EBOLA : le Mali doublement victime

Plus que le terrorisme islamiste rampant, la psychose Ebola est en train d’envelopper la planète. La réflexion de survie naturelle à travers la prévention s’engouffre progressivement dans les dédales d’une hystérie collective. Ça et là, de la prévention, on est passé très rapidement à la protection, au protectionnisme. Ebola, pour certains, une situation d’urgence nationale, pour d’autres, un problème de sécurité nationale. Pour le Mali, un risque d’isolement à conjurer au plus vite.

Dernier pays touché en Afrique par « le mal du siècle », le Mali a enregistré son premier cas d’Ebola le 24 octobre à travers une fillette morte qu’une grand-mère dans son ignorance ou imprudence avait trimballée en Guinée forestière pour, dit-on, des condoléances. La rapidité de la réaction des autorités sanitaires et les mesures de prévention prises avaient permis de contenir la contagion à ce seul cas de décès enregistré à Kayes. Jusqu’à la semaine dernière.

Au moment où les autorités levaient la quarantaine des personnes susceptibles d’avoir été en contact avec la fillette de Kayes et sa grand-mère, les Bamakois apprennent avec consternation qu’une Clinique privée, Pasteur, pour ne pas la nommer, avait accueilli, venant de la Guinée, un malade atteint d’Ebola qui succomba ainsi que l’infirmier qui l’avait pris en charge.

Le dispositif national rapidement déployé mettra sous observation et quarantaine plusieurs centaines de personnes, avec à la clé une intensification de la mobilisation. Toutefois, malgré les assurances données par les autorités, les folles rumeurs et la désinformation relèvent le niveau de la panique. Dans l’incertitude, ou face simplement à la peur, les pays amis, voisins et partenaires du Mali, dès le premier cas constaté, ont réagi différemment. Par des mesures qui compliquent la sensibilisation, la prévention et sapent les efforts de nos autorités.

Le nombre de personnes-contacts suivies par les services de santé est de 577, à la date du 17 novembre. Toutes choses qui ont entraîné des réactions vigoureuses de la part de différents pays, à commencer par nos voisins immédiats.

La Mauritanie

Le premier pays à avoir donné le ton a été la Mauritanie. Quarante-huit heures après le premier cas détecté dans notre pays, la Mauritanie voisine a annoncé un renforcement des contrôles à sa frontière avec notre pays. Le ministre mauritanien de la Santé Ahmedou Ould Jelvoune a annoncé le samedi 26 octobre, dans une déclaration diffusée par les médias publics que : «Des instructions ont été immédiatement données pour le renforcement des mesures déjà prises afin de faire face à l’épidémie depuis l’annonce de ce cas au Mali voisin et de nouvelles dispositions ont été mises en place»

La Mauritanie ne compte aucun cas d’Ebola, mais «tout le monde doit s’armer de vigilance extrême face au danger», a assuré le ministre.

Selon lui, «des équipes médicales et administratives ont été dépêchées sur les frontières sud avec le Mali» pour empêcher toute infiltration d’un cas suspect à travers cette frontière longue de plus de 2.200 km, où des contrôles sanitaires sont déjà en place.

Des sources administratives locales et des commerçants en activité dans la région entre les villes de Kayes, véritable poumon des échanges commerciaux entre les deux pays, et Aioun, dans le sud-est de la Mauritanie, ont indiqué que cela avait abouti à la «fermeture effective » depuis vendredi soir de la frontière.

«C’est une décision qui a été prise et communiquée à tout le monde. Les commerçants et tous ceux qui sont en activité sur la frontière ont été informés et appelés à contribuer à faire observer cette décision par tout le monde», a indiqué une source administrative.

«Les autorités nous ont informés que cette fermeture était bien stricte et que tous ceux qui seront pris en contravention par rapport à l’interdiction de passer la frontière seront sévèrement punis», a confirmé un commerçant local.

La Cote d’Ivoire

Ce lundi, 17 novembre dernier, la Côte d’Ivoire voisine a aussi décidé de renforcer son dispositif de riposte à la frontière avec notre pays. Cette décision fait suite à une « réunion d’urgence » du gouvernement ivoirien tenue lundi à Abidjan en vue de la mobilisation des partenaires dans la prévention contre l’épidémie de fièvre hémorragique à virus Ebola, pour renforcer les préparatifs de riposte de la Côte d’Ivoire à sa frontière nord avec le Mali. En attendant la fermeture de la frontière ?

Il y a lieu de s’en inquiéter lorsqu’on sait que le gouvernement de la Côte d’Ivoire a décidé le samedi 23 août de fermer ses frontières terrestres avec la Guinée et le Liberia, deux pays où l’épidémie de fièvre Ebola faisait rage. Avant cette décision «exceptionnelle», annoncée par le Premier ministre, Daniel Kablan Duncan, on se rappelle que la Côte d’Ivoire avait suspendu, le 11 août, tous les vols à destination des pays affectés.

Le Sénégal ?

Quelle sera l’attitude du voisin sénégalais après les cas mortels enregistrés dans notre pays ?

On peut raisonnablement s’attendre à des mesures similaires compte tenu de la réaction de ce pays face à Ebola. En effet, on se rappelle qu’il n’aura fallu qu’un cas sur son territoire pour que le Sénégal décide de fermer sa frontière jeudi 18 septembre avec la Guinée, pays dont est partie la personne porteuse du virus.

