Search
mercredi 18 octobre 2017
  • :
  • :

Editorial: et si tout était un piège ?

La brusque montée de tension dans le périmètre longtemps agité n’a pas fini de livrer de tous ses secrets. Si le MNLA continue toujours de pleurer ses 11 morts et exiger des indemnités pour leur « assassinat » dans un bombardement de la Minusma, le 20 janvier, que la Plateforme continue elle de démentir catégoriquement toute action aérienne des forces internationales ce jour dans le secteur, sous son contrôle, la Cité des Askia, la plus grande agglomération du Nord de notre pays, est en ébullition suite aux tirs à balles réelles de la Minusma qui ont fait 3 morts, plusieurs blessés dont 4 grièvement.

La Mission multidimensionnelle intégrée des Nations-Unies pour la stabilisation au Mali MINUSMA), suite aux actes de vandalisme dont elle a fait l’objet à Kidal a estimé, peut-être, pour sa propre stabilité aux côtés de ses protégés, et/ou, peut-être, en guise de dommages et intérêts que ces derniers demandaient en compassion au « bombardement » mis en doute par la Plateforme, de leur offrir une ZTE (zone temporaire de sécurité).

Aussi, sous la pression des séparatistes qui connaissent bien son fonctionnement, la Minusma a-t-elle pris la décision unilatérale de signer un «Accord pour l’établissement d’une zone temporaire de sécurité» avec seulement la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) en confrontation armée, depuis deux semaines dans le secteur de Tabankort.
Les autres groupes, notamment ceux de la Plateforme se sentant marginalisés dans la recherche de solution de la situation de Tabankort dans laquelle ils sont pourtant parties prenantes réagissent par un communiqué puis une conférence de presse pour dénoncer la complaisance et le parti pris de la MINUSMA.
Les populations se reconnaissant dans leurs positions et dans leurs combats décident pour donner échos aux réserves et dénonciations des groupes armés exclus de l’Accord controversé de faire une marche de protestation.
Une première marche organisée par la jeunesse de Gao a lieu lundi pour demander le retrait pur et simple de la Minusma de l’Accord exclusif en faveur du MNLA. À l’appel des populations des localités voisines, une autre a lieu mardi. La Minusma perd patience, tire sur les manifestants sans armes et tue 3 d’entre eux en blessant une dizaine d’autres manifestants, dont 4 grièvement.

À la demande du gouvernement qui n’a point été associé à son élaboration, la Minusma s’engage à retirer l’Accord qui, du point de vue des autres groupes armés, est nul et nul d’effet.

En attendant les enquêtes promises par la Minusma, et non par l’État qui a dépêché mardi même une délégation à Gao, la responsabilité de la Minusma est engagée sur sa décision unilatérale et complaisante qui a débouché sur un accord non inclusif ; accord qui est à l’origine du drame vécu mardi par les populations de Gao.

Parce qu’elle subit l’arbitraire et l’humiliation, depuis 2012, et ne sachant plus à quel saint se vouer (l’État étant désespérément absent du Nord, en tout cas, insuffisamment présent pour peser sur quoi que ce soit), les populations du Nord, à travers celles de Gao, sont sorties massivement pour manifester dans la ville des Askia contre la Minusma, c’est parce qu’elles estiment que celle-ci a fini de consumer sa neutralité et la nécessaire transparence qu’on attendait d’elle sur l’autel des complaisances et des compromissions avec le MNLA.
Pour autant, malgré le drame qui doit être condamné comme il se doit (une vie en vaut une autre), il ne faut pas tomber dans le piège du maximalisme et de surenchères préjudiciables au processus de paix. Parce que c’est justement faire le jeu du MNLA et ses complices.
Le Mali a besoin de bâtir la paix. Et seul, il nous est impossible d’y parvenir. Le parcours sur la voix de la paix est appréciable malgré les interférences et les immixtions, les connivences et les compromissions.
Il nous revient de faire le bilan du parcours et chercher à partir de ce Mardi noir pour Gao et pour l’ensemble de notre peuple, désormais à peser sur le cours des évènements, et faute de prendre, de superviser la conduite de notre destin par les autres.

En attendant que l’écran de fumée ne se dissipe sur les raisons et les conséquences du Mardi noir de Gao, il faut s’interroger sur ses suites malheureuses sur la situation sécuritaire et sur le processus du dialogue en cours. Et, tout indique que si on ne prend garde que, les séparatistes sortent plus requinqués dans la mise en œuvre leur projet initial.
En effet, comme toujours, pour avoir crié à la victime expiatoire, et brandi le chantage de rompre sa collaboration avec les forces onusiennes et de se retirer du processus de paix, le Mnla oblige la Minusma à faire un virage à 180°, à travers un Accord qui impose à ses adversaires de la Plateforme de décamper de leur base et leur interdit toute opération militaire dans la zone convoitée contre ses positions. Mieux, à travers cet accord qui le considère comme une « entité » désormais reconnue, le MNLA se pose en interlocutaire direct, tel un État souverain, des Nations unies. N’est-ce pas là un grand pas vers l’aboutissement de son projet ?
Les évènements, du 20 janvier, ont été aussi mis à profit par un séparatisme très prospectif pour mener à bien sa stratégie d’obstruction au processus de pourparlers en cours qui ont écarté d’office toute idée de sécession de l’Azawad, et donc de partition du Mali. Donc, « l’invention » de cet incident, en tout cas son instrumentalisation par le Mnla est de bonne augure pour quitter la table de négociations quand on sait que la seule solution léguée par le vieux Intallah Ag Ataher, avant de mourir était «la division du Mali».
Comme dit le Vedel, le mobile est la lance par laquelle on saisit le criminel. Aussi, il n’est pas sans intérêt d’envisager si tout ceci n’a pas été orchestré par le MNLA et que la Minusma soit tombé par complaisance dans un traquenard lourd de conséquences. En tout cas, la survie du processus de paix et l’aboutissement des pourparlers d’Alger dépendront de la proactivité de ses acteurs de contourner les pièges tendus par le Mnla et les mines posées par ses complices sur le terrain.
Désormais, en ligne de mire, et surtout avec ce qui s’est passé mardi à Gao, l’État malien et la MINUSMA gagneraient à se mettre au diapason des populations qui, faute de paix, se refusent de se laisser gérer par l’injustice et la compromission. L’État malien se doit d’obtenir de la Minusma, pour la paix et la sécurité, d’arrêter ses interférences, ses accointances et sa complaisance longtemps décriée. Nul n’oblige la Minusma d’être à hauteur des ressentiments légitimes des Maliens à l’égard du Mnla. Ce que l’Etat et les populations attendent d’elle, c’est qu’elle est une force de paix, qu’elle se comporte comme telle, arrête le double jeu et agisse en toute transparence et inclusivité.
Par Sambi Touré




Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *