l’État ont continué à se retirer des zones les plus touchées par la violence comme dans le cercle d’Ansongo. Au total, 1 151 écoles ne fonctionnent pas dans le nord et le centre, laissant plus de 330 000 enfants sans accès à l’éducation, et les grèves continues des enseignants empêchent beaucoup plus d’enfants d’aller à l’école pendant de longues périodes », déplore le secrétaire général de l’ONU.

L’on apprend que quelque 4,3 millions de personnes devraient avoir besoin d’une aide humanitaire en 2020 en raison de la détérioration de la situation en matière de sécurité, contre 3,2 millions à la fin de 2019. Parmi elles, 1,1 million de personnes devraient atteindre des niveaux d’insécurité alimentaire de crise pendant la période de soudure, de juin à septembre, ce qui serait le nombre le plus élevé enregistré au cours des cinq dernières années.

PAR MODIBO KONE




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