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samedi 21 mai 2022
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Entreprenariat: une réalité aux fortunes diverses

L’insécurité, l’instabilité politique, le manque de formation, problème d’écoulement des produits sur le marché, sont entre autres problèmes qui plombent l’entreprenariat des jeunes et femmes du Mali, en général. C’est le constat de certains acteurs et participants aux trois jours du forum national sur l’entreprenariat des jeunes et des femmes en milieu rural dont les travaux ont pris fin, le samedi dernier à Ségou.

Le forum national sur l’entreprenariat des jeunes et femmes en milieu rural a pris fin le samedi dernier sous la présidence du Premier ministre, Choguel Kokalla MAIGA.
Occasion, pour des dizaines de participants d’évoquer les succès, les réussites et les difficultés de la création d’emploi, particulière l’entreprenariat des jeunes et femmes.
Le contexte est marqué par l’arrivée de flux important de jeunes sur le marché de l’emploi dont les besoins restent non couverts par la politique nationale de l’emploi.

Des prouesses
Contrairement à ceux-ci, et en dépit des difficultés, de nombreux jeunes entrepreneurs font leur chemin en réalisant des prouesses. C’est le cas de Hachim Alpha GALO promoteur de FEMABIO, une ferme située à quelques km de la ville de Koulikoro.
Il est dans l’agriculture bio des oignons, des tomates, des bananes. Après sa licence en agroéconomie à l’IPR Katibougou, il a décidé d’ouvrir sa ferme agricole en 2018.
Il n’a pas attendu l’Etat pour mettre en valeur sa compétence dans un domaine qui le passionne.
« J’ai ouvert seul cette ferme. Nous ne faisons que du bio en utilisant que les fumures organes à base de la viande de volailles, des ordures ménagères. Maintenant, la ferme fait de belle opération en termes de qualité de produits, mais également en termes de chiffre d’affaires », s’est-il réjoui.
Dans sa démarche pour prévenir les problèmes d’écoulement de ses produits, Hachim Alpha GALO a expérimenté l’approche d’approvisionnement à domicile. Grâce à cette initiative, il noue le contact avec les clients pour renforcer les liens de collaboration. Avantages, au moment où certains se plaignent de la mévente, lui il se frotte les mains.
Son ambition, en plus de la ferme, est d’ouvrir un centre de formation agricole pour partager ses expériences avec d’autres jeunes qui rêvent de s’investir dans l’agriculture.
Si Hachim Alpha GALO est en train de faire son métier de cœur, tel n’est pas le cas pour Kadiatou DIALLO, qui après plusieurs tentatives sans succès d’entrée à la Fonction publique pour devenir un personnel de la santé, elle a été obligée de faire une reconversion.
Le déclic est venu à son lieu de stage. Entre le travail, donner de soin aux patients, et la maison, la jeune Kadiatou DIALLO faisait du commerce en vue de joindre les deux bouts.
« J’ai transformé du fonio et de l’arachide pour faire Djouka pur un montant de 5000 FCFA pour le vendre à mon service de stage pour la première fois», raconte-t-elle.
Petit à petit, les gens ont commencé à apprécier son produit. Par la force des choses, elle décide alors de s’installer à son compte en oubliant sa vocation de faire de la santé.
«En ce moment, j’ai sollicité l’appui et l’accompagnement de l’Agence nationale pour la promotion de l’emploi de jeunes (APEJ). La structure m’a donnée 100 000 FCFA au début. Ensuite 200 000. Puis 500 000 FCFA », indique-t-elle.
En plus du ‘’Djouka’’, la jeune Kadiatou DIALLO a fait de son crédo la transformation des produits locaux comme le karité, la saponification, etc.
Grâce sa petite entreprise, elle dit parvenir à la réalisation de certains résultats en recrutant d’autres femmes. De nos jours, elle emploie 6 femmes dont des veuves.
Cependant, elle affirme être confrontée à des difficultés de matériels de transformation.
« Pour faire mes produits, je suis obligée de louer des matériels. Ce qui rend le travail difficile pour moi. A cause de cette situation aussi, certaines productions prennent du retard parce que je dois me conformer à l’agenda du propriétaire de matériels », a-t-elle indiqué. D’où une autre sollicitation à l’APEJ pour l’aider à avoir des équipements nécessaires à la transformation des produits.
Pour elle, le renforcement des petites unités et entreprises de transformation sera aussi un coup de pouce à l’agriculture.
« C’est une chaine, tant que nous allons continuer à transformer et à écouler, les agricultures n’auront pas de difficulté à vendre leur récolte », a-t-elle fait savoir.

