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samedi 16 février 2019
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Éditorial: servir Dieu ou son ventre ?

Depuis le dimanche 10 février, le choc frontal devenu inévitable s’est produit avec une violence inouïe entre le Président IBK et l’Imam Mahmoud DICKO. Ce dernier, alternant méthodiquement par offensive médiatique et mobilisation de fidèles à faire rougir les politiciens, s’est attelé à saper le régime, en personnalisant le débat et ciblant particulièrement le Président de la République.

À cet effet, les derniers actes de sa tragédie ont porté sur une mise en scène pompeuse autour des 50 millions remis par le Gouvernement en guise de contribution à l’organisation du meeting de ce 10 février. Il prétexte son refus d’accepter ce soutien gouvernemental : ‘’nous l’avons refusé ; nous avons répondu que cette initiative a été prise comme un don de soi de la part de chaque participant, à Allah. Nous le faisons à cause d’Allah !’’. C’est bien un prétexte, parce que si c’était les 100 millions de francs CFA (prélevés sur les Impôts des Maliens) promis et attendus qui avaient été effectivement envoyés, le convoyeur serait reçu sous une pluie de bénédictions.

Ce don de soi argué résiste peu, d’autant plus que les 50 millions offerts par le Chérif de Nioro ont été pris avec les deux mains. Il dit lui-même : ‘’Acharafou choraffa m’a envoyé un émissaire avec la bagatelle de 50 millions de FCFA. Dans son message, il m’a dit ceci : je sais pourquoi tu as refusé ce soutien du Gouvernement, mais je te donne la même somme avec la baraka. Je te prie de bien vouloir accepter ce cadeau de ma part et tu peux en disposer comme tu veux’’.

La colère de l’Imam DICKO se justifie donc par une révision à la baisse, non seulement de l’enveloppe attendue, mais surtout par la raison invoquée par le Premier ministre Soumeylou Boubeye MAIGA dont la tête est étrangement mise à prix : ‘’quand il nous est apparu que ce n’était pas une initiative unitaire, tout en maintenant le principe de l’appui, nous avons revu le niveau de l’appui. Parce que même quand c’est des individus, nous les appuyons’’. C’est d’autant plus révoltant qu’en révisant le niveau de l’appui, c’est le niveau même de DICKO qui est révisé au sein du Haut conseil islamique, dont les membres dans leur plus grande expression se sont désolidarisés de son initiative douteuse. Conséquence logique : au lieu d’une Fatiya, c’est une Fatwa lancée contre le Chef du Gouvernement.

Le meeting (il faut bien l’appeler ainsi puisqu’il s’agissait plus d’un réquisitoire contre le Président IBK et le Premier ministre qu’une séance de prière pour la paix et la réconciliation) du dimanche dernier a dissipé tout doute. ‘’J’ai dit sur toutes les antennes, lorsque j’étais à la Mission de bons offices, c’est sur instruction de la France, notamment l’ambassadeur de France au Mali, que les autorités maliennes ont mis fin à cette belle initiative qui était d’aller parler à certains Maliens pour qu’ils intègrent la République. Lorsque j’ai appris cela, j’ai été le voir dans son bureau pour lui dire que c’est la France qui lui appartient, mais pas le Mali’’, a assumé l’ancien Chef de mission dont le bilan reste jusque-là inconnu des Maliens. Seule certitude : Amadou KOUFFA a continué de plus belle à terroriser les populations civiles.

Ainsi, les milliers de fidèles musulmans qui ont pris d’assaut le Stade du 26 Mars ne peuvent être perçus que comme les instruments de l’âpreté au gain matériel d’un leader religieux. Ce dimanche 10 février, il y a eu erreur (de la part des fidèles conviés à une séance de prière) et duperie (de la part de l’Imam qui cherchait en réalité à régler son compte au Président IBK) sur la marchandise.

Cynique, ce désormais professionnel de l’antisystème se contorsionne et ratiocine. Au final, il instrumentalise plus qu’il ne porte le combat des musulmans. Tout à son obsession de déstabiliser le pouvoir, il se décrédibilise, en exhibant à la face du monde que le ventre est aussi un dieu qui mérite d’être servi, en se déchaînant sur un Président de la République, en se livrant aux chantages les plus immondes… C’est ça la sentinelle.

PAR BERTIN DAKOUO

 




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