EDITORIAL, fédéralisme : concéder, c’est trahir

C’est reparti officiellement, le jeudi dernier, pour la phase ultime des pourparlers dits inclusifs intermaliens pour le dialogue, la paix et la réconciliation en vue d’une solution définitive à crise que connaît le Nord du pays depuis 3 ans. Troisième ou quatrième phase ? Peu importe. Le sentiment le plus largement partagé est : autant ça avance, autant ça se complique ; autant on dialogue, autant les divergences se multiplient, autant on négocie, autant les blocages apparaissent. Intransigeance des parties, Impossibilité d’un consensus, Eternel recommencement, etc. ?

A peine commencée, la présente phase donnée comme étant celle de la « dernière chance », que les divergences refont jour sur fond d’accusations de remise en cause, d’intransigeance, et bien sûr de pressions tous azimuts sur l’Etat malien.

Une fois de plus (mais une fois de trop), la logique séparatiste indécrottable, sûre de ses appuis, revient avec hargne et arrogance et remet sur la table le Projet de l’Etat Azawad doté d’une large autonomie de gestion de ses ressources, et son projet de Fédération entre l’Etat du Mali et celui bien sûr de l’Azawad. Un projet de Fédération concocté et soutenu par une certaine France qui ne signifie ni plus ni moins que l’éclatement de notre pays, le Mali, en plusieurs petits morceaux, chacun pouvant prendre le nom qu’il veut. Et chacun pouvant se détacher de l’ensemble fédéral quand il le voudra.

La remise sur la table du projet de fédération n’est pas une volte-face, une remise en cause des engagements de la part des groupes armés (ça c’est de leur nature), elle procède d’une volonté de séparatisme ancrée dans les veines racistes et d’une logique implacable dictée par des intérêts, non des communautés dites « azawadiennes », mais de velléités géostratégiques connues de tous, qui dépassent les prétentions théâtrales de ceux qui les portent.

Le refus patriotique du gouvernement d’épouser cette logique de dislocation de notre pays est naturellement pris par ceux qui y ont intérêt comme de « l’intransigeance », de revirement et une radicalisation de «Bamako». Quelle injure pour notre souveraineté !

À quel moment ce «Bamako» (employé ironiquement, dédaigneusement, de manière insultante), a-t-il dit qu’il était d’accord qu’on mette le Mali en charpie pour le rafistoler ensuite en Fédération qui ne tiendrait que le temps que les délégations fassent les valises d’Alger ? Ce «Bamako», derrière lequel tout le Mali est à l’unisson pour affirmer son unité et son indivisibilité, ayant déjà fait l’amère et la douloureuse expérience n’a jamais prôné, à quelque phase que ce soit, sa volonté d’aller à une Fédération avec une partie de son propre territoire.

À la dernière phase des pourparlers, en octobre dernier, la médiation algérienne avait soumis aux parties un document de négociation comportant des éléments d’un accord pour la paix, compromis «novateur» par rapport à tout ce qui a pu être négocié auparavant.

Pour ce faire, toutes les parties à Alger s’étaient engagées, en octobre, d’oeuvrer d’une part au renforcement de la dynamique d’apaisement du processus d’Alger ; et, d’autre part, à l’aboutissement du dialogue intermalien inclusif dans le cadre du respect et la préservation de l’intégrité territoriale du Mali.

Le cycle des pourparlers traine, et la bonne volonté, notamment chez les groupes armés, n’est pas toujours au rendez-vous. Aussi, est-il compréhensible que les médiateurs pressent les uns et les autres en vue de parvenir à un accord.

Convaincus que «plus vite nous choisirons de faire la paix, mieux cela vaudra pour qu’ensemble nous constituons un front uni contre les ennemis de la paix», le représentant des Nations unies, Arnauld Akodjenou, appelle à «faire preuve de leadership et à faire des compromis et des concessions» pour parvenir à un accord.

