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mardi 23 juillet 2019
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Editorial: SBM, entre héroïsme et trahison

L’exploit jusque-là connu et reconnu au Premier ministre qui mériterait des hommages est l’organisation dans les conditions tumultueuses de l’élection du Président de la République de juillet/août 2018.

Le Président IBK le lui a d’ailleurs bien rendu, en recevant, à Koulouba, le 16 février dernier, les représentants de la Majorité présidentielle : « donc, l’ancrage démocratique est la chose la plus sûre de salut pour un pays. Le Mali de 2019, sorti victorieux de l’épreuve de 2018. Rappelez-vous quand nous abordions les rivages de l’année 2018, la mer était loin d’être calme. Que nous ne nous avait-t-on prédit ? N’allez pas vers ça, c’est la catastrophe, convenez qu’ici et maintenant (…) le propos soit non pas de vouloir organiser les plus propres des élections, mais de convenir qu’il y’a lieu plus tôt de convenir ensemble les transitions.

La suite vous la connaissez. Le Chef du gouvernement a pris à bras le corps le projet, après que nous eussions fait une révision exceptionnelle des listes, nous avons osé demander un audit à l’OIF (Organisation internationale de la francophonie), lequel audit a été réputé fiable et de bon aloi. Ainsi malgré quelques remises en causes, quelques soupçons inhérents à la chose, nous sommes arrivés au processus électoral lui-même ».

Mais depuis, beaucoup d’eau a coulé sous le pont. Ce débit pourrait aisément se mesurer à l’aune de la mise en œuvre des 4 axes de la mission du Gouvernement qu’il dirige.

Selon les propres termes du Premier ministre Soumeylou Boubèye MAIGA, lors de sa Déclaration de Politique Générale à l’Assemblée nationale, en avril 2018 : « l’action que le Gouvernement se propose de conduire, si votre auguste Assemblée lui accorde sa confiance, sera fondée sur ces orientations du Président de la République, déclinées en quatre axes majeurs : poursuivre la mise en œuvre de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger ; endiguer l’insécurité grandissante dans le Centre du pays ; satisfaire la demande sociale par l’accélération de la mise en œuvre du Programme présidentiel d’urgences sociales ; organiser des élections transparentes, crédibles et apaisées.

Certes les défis sont importants et complexes, force est d’admettre que le chemin parcouru depuis ce jour du mois d’avril 2018 est largement en deçà de ce qui était espéré des Malien. Ce désenchantement est certainement pour beaucoup dans la volée de bois vert que subit en ce moment le Chef du Gouvernement. De crack à paria, il n’y a parfois qu’un pas.

Quid de la mission de poursuivre la mise en œuvre de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger ? Il y a un point qu’il faut mettre en lumière, avant tout commentaire : la mauvaise foi est la recette la mieux partagée par les parties prenantes. Donc, sur ce plan, les torts sont partagés.

Un des baromètres de l’application de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali est le Cantonnement, intégration et désarmement, démobilisation, et réinsertion (DDR), prévu au chapitre 8 dudit Accord. Après avoir connu des fortunes diverses, le remède miracle trouvé a été le processus de DDR/intégration accélérés lancé en novembre 2018 à Gao, avant de s’étendre à Tombouctou et Kidal. L’opération devrait prendre fin en décembre 2018. Mais, faute de combattants, un deuxième round est annoncé. En attendant, à l’état actuel, le bilan est dérisoire : 36 000 combattants venant de tous les mouvements engagés dans le processus de paix recensés par la Commission nationale de DDR ; ce processus accéléré de désarmement, de démobilisation, de réintégration et d’intégration des combattants du Mécanisme opérationnel de coordination a concerné 1 600 combattants ; seulement 1 400 combattants environ ont été touchés par le processus de DDR/intégration accélérés. Maigre non au regard de l’effectif global de 36 000 combattants.

Le redéploiement de l’administration ? Elle se résume à des nominations d’administrateurs qui ne sont pas prêts à rejoindre leur poste pour raison d’insécurité.

Le deuxième axe de la mission est d’endiguer l’insécurité grandissante dans le Centre du pays. Sur ce point, il faut évoquer le dernier rapport du Secrétaire général de l’ONU (mars 2019) qui souligne l’augmentation du nombre d’attaques terroristes visant les forces nationales et internationales, la MINUSMA et la population civile depuis 2016 (183 attaques en 2016, 226 en 2017 et 237 en 2018). ‘’Avec l’expansion des groupes extrémistes, qui exacerbe les violences intercommunautaires, la multiplication des explosions touchant les forces de sécurité et les civils et l’accroissement du nombre de personnes déplacées, la situation en matière de sécurité devient plus complexe dans le centre du Mali’’. Le comble de l’horreur, c’était les massacres de Kolougon-peulh, le 1er janvier (36 civils exécutés et de nombreux blessés) ; de Ogossagou, le 23 mars (plus 170 civils exécutés et de nombreux blessés).

Pourtant, selon le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, 15 000 hommes seraient déployés sur le terrain. À tous les coups, les détachements ont pointé présents après la perpétration des massacres. Conclusion ? Fiasco.

Le troisième axe de la mission du Gouvernement porte sur la satisfaction de la demande sociale par l’accélération de la mise en œuvre du Programme présidentiel d’urgences sociales. Ledit Programme porte sur la fourniture d’eau et d’électricité ; la réalisation d’infrastructures. Pour ce qui est de l’approvisionnement en eau et électricité, les Bamakois peuvent apprécier. Les populations de l’intérieur ne devraient guère être davantage loties.

Le quatrième axe est l’organisation des élections transparentes, crédibles et apaisées. L’élection présidentielle s’est déroulée dans les conditions que l’on sait, mais le pari était loin d’être gagné d’avance.

Par contre, les législatives sont allées de report en report pour aboutir à une prorogation du mandat des députés avec aucune assurance que le vote aura lieu en juin prochain.

In fine, SBM, arrivé en héros quand peu de gens paraient un clou sur le Mali, prédisant même un chao certain, pourrait quitter le navire sur une note d’inachevé, d’espoir trahi et probablement de trahison.

PAR BERTIN DAKOUO

 




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