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mardi 23 juillet 2019
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Editorial: le seuil

Koulogon Peul, le 1er janvier 2019, mort d’une trentaine de personnes, des Peuls.

Entre novembre et décembre 2018, la MINUSMA a documenté au moins 15 autres attaques dans le seul Cercle de Bankass, toutes visant des membres des communautés dogon et peule.

À Ogossagou-Peul, le samedi 23 mars dernier, c’est un autre massacre commis dans un village peul. Un communiqué, samedi soir, à New York, du secrétaire général de l’ONU, Antonio GUTERRES, évoque un bilan dépassant les 130 morts.

Le Préfet de Bankass, Boubacar KANE, pour sa part, parle de 115 morts, dont les éléments peuls du DDR cantonnés dans le village de Ogossagou.

Les déplacés peuls fuyant les exactions se comptent par milliers.

Le dénominateur commun à ces attaques qui répandent la psychose : des individus armés, identifiés comme des chasseurs traditionnels sont signalés comme en étant les auteurs.

C’est clair, cette crise au Centre du pays a atteint un seuil critique de basculement vers ce qui est le plus redouté : une guerre ethnique ouverte et totale. N’ayons pas peur des mots. Le Gouvernement a semblé en avoir pris la pleine mesure en créant la Mission d’Appui à la Réconciliation nationale (MARN) suivant le décret N°0367/PRM du 28 avril 2017. Elle est placée sous l’autorité du ministre en charge de la réconciliation nationale. La mission première de la MARN est d’assister le ministre en charge de la Réconciliation dans les questions liées à la réconciliation, pour un Mali en paix et des Maliens tolérants. Ces questions se retrouvent, entre autres, dans des actions de communication sur les stratégies de réconciliation ; le renforcement de la société civile dans la prévention et la gestion des crises d’ordre local ; l’accompagnement des autorités dans la mise en œuvre de l’accord d’Alger, etc.

En plus des nombreuses initiatives de la Mission, des personnes de bonne volonté ont apporté leur contribution à la pacification du Centre.

Pourtant, les bilans de plus en plus élevés de victimes peuls suffisent à convaincre que les fruits n’ont pas tenu la promesse des fleurs. Il urge donc de revoir le diagnostic posé et partant, la stratégie mise en œuvre. Parce qu’un mauvais diagnostic induit toujours un mauvais traitement du mal. Aussi, dès lors que les modes traditionnels de prévention et de gestion des conflits auront montré leur limite, ce ne serait point une hérésie que d’innover.

Il y a un réel péril sur l’unité nationale et la cohésion sociale. Ne dit-on pas que les petits ruisseaux alimentent les grandes rivières ou petites causes, grandes conséquences ? Encore que le seuil des petites causes est longtemps franchi dans le cas d’espèce. Alors, malheur à qui peut chanter pendant que Rome brûle. Notre Rome, aujourd’hui, c’est le Centre de notre pays qu’il faut sauver pendant qu’il est encore temps.

PAR BERTIN DAKOUO

 




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