Le Représentant de l’Union européenne (UE), l’ancien ambassadeur de France au Mali, SE Michel Reveyrand – de Menthon, estime : « Toutes les parties, pour parvenir à cet accord, doivent comprendre et vouloir trouver ensemble un compromis et pour cela il faut prendre en compte les attentes, le point de vue et les perspectives de l’autre».

Le représentant de la Commission de la CÉDÉAO, l’ivoirien Aboudou Touré Cheaka dit que c’est aux Maliens de «mesurer leur responsabilité» pour trouver une issue à la crise : «Nous n’avons pas d’autres choix que d’aller de l’avant pour un accord entre Maliens et pour les Maliens».

Le représentant de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), le Burkinabè Mahmoud Compaoré, va dans le même sens que celui de la CÉDÉAO en estimant : « La plus grande part de responsabilité dans la résolution de la crise revient aux Maliens» qu’il invite  «à garder à l’esprit l’intérêt général et à oeuvrer pour le succès du dialogue».

SE Djindjer Dominique, l’ambassadeur du Burkina Faso (médiateur de la CÉDÉAO dans la crise malienne), exhorte les parties, d’une part, à «déployer tous les efforts nécessaires pour aboutir à une sortie de crise à même de redonner un véritable espoir aux populations du Mali», et, d’autre part, à «s’efforcer au respect scrupuleux de l’esprit et de la lettre de certains prérequis et préalables fondamentaux qui constituent l’épine dorsale des négociations parce qu’une remise en cause de certains engagements risque au pire d’enregistrer un recul préjudiciable à la paix».

L’ambassadeur du Nigeria, SE Iliya A. D. Nuhu, a lancé un appel à la nécessité, d’une part, de faire preuve «de ténacité, de patience et d’engagement» pour réaliser les objectifs assignés, et, d’autre part, de comprendre que «le Mali est très grand pour contenir tout le monde ».

Pressions amicales, bien évidemment, mais aussi conseils fraternels, pour bien d’autres. Comme on le voit qui préconisent, suggèrent des « concessions », des «compromis», qu’il faut veiller à ne pas s’avérer être des «compromissions» qui ne garantissent nullement pas paix et la réconciliation et qui pourraient être lourdes de conséquences pour la sauvegarde de la souveraineté et de l’intégrité territoriale.

Pauvres nous sommes, ayant le sens de l’honneur et de la parole donnée, le Mali et les Maliens, nous n’avons jamais trahi et manqué à nos engagements, contrairement à ceux qui ne s’estiment plus des nôtres. Le gouvernement et tous les fils de ce pays n’aspirent qu’à la paix, à la réconciliation, à l’unité et à la cohésion, à un Mali non fédéral ou confédéral, mais d’un Mali Un et indivisible, d’un Mali « TOUT COURT » dans l’entièreté de ses frontières avec ses communautés vivant en harmonie dans ses régions, cercles, communes, villages et fractions. Point d’Azawad, de Mandé, de Kénédougou, de Bélédougou, de Macina, de Djitoumou, de Banimonotiè, de Kingui, de Guidimakan, Senou, de Fouta, de Kaarta, de Dô. Mais de Mali, seulement de Mali, uniquement de Mali. Un Mali qui réunit et unit tous les terroirs et toutes les communautés partageant le même héritage et la même ambition, celui de la famille malienne.

Une famille malienne reconnaissante pour le sacrifice et les efforts de médiation des Etats frères, avec l’Algérie en tête, et de la communauté internationale. Mais une famille malienne pour laquelle il ne peut et ne doit y avoir qu’un seul Mali, un Mali en entier, et non un Mali en deux Etats fédérés. Telle est la mission, telle est la feuille de route avec les lignes rouges bien fixées dès l’entame. Toute concession sur la question du fédéraliste serait, pour le Maliens, une trahison ; une trahison du passé, du présent et de l’avenir du Mali.

L’ensemble des Maliens reste mobilisé et déterminé, derrière le gouvernement, à préserver l’unicité de la République et sa forme républicaine et laïque.

Par Bertin DAKOUO

 

 

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