Le ministère sénégalais de l’Intérieur avait, à cette occasion, indiqué que cette mesure s’étendait aux frontières aériennes et maritimes pour les aéronefs et navires en provenance de la République de Guinée, de la Sierra Leone et du Liberia.

Au regard de la polémique qui s’en est suivie, le pays de Macky SALL a-t-il révisé ses principes de précaution face à Ebola ? Attendons de voir.

Hors d’Afrique, la psychose face à la maladie a développé une certaine méfiance qui déborde aujourd’hui largement sur la stigmatisation des ressortissants venants des pays touchés par Ebola. Les mesures de préventions prises par ces pays, développés, à travers le contrôle renforcé des passagers en provenance des « pays d’Ebola », donnent le sentiment d’une quarantaine qui ne dit pas son nom.

La France :

La France – qui accueille une communauté malienne de 120.000 personnes a étendu, la semaine dernière, ses contrôles aux passagers en provenance du Mali.

Après les nouveaux cas décelés la semaine dernière notamment à la Clinique Pasteur, le Président Hollande a fait l’amitié au Président IBK de l’appeler pour lui manifester sa solidarité et son soutien avant de dépêcher auprès de lui la Conseillère chargée de l’Afrique, Mme Gerardin, avec l’annonce d’appui conséquent. Mais immédiatement, le ministère français de la Santé annonçait, à travers un communiqué, la mise en application, dès le 15 novembre dernier, de nouvelles mesures en ce qui est des voyageurs en provenance de notre pays : «le dispositif de contrôle et de suivi des passagers mis en place dans les aéroports parisiens en raison de l’épidémie de fièvre Ebola est étendu à partir de samedi 15 novembre aux vols en provenance de Bamako, capitale du Mali. Ces contrôles seront effectués par les services médicaux des aéroports de Roissy-Charles-de-Gaulle et Paris Orly, avec l’appui de la protection civile et de la Croix-Rouge française».

Comme pour ne rien arranger à la situation, le ministère français des Affaires étrangères, y est allé, sans le dos de la cuillère, de sa couche de dissuasion. En effet le Quai d’Orsay, a appelé, samedi, les Français à éviter «de se déplacer ou de séjourner dans la région de Kayes ou à Bamako. Pour les ressortissants sur place, il est recommandé de se conformer aux directives sanitaires émises par les autorités maliennes».

Les Etats-Unis

Les Etats-Unis d’Amérique, ne sont pas non plus demeurés en reste en appliquant de leur côté des mesures similaires. Notre confrère de la VOA rapporte : «l’apparition au Mali du virus de la fièvre hémorragique, qui provoque la plus grave épidémie depuis son identification en 1976, a poussé les Etats-Unis à accroître leurs mesures de protection. Ainsi, dès lundi, le dispositif de contrôle en place depuis le 11 octobre pour les passagers en provenance des trois pays d’Afrique de l’Ouest les plus affectés par Ebola (Liberia, Sierra Leone, Guinée) a été étendu à ceux du Mali». Seul bémol, ils ne diabolisent pas la destination Mali et ne stigmatisent pas non plus les ressortissants maliens.

Selon les Centres fédéraux américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC), il n’y a pas de vols directs entre les Etats-Unis et le Mali d’où, «en moyenne, 15 à 20 personnes» arrivent chaque jour.

Ces passagers devront entrer sur le sol américain par l’un des cinq aéroports déjà mobilisés – New York JFK et Newark, Washington Dulles, Chicago O’Hare et Atlanta – où un dispositif de dépistage est en place (température, questionnaire, etc). Ils devront aussi suivre un protocole de contrôle pendant la période d’incubation.

Vers un isolement ?

Va-t-on, au regard de la cascade des mesures de protectionnisme épidémiologique, vers un isolement des pays touchés, particulièrement du nôtre avec la fermeture des frontières par nos voisins ?

L’OMS ainsi que toutes les organisations humanitaires s’opposent à la fermeture des frontières, car cela fragilise les pays touchés par l’épidémie tant économiquement que sanitairement, les convois d’aide qui leur sont destinés étant notamment empêchés de leur parvenir. L’ONU de même que l’Union Africaine préconisent la libre circulation des personnes et des biens, déconseillent la stigmatisation et le repli sur soi.

Pour autant, plusieurs pays continuent, et peut-être à tort, de considérer la question d’Ebola comme relevant de la sécurité nationale en barricadant leurs frontières avec les pays touchés. Dès lors, il y a lieu de s’inquiéter que d’autres pays voisins ne prennent l’exemple sur la Mauritanie et la Cote d’Ivoire pour mettre en quarantaine, pardon isoler notre pays, déjà fortement handicapé par sa continentalité et par toutes les crises qu’il connaît depuis 3 ans. Ce qui lui serait fortement préjudiciable au plan économique.

Toutefois, l’optimisme doit être de mise. Face aux dispositifs mis en place et résultats obtenus (aucun cas nouveau n’a été enregistré depuis une semaine), il y a fort espoir que le mal puisse être très prochainement d’endigué. Selon les derniers communiqués des autorités sanitaires, la progression est sous contrôle. Ebola peut même être vaincue, le Mali peut et doit gagner la bataille, a soutenu le Président IBK à Kourémalé, le lundi dernier, grâce à une mobilisation générale de l’ensemble des populations à travers des messages de prévention et le respect des mesures d’hygiène et consignes sanitaires.

Par Bertin DAKOUO

 

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