L’écoulement,
le casse-tête
Mme SANGARE Salomène, est l’une des responsables de l’unité de production d’huile végétale, d’huile moringa, d’huile de palme, qui prend part à ce forum sur l’entreprenariat.
Leur unité basée à Ségou peine à cause de la Covid-19.
« Beaucoup de nos clients se trouvent en Chine, au Japon, en Côte d’ivoire. A cause de la Covd-19, on a eu de la peine à honorer leur commande. Cela a fortement impacté négativement sur l’entreprise. De plus, on a également des difficultés d’accéder à la matière première », a-t-elle expliqué.
Autre activité, autres difficultés. Contrairement à ceux-ci, Almedhi AG Ibrahim artisan de Ségou traverse l’un des moments difficiles de sa vie professionnelle. Depuis quelques années, son activité tourne au ralenti.
« Je ne sais pas quoi dire. Nous traversons une période très dure. Parce que nos produits ne s’écoulent pas avec la crise sécuritaire. Les touristes qui étaient nos plus grands clients, se font de plus en plus rares », a affirmé Almedhi AG Ibrahim.
Son quotidien caricature ceux de tous les artisans de la région de Ségou, dit-il. Parce que, soutient-il, ils fabriquent mais c’est difficile d’écouler les produits.
Originaire de la région de Tombouctou, dans leur famille, la confection des objets d’artisanat se transmet de père en fils. D’où son attachement à ce métier, en dépit des difficultés, pour maintenir le flambeau comme son père et son grand père l’ont fait.
« Depuis nos arrières grands parents, tout le monde confectionne des ceintures, des sacs, des petits objets en cuirs », a expliqué AG Ibrahim ; tenant en main quelques objets de sa fabrication et arrêté devant la salle abritant le forum.
Pendant les trois jours du forum, il venait chercher des occasions pour vendre quelques articles. La participation au débat sur l’entreprenariat ne l’attire pas. Et pour cause : ces forums ne sont pas faits pour servir le monde de l’entreprenariat, mais pour soigner l’image du pays.
Sinon, poursuit-il, la réalité du secteur est connue de tous.
Sur la situation, malgré les efforts du gouvernement et des partenaires, selon le président des jeunes ruraux Mamadou SISSOKO, le taux de chômage des jeunes et femmes reste encore très élevé.
Les jeunes vivent dans la galère les conduisant à l’exode, à l’immigration irrégulière, a-t-il affirmé.
Pour les jeunes filles et femmes, c’est la prostitution, a ajouté le jeune SISSOKO.
Cependant, selon des experts, le problème de l’entreprenariat des jeunes et des femmes n’est pas forcement lié à l’argent. Il y a aussi celui de la gestion d’entreprise.
« Il y a beaucoup de gens qui ont bénéficié du financement de l’APEJ, mais qui n’ont pas pu tenir. Ils ont fermé leur petit lieu d’activités. L’argent n’est pas remboursé », a indiqué l’un des membres de l’APEJ.

Ce qui explique aussi, pour lui, la très faible expérience de vie d’une entreprise au Mali. Peu d’entreprise de jeunes et de femmes fête ses 5 ans d’existence.
L’une des alternatives envisagées par les autorités, comme annoncé par le Premier ministre, est d’encourager la consommation des produits locaux.

Par SIKOU BAH




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