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lundi 20 août 2018
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Esclavage et pratiques assimilées au Mali: l’association TEMEDT fait l’état des lieux

Dans le cadre de la commémoration du 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage par la France, dans toutes ses colonies et possessions, le 27 avril 1847, TEMEDT (en Tamasheq placenta) (Association pour la consolidation de la paix, le développement, la promotion et la protection des droits humains au Mali) a organisé, lundi dernier, à son siège, à Faso Kanu, une conférence de presse pour faire l’état des lieux de la pratique de l’esclavage dans notre pays.

La conférence était animée par le président de l’Association TEMEDT, Ibrahim Ag IDBALTANAT, en présence des membres de l’association et d’organisations de défense de droits de l’homme.
Cette conférence de presse s’inscrit dans le cadre du 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage par la France dans toutes ses colonies et possessions, le 27 avril 1847, à travers un Décret dont l’impact et les conséquences ont été ressentis dans le monde entier, pour les Francs (aujourd’hui Français).
Selon ledit Décret, rapporte-t-il, « Considérant que l’esclavage est un attentat contre la dignité humaine ; qu’en détruisant le libre arbitre de l’homme, il supprime le principe naturel du droit et du devoir ; qu’il est une violation flagrante du dogme républicain : Liberté- Egalité-Fraternité ».
Toutefois, déplore-t-il, dans l’histoire moderne du Mali, aucun texte n’a jamais été pris contre l’esclavage.
« C’est le colon qui a parlé de l’interdiction de l’esclavage ; c’est le colon qui a écrit dans sa 1re Constitution que l’esclavage est un crime contre l’humanité. Il n’y a jamais eu d’action citoyenne malienne pour dénoncer la pratique de l’esclavage avant TEMEDT en 2006 à Ménaka », a précisé Ibrahim Ag IDBALTANAT.
Pour lui, l’esclavage se définit comme le fait de « priver quelqu’un de sa liberté et de sa dignité et le considérer comme une chose ». À côté, il a cité la servitude, le servage, le travail forcé, etc.
À son avis, l’esclavage est un phénomène qui existe partout dans le monde. Il est transversal. Il n’est pas que l’exploitation de l’homme par l’homme.
« L’esclavage, le plus médiatisé, à travers le monde, est celui transatlantique par lequel les Blancs ont transporté des milliers de Noirs réduits en esclaves dans les plantations aux Amériques, aux Antilles. Cependant, il y a eu aussi la traite orientale (l’histoire de l’esclavage avant la colonisation les royaumes africains faisaient de la vente d’esclaves noirs sur le marché international de Djeddah en Arabie Saoudite et le Hadj de La Mecque était un piège pour beaucoup d’Africains qui se retrouvaient vendus comme esclave). Actuellement, plusieurs formes d’esclavage persistent dont l’esclavage par ascendance qui est beaucoup pratiqué dans certaines parties du Mali », a-t-il expliqué.
Par ailleurs, a souligné son président, l’Association TEMEDT, outre les questions de paix et de développement, a identifié dès au départ que le défi majeur au Mali est de briser le silence officiel sur l’esclavage par ascendance qui est encore persistant et contribue ainsi à décomplexer la société malienne, surtout les décideurs et les intellectuels par rapport à la pertinence de criminaliser la pratique de l’esclavage dans notre pays.
Pour ce faire, a rappelé Ibrahim Ag IDBALTANAT, un plaidoyer a été mené par les organisations de la société civile malienne en partenariat avec le ministère de la Justice qui a abouti en 2017 à l’élaboration d’un texte d’avant-projet de loi criminalisant la pratique de l’esclavage par une Commission créée par le ministre de la Justice. Ce texte a été soumis à l’examen du Conseil des ministres et le courage politique a manqué pour son adoption, a déploré le conférencier.
Pour lui, peut-être, le moment n’est venu pour l’adoption de ce texte ou il est pris en otage pas des esclavagistes qui ont fait peser tout leur poids pour l’abandon de l’avant-projet qui avait suscité beaucoup d’espoir dans certains milieux désemparés et soumis, s’est-il interrogé.
En tout état de cause, Ibrahim Ag IDBALTANAT dit ne pas se décourager. Ainsi, ils ont décidé de changer de stratégie en organisant des plaidoyers auprès des organisations internationales de défense des droits de l’homme. Et il demeure plus que jamais déterminé à avoir cette loi au Mali, surtout après avoir écouté ce qui se passe en Mauritanie.
Au TEMEDT, ils sont convaincus que l’esclavage est déshonorant. Car actuellement, aucun homme ne doit se glorifier d’appartenir son semblable en oubliant qu’ils sont tous des créatures et des esclaves de Dieu. D’où, le vibrant et incessant appel de l’Association TEMEDT ainsi que de toutes les autres organisations de défense des droits humains, auprès des autorités maliennes pour adopter une loi incriminant cette vieille et avilissante pratique.

Par Sékou CAMARA




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