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samedi 18 novembre 2017
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Éducation nationale: comment recoller les morceaux?

L’ancien secrétaire général du ministère de l’Education nationale, Kénékouo dit Barthélémy Togo, est, depuis dimanche dernier, de retour dans ce département, mais cette fois-ci, en tant que ministre.

Si en 2012 et 2013, notre pays devait surtout gérer les conséquences de la crise multi dimensionnelle, avec le départ des partenaires techniques et financiers, cette année, c’est plutôt la crise de méfiance, entre les hommes après les scandales du DEF et du Bac, qu’il faut faire face afin de palier très rapidement une nouvelle débâcle dans l’organisation des examens de l’année en cours.
C’est en tout cas, l’un des défis majeurs qui attend le technocrate. Saura-t-il se tirer d’affaire?
L’ancienne ministre de l’Education nationale, Mme Togola Jacqueline Marie Nana, a passé, mardi dernier, la main à Kénékouo dit Barthélémy Togo pour la gestion de ce département très sensible. Il hérite d’un ministère où tout ou presque est à refaire, tant la fracture, liée à la gestion des examens de l’année dernière est profonde. A moins de six mois des examens au titre de l’année scolaire en cours, 2014-2015, le ministre Togo doit entretenir un nouveau climat de confiance entre les différents acteurs et partenaires de notre système éducatif, afin de gagner le pari de l’organisation des examens scolaires.
En effet, le département de l’Education a souffert ces dernières années des multiples changements à sa tête.

Crise de confiance
Des bouleversements qui ont sacrifié souvent des cadres à compétence irréprochable et du coup, beaucoup de bonnes habitudes. Si la venue du technocrate est déjà saluée par beaucoup d’observateurs, elle n’est pas aussi sans grincements de dents dans les bureaux du département.
Dans une République où le copinage et la coloration politique sont devenus des critères de choix des hommes, des inquiétudes se font déjà lire sur les visages, selon les confidences d’un responsable administratif.
En effet, le ministre a été, on ne peut plus clair lors de la cérémonie de passation de service:
«J’ai été très surpris de ce choix porté sur ma personne. Je ne sais pas sur quel critère on m’a choisi, ce qui m’impose une certaine rigueur dans le travail».
Mme la ministre a-t-elle été victime de son succès ou de sa propagande ? Seul le Président de la République qui a décidé de l’a dégommé est à mesure de donner la réponse à cette interrogation. De toutes les façons, on sait qu’elle a fait trop de communication autour de son échec dans l’organisation du DEF et du BAC, au point de se faire passer aux yeux de l’homme de la rue comme le véritable remède contre les fraudeurs.
Cette propagande autour de la question des fraudes a créé une certaine méfiance entre les travailleurs du département.
C’était comme la peste, (référence du texte «Animaux malade de la peste»), s’était introduite dans la cour et les bureaux de ce département. Presque tout le monde se fuyait. Dans un tel climat, la réussite d’une mission aussi délicate que celle de l’organisation des examens n’est pas gagnée d’avance. C’est pourquoi, il y a lieu pour le nouveau patron de l’Education de cravacher encore plus pour mettre les hommes et les femmes en confiance, afin d’ouvrir l’éventail d’écoute à l’ensemble des acteurs du système. En effet, dans ce monde, il faut compter avec tout le monde, notamment les acteurs (petits et grands).

Effort collectif
Les syndicats dont les doléances sont légitimes sont d’un apport inestimable sur toute la chaine. En effet, ils se retrouvent à tous les niveaux et à tous les échelons. Et leurs militants sont dans les coins les plus reculés du pays et à tous les échelons de l’administration. A ce titre, ils pèsent lourd dans la politique d’apaisement et de stabilisation du front scolaire.
De même, il n’est point question de qualité de l’éducation sans eux, et dans une large mesure, ils peuvent jouer un rôle de catalyseur pour désamorcer beaucoup de combines qui peuvent être tissées contre le bon fonctionnement du système.
Quant aux promoteurs d’écoles privées, ils ont réussi à s’imposer dans le secteur à cause du recul que l’État a pris, ces dernières années, dans la réalisation des infrastructures scolaires. Pour preuve: pour l’orientation des 84.360 élèves titulaires du diplôme d’études fondamentales (DEF), seulement 28.436 élèves, soit 34%, ont été orientés au public (capacité maximale des établissements publics) et 5.924 élèves, soit 66%, envoyés dans les écoles privées.
Aujourd’hui, de sources dignes de foi, avec leurs fortunes diverses, les promoteurs privés exercent de grandes pressions sur les cadres du ministère de l’Education nationale afin de faire basculer des décisions à leur faveur.
Les tapages des responsables, dans le sens de faire respecter les cahiers de charges dans le cadre de répartition des élèves étatiques, ne sont que de la poudre aux yeux.
Un autre défi à relever aujourd’hui et non des moindres, c’est celui de l’amélioration de la qualité des enseignements, dispensés au niveau des différents ordres. L’amélioration de la qualité de l’enseignement, dans notre pays, ne doit plus être un slogan mais une exigence.
En effet, il ressort des statistiques officielles, que l’écart important entre les taux bruts de scolarisation aux niveaux du premier cycle, du second-cycle de l’enseignement fondamental et du secondaire, respectivement 82%; 48,8% et 14,8%, est très important. Toute chose qui laisse entrevoir un taux d’abandon scolaire considérable entre ces différents cycles, aux motifs surtout d’insuffisances de travail. Au point qu’on est en droit de s’interroger qui des enseignants, des élèves, de l’administration ou du système même est en cause ?
Le nouveau ministre a aujourd’hui le devoir de trouver la réponse à ces interrogations afin de remettre notre système sur les rails, conformément aux promesses électorales du Président de la République, Ibrahim Boubacar KEITA.
En dernier lieu, il s’agit également de renouer avec l’ensemble des partenaires techniques et financiers de notre école afin de trouver un programme adapté à nos réalités et son financement pour enfin sortir notre système de sa léthargie.
Le Mali, sortant progressivement de la crise et le retour des bailleurs aidant, peut améliorer son système éducatif, à condition de réunir les moyens (humains, matériels et financiers) nécessaires.
Au regard de sa longue expérience dans ce département (connaissance des hommes et même des dossiers), le Pr Togo peut être un bon choix pour opérer ce changement.
Par Sidi DAO




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