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dimanche 18 août 2019
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Éditorial: au nom de l’Islam, du Chérif et des millions

À l’appel du président du Haut Conseil Islamique du Mali, Cheick Mahamoud Dicko, le Stade du 26 Mars de Bamako a rassemblé sa foule des grands jours. Sur les 55 000 places assises du plus grand Temple dédié au sport-Roi, pas une seule inoccupée, de même que les allées et une bonne partie de la pelouse.

Si l’objectif initial était de remplir le stade, pour une démonstration de force face à un régime qu’il ne cesse de défier et de vilipender, l’Imam a largement relevé le défi. Une mobilisation exceptionnelle, en l’absence du guide des Ansars à mettre au bénéfice de l’annonce de la participation exceptionnelle du Chérif de Nioro, invité vedette.

Du reste, pour ceux qui ont fait le déplacement, appelés pour participer à une cérémonie de grande « prière pour la paix et la cohésion sociale » (la paix et la vérité selon d’autres versions), l’histoire s’apparente à une vénérable arnaque concoctée par un Imam, qui au lieu de prière comme promis, sert à ses fidèles un discours d’opposant radical.

En effet, du Chérif de Nioro, point n’en fit ; de prière, point il n’y eut. Duperie sur la marchandise. En tout cas, le meeting des Chefs religieux en vue de faire des bénédictions pour le Mali est vite apparu comme un méga meeting de règlement de compte de chapelles d’anciens alliés et leurs nouveaux amis contre le pouvoir en place. Le représentant de Chérif Madani humilié, les hautes autorités invectivées et vilipendées…

Satisfait de son coup, l’Imam continue de bousculer les canaux en demandant la démission du Premier ministre. Bouc émissaire désigné d’une prétendue tentative de corruption et d’achat de conscience… Sans que l’Imam s’explique clairement, au nom de la vérité, qu’est-ce qui l’autorise au nom de l’Islam à accepter les bienfaits d’un musulman et à rejeter ceux d’un autre, à prendre l’argent venant du grand-frère et à refuser celui venant du petit-frère. Autrement dit, au nom de quoi, l’Imam prend de l’argent avec le Président de la République, et refuse de le prendre avec le Premier ministre nommé et instruit par ce même président ?

En attendant que l’Imam Dicko ne se prononce sur les 50 millions offerts par le Chérif de Nioro, dit-on sur les réseaux, la question se pose désormais quant à son agenda politique en marge du Haut Conseil Islamique à la tête duquel il achève son second mandat. Parce qu’au-delà des millions sur lesquels il dit avoir craché alors qu’il en a bénéficié par le passé selon une saine lecture de la déclaration du gouvernement, il est désormais clair que l’Imam entre par effraction dans la politique et dans la politique radicale. Aussi, se pose la question de savoir quel projet a-t-il pour le Mali. Parce que pour notre ignorance confessée, demander la démission d’un Premier ministre (après le coup de Jarnac qu’il lui a infligé) ; critiquer, opiner et faire des recommandations en matière de défense et de sécurité, de gouvernance… dépasse largement le champ d’intervention d’un homme de Dieu.

Qu’un Imam fasse la politique, c’est son choix et son droit inaliénable de citoyen. Mais la religion est fixe et immuable, car Dieu est immuable, la nature humaine est immuable, la nécessité de la cohésion sociale et de l’ordre public au sein de la nation est aussi immuable. Sauf erreur de notre part, nous sommes dans une République et non dans un califat. Dans le contexte républicain, il n’y a aucun débat quant à la séparation du Temporel et du spirituel, de la politique et de la religion. À césar ce qui est à César, à Dieu ce qui est à Dieu. C’est le sens du « verset des princes » dans le Coran (4, 59 et 80) : « Obéissez à Dieu, à son Prophète et à ceux qui ont la charge des affaires parmi vous » tant qu’ils sont dans le droit chemin.

Par BERTIN DAKOUO

 




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