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jeudi 21 septembre 2017
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éditorial: ébola tue, et elle tue sans pitié

Le seuil du doute, de l’hésitation et de la complaisance est franchi depuis mardi. Avec le décès confirmé d’un infirmier à la Clinique Pasteur, l’angoisse a désormais cédé la place à la panique, avec le nombre de personnes mises en quarantaine et en observation, l’apparente sérénité jusqu’ici affichée dans la Cité des Trois Caïmans s’en trouve fortement ébranlée avec l’abjuration du serment d’Hippocrate. Un corps médical oublieux de son sacerdoce et des visiteurs sans scrupules qui prennent la clef des champs, exposant leurs familles, leurs proches, une ville de plus de deux millions d’âmes à une mort certaine, atroce et sans alternative.

Dans la ville jusqu’ici paisible, sans souci majeur, au regard du formidable travail de sensibilisation abattu par l’équipe du Pr Samba SOW, l’atmosphère désormais empeste la suspicion, même si ce n’est pas encore la psychose qui pousse au délit de fasciés.

Les interrogations, hier légères, sont devenues plus incisives, plus inquiétantes. Bamako n’est pas devenue une Cité de frayeur, mais la conscience du danger commence à y germer, impactant les habitudes, surtout éveillant les méfiances.

Il y trois semaines, suite au décès de la fillette venue de Guinée, nous écrivons que Ebola était désormais là, bien là et que c’était une réalité avec laquelle il faut désormais compter, avec laquelle il faut désormais vivre. Ce qu’il faut ajouter, avec ce deuxième cas, sans verser dans la paranoïa, c’est que Ebola tue, elle tue sans pitié. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) la définit comme «une maladie grave, souvent mortelle, dont le taux de létalité peut atteindre 90%».

La maladie à virus Ebola se transmet «par contact direct (par la peau lésée ou les muqueuses) avec le sang, les liquides biologiques ou les sécrétions (selles, urines, salive ou sperme) des sujets infectés. C’est aussi le cas, si la peau lésée ou les muqueuses d’un sujet sain entrent en contact avec des objets contaminés par les liquides infectieuses d’un malade, comme des vêtements et du linge de lit souillés, ou des aiguilles usagées».

Selon l’OMS, même si plusieurs produits sont en cours de mise au point, «à l’heure actuelle, il n’existe aucun médicament ou vaccin contre la maladie à virus Ebola».

Le seul remède donc, pour y échapper, est et reste la prudence. Faute donc de remèdes concrets et disponibles dans les pharmacies, l’éradication de Ebola requiert et exige des solutions courageuses qui passent par la prévention, l’information, la sensibilisation, l’éducation, voir la rééducation culturelle.

Nous persistons et signons que pour s’en sortir, au Mali, il nous faut revoir notre vécu social, notre mode légendaire, nos traditions, nos us et coutumes; bref, il est impératif sans aucune paranoïa de réinventer un nouveau vivre ensemble, pour minimiser les risques, afin de donner plus de chances et d’impact aux actions de préventions et d’éradication du Mal.

Sans plaider pour un ermitage ou une interdiction de toute activité humaine, aux conséquences économiques incalculables, il convient de circonscrire les cérémonies sociales fastidieuses et futilement pompeuses (baptême, mariage, funérailles).

En effet,  selon l’OMS, «il est arrivé que la maladie se transmette également lors de funérailles et des rites d’inhumation. Les cérémonies au cours desquelles, les parents et amis du défunt ayant eu des contacts directs avec la dépouille ont parfois joué un rôle dans la transmission».

Pour gagner la partie contre Ebola, faute de fermer la frontière avec la Guinée, parce que le Président s’y oppose fermement, l’État se doit d’avoir le courage de s’attaquer aux tabous, d’imposer le changement des habitudes, des modes de vie et de cohabitation. Toutes choses qui sont permissives, potentiellement contagieuses.

L’hygiène des mains est indispensable et elle doit continuer à être pratiquée systématiquement. De même que l’interdiction désormais des poignées de mains, des accolades, et des petits bisous par-ci, par-là. Ces campagnes là ne doivent pas s’arrêter.

Il faut aussi, comme nous l’avions suggérer voilà un mois, bannir notre traditionnel et légendaire «tègè kô minan» (le récipient dans lequel chacun lave ses mains avant le repas commun) pour le repas commun.

Faut-il, en cette période d’épidémie, remettre en cause le «plat commun», trait culturel et caractéristique de notre société malienne?

Nous persistons à le déconseiller, sans aucun «toubabisme» en donnant toujours l’exemple du plat commun du Tô (chacun trempe sa tartine dans la même sauce commune, la porte à sa bouche et répète l’opération jusqu’à ce qu’il soit rassasié) ne peut offrir de garantie quant à la non-contagion tant que les modes de transmission du Mal Ebola restent assez flous.

L’Etat se devrait aussi de sensibiliser sur l’hygiène dans nos toilettes traditionnelles, la désinfection de toilettes communes, mais surtout l’interdiction des pratiques ancestrales qui prévalent toujours dans notre société: la bouilloire, la main gauche, sans aucun savon et sans antiseptiques.

Prudence, dit-on, est mère de toutes les suretés. Aussi, il faudrait rappeler avec force et gravité aux sportifs de la libido, aux libertaires, homos et hétéros, aux amoureux de l’aventure (jeunes, moins jeunes),  mais plus fraternellement à notre jeunesse que Ebola est pire que le Sida, que Ebola tue sans pitié. A tous les homos et hétéros, le message doit être clair et sans équivoque: stop au vagabondage sexuel parce Ebola tue sans pitié,  et le mieux, c’est d’arrêter d’être volage, c’est de mettre la libido en berne, parce que la belle conquête peut se conclure par le trépas.

Point d’alarmisme inutile, point d’exagération, simple appel à l’éveil des consciences sur la gravité de l’épidémie qui a déjà fait plus de 5 000 morts dans notre sous région, afin d’éviter des risques inutiles et pour s’abonner aux réflexes face à la maladie d’Ebola.

Notre objectif n’est pas d’en rajouter à la peur déjà visible sur chaque visage à Bamako, de créer une psychose inutile, mais de contribuer à la sensibilisation, à l’information et à l’éducation.

Conscients de la gravité de la situation et de notre devoir de service public, pour nous journalistes, il ne s’agit point de chercher d’alarmer et d’effrayer (même sous forme de cousinage), encore moins d’entretenir un climat de psychose et de peur injustifiées, mais de bien informer et de sereinement sensibiliser. Parce que le premier vecteur de propagation de la maladie, c’est le manque d’information et c’est lui qui contribue pour beaucoup à la peur et à la panique.

Que chacun se le tienne pour dit: Ebola est là, Ebola tue, et il tue sans pitié.

Par Sékou CAMARA

 




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