Editorial: kidal , le temps des ennemis

L’opaque fumée qui entourait la volonté de dialogue et de paix dans le cadre d’un Mali réconcilié et restauré dans sa souveraineté, dans son intégrité territoriale, et dans l’intangibilité de ses frontières internationalement reconnues, commence à dissiper à mesure qu’une solution sérieuse profile.

Wole Soyinka a raison : le tigre ne peut se départir de sa tigritude. Avec les « frères des groupes armés», la duplicité, le double langage, la volte-face… sont une habitude ; et malgré l’implication de la Communauté internationale aux côtés de l’Algérie, il fallait en tenir compte. Parce qu’avec eux, on a si peu l’habitude du vrai que la moindre confiance, même la plus précautionneusement accordée, s’apparente à une candeur suicidaire. Et ça n’a pas manqué !

En effet, après Ouaga et trois tours de tables à Alger, les insatiables rebelles séparatistes, sur la dernière ligne droite, ont encore opté pour le choix des armes contre le dialogue et la paix.

Depuis la suspension des pourparlers, jeudi dernier, la troïka armée de Kidal ont recommencé à occuper des localités (XX Inta XXX), faire dans la subversion à travers meeting et déclarations incendiaires et haineuses… et formé une coordination militaire !

Pour ceux qui avaient encore des illusions à nourrir quant à la volonté des groupes armés, sonne le temps de la réédition des comptes. Le meeting unitaire du MNLA, HCUA et MAA à Kidal doit suffisamment édifier Communauté internationale, l’ONU en particulier, que la sincérité et la « bonne foi » qu’elle a demandé en vue de parvenir au plus vite à un accord n’est pas au rendez-vous à Kidal, en tout cas ce ne sera pas pour demain. Au contraire, dans la « cité interdite » aux Maliens, c’est l’inimitié et la haine qu’on prêche.

Dans une atmosphère hystérique, les principaux responsables des groupes armés, parties prenantes au processus de paix, font passer aux yeux des populations kidaloises terrorisées, le Mali et ses autorités comme les « ennemis » de leur Azawad et décident de se liguer contre les forces internationales après le lourd tribut qu’elles ont déjà payé pour eux soient de retour à Kidal.

L’imposture du MNLA, du HCUA et du MAA que le Mali a toujours dénoncé s’établit au grand jour. Comme chacun le sait, l’objectif est loin de «répondre à l’insécurité grandissante» dans la région de Kidal où une trentaine de soldats de la Minusma sont morts à la suite d’attentats et d’attaques terroristes sous le regard complice de ceux-là mêmes qui sont sensés contrôler la zone. Où étaient-ils pendant que leurs amis et protégés terroristes posent leurs sales bombes et lançaient leurs roquettes meurtrières ?

Les populations prises en otages, obligées de scander «Azawad» que ce ne sont pas ceux qui hier ont fui devant le Mujao  à Gao et Tombouctou et devant Ansar Dine à Kidal qui peuvent les protéger.

L’imposture, c’est de prétendre que «cette coordination (militaire) s’inscrit dans la droite ligne de la demande faite par la MINUSMA et la force Barkhane de contenir et éradiquer de nos villes  toute forme d’insécurité», alors même qu’on dit vouloir s’organiser pour combattre et chasser les forces internationales de l’Azawad.

A l’aune des dernières déclarations haineuses et l’option armée (reconstitution d’une coordination militaire) l’attachement des groupes armés (MNLA, HCUA, MAA) «à trouver une solution négociée, car le dialogue reste la seule issue viable au conflit qui oppose l’Azawad au gouvernement malien depuis plus de 50 ans » sonne le glas de la « bonne foi » souhaitée par la Communauté internationale, mieux comme une énième duplicité sur la voie de la paix et de la réconciliation.

On comprend dès lors pourquoi, les Maliens qui ont été traités de « ennemis » aient mille raison pour ne pas faire confiance au MNLA et consorts. La plus importants pour les Maliens, c’est leur mauvaise fois qui est absolument indécrottable. Cette mauvaise fois n’a d’ailleurs jamais été aussi à l’honneur qu’aujourd’hui. Or, dans la matière qui nous concerne (paix, sécurité, réconciliation), la mauvaise fois est pire que la déloyauté, la duplicité, la perfidie. Parce qu’elle ne milite pas pour l’ancrage de la confiance et de la convivialité.

S’arcbouter aujourd’hui sur une hypothétique indépendance d’un prétendue Etat Azawad, c’est se mentir d’abord à soi-même, mais aussi, c’est mentir aux autres, à tous ceux qui de bonne foi ont cru aux beaux discours et à la manipulation du MNLA, et n’ont jamais cru devoir tendre une oreille compatissante à la franchise de Bamako.

Par Sékou CAMARA

 

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