Enquête sur la mort d’Ag Aoussa: le retour de la manivelle !

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Passablement abasourdie par la mort brutale et tragique de Cheikh Ag Aoussa, la CMA demande ‘’instamment à la MINUSMA et à Barkhane de collaborer avec elle pour l’ouverture d’une enquête diligente sur les circonstances’’ de ce qu’elle qualifie d’assassinat. C’est le retour de la manivelle pour des bouchers qui sont toujours passés entre les mailles des enquêtes et qui cherchent à présent à se rendre justice. Chronique d’une impudence et d’une inconséquence.

À la demande de la Coordination des mouvements armés de l’Azawad (CMA), d’une enquête, avec l’appui de la Mission onusienne et de la Force française Barkhane, l’on est en droit d’opposer cette question du chanteur : « combien d’enquêtes se sont plantées en cours de route » ?

Des souvenirs effroyables
Il n’est pas question de remuer le couteau dans la plaie, de réveiller les souvenirs cauchemardesques de toute une nation ; mais de mettre les choses à l’endroit pour un minimum de justice sur cette terre des hommes.
Selon des sources bien informées, c’est l’énigmatique Cheick Ag Aoussa qui a dirigé le peloton d’exécution de nos soldats, en rupture de munitions, à Aguel’hock, le 24 janvier 2012. Plus d’une centaine de militaires avaient été exécutées froidement, dont certains égorgés comme des moutons et d’autres rués d’une balle dans la tête. Tous ayant été préalablement ligotés les mains derrière le dos ; comme pour mêler à l’atrocité l’humiliation ultime. D’après l’Association malienne des droits de l’Homme (AMDH)”, il y a eu des exécutions sommaires sur 153 militaires du camp d’Aguel’hock, égorgés ou tués d’une balle dans la tête”.
Ce qu’il faut reprocher aux rebelles alliés des djihadistes, est qu’en plus de la lâcheté dont ils ont fait preuve, en donnant la mort à des gens sans munitions, donc incapables de se défendre, c’est qu’ils ont également violé les Conventions de Genève qui sont des traités internationaux fondamentaux dans le domaine du droit international humanitaire. Elles définissent des règles de protection des personnes en cas de conflit armé, notamment les soldats de certaines actions, les blessés et prisonniers de guerre, mais aussi les civils et leurs biens.

L’hypocrisie générale
Le monde entier simulé une indignation ; condamner la monstruosité du bout des lèvres. Rien de plus. Le Gouvernement, pour sa part, a saisi la Cour pénale internationale (CPI) pour l’ensemble des crimes commis au Nord pendant l’occupation. Le Bureau du Procureur a ouvert une enquête préliminaire. Et l’on en est là. Pendant ce temps interminable, les rebelles qui feignent de rejoindre les rangs de la République, pavanent en arborant une fière allure et regardent les autres Maliens avec condescendance et mépris. Ce qui représente une insulte à la mémoire des victimes.
À Kidal, le 18 mai 2014, c’était un autre carnage perpétré par la Coordination des mouvements armés, appuyée, comme à l’accoutumée, par de nombreux éléments djihadistes. 6 représentants de l’État (2 préfets et 4 sous-préfets), venus rencontrer le Premier ministre Moussa MARA, au Gouvernorat, ont été froidement égorgés. De même, 24 agents de l’administration ont été pris en otage au Gouvernorat par le MNLA qui les avait déclarés prisonniers de guerre. Au moins, deux civils sont morts par balles.
Selon des sources locales, c’est encore Cheick Ag Aoussa qui a sollicité et obtenu le renfort des djihadistes, dont le mode opératoire est connu et bien éprouvé : égorger ou exécuter d’une balle dans la tête. Les terroristes djihadistes n’ont pas dérogé à leur funeste habitude ce jour-là à Kidal, en égorgeant des représentants de l’État et en tuant par balles des civils.
Le mercredi 21 mai 2014, le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, s’est déclaré profondément préoccupé par la détérioration rapide de la situation à Kidal et a appelé à la cessation immédiate des combats et à la mise en place d’un cessez-le-feu. Il a condamné le meurtre de civils et appelé à ce que tous les auteurs soient traduits en justice.
Bert KOENDERS, Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU, Chef de la MINUSMA, à l’époque, a déclaré dans un communiqué : «ce crime barbare est totalement inacceptable et les responsables devront répondre de leurs actes».
«Une enquête doit être menée rapidement afin de vérifier les faits et de traduire les responsables devant la justice, la MINUSMA soutiendra tous les efforts dans ce sens», a ajouté le Chef de la MINUSMA.

L’ironie de l’histoire
À la date d’aujourd’hui, personne n’est encore traduit en justice. Pouvait-il du reste en être autrement, puisque la justice n’est pas présente à Kidal pour mener quel qu’enquête que ce soit. Pis, les mandats d’arrêt émis par le Procureur général ont été levés pour permettre aux ex-rebelles de se rendre dans la capitale pour la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger.
Donc, les criminels courent toujours dans les rues, se livrant de plus belle à leurs activités favorites de narcotrafic.
De 2012 à cette date, nulle poule n’a été incommodée des barbaries des narco-djihadistes rebelles de Kidal. Ironie de l’histoire, c’est l’un des leurs, et non des moindres, qui trouve la mort dans l’explosion de sa voiture. Pour cet individu qui n’avait sa place que dans les prisons, pour crime de guerre, la CMA fait l’insulte suprême à l’intelligence de réclamer à gorge déployée de diligenter une enquête. Cela, comme si une vie en valait mieux qu’une autre. Comme si les circonstances de la mort de tous les militaires à Aguel’hock ; des représentants de l’État à Kidal ne méritaient pas une enquête digne de ce nom. C’est comme si leur mort passait pour pertes et profits.
Ce qui arrive, c’est l’ironie de l’histoire ; le retour de la manivelle, autant pour la CMA que pour ses parrains qui sont une nouvelle fois dans l’obligation de se découvrir. Ne serait-ce que pour décliner leurs responsabilités dans la mort de ce sinistre individu.

Par Bertin DAKOUO

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