Faible représentativité des femmes : où se situe le mal ?

Si presque toutes les femmes en Afrique et à travers le monde disposent du droit de vote et celui d’être élue, le taux de femmes dans les institutions politiques ou dans les organes décisionnels, au Mali, reste encore aujourd’hui très bas.

Malgré les avancées considérables dans le respect des droits de la femme, comme l’accès à l’éducation et aux services sociaux de base, le Mali reste encore très en retard quant à la représentativité des femmes dans les sphères de prises de décisions. A titre d’exemples, en 2007, une seule femme sur 11 a été candidate à l’élection présidentielle. Aux élections législatives de la même année, les femmes ont eu 203 femmes seulement sur 1595 candidatures.

En 2009, les femmes ont enregistré 13 537 candidatures sur un total de 87 606 aux élections municipales. En plus de la faiblesse du nombre de candidatures, le taux d’élues n’a pas répondu aux attentes, regrette-t-on.

Selon le bulletin statistique 2012 du ministère de la Promotion de la femme, de la famille et de l’enfant, sur 147 députés élus, les femmes n’ont enregistré que 15 députés. Sur 703 maires élus, il n’y a que 8 femmes. Le tableau des communales affiche, de son côté, 10 774 conseillers communaux sur lesquels 927 femmes.

Aussi, au cours des récentes élections législatives 2013, sur 1141 candidatures déposées pour 147 places au parlement, seulement 156 candidatures féminines ont été enregistrées pour un résultat de 14 places à l’assemblée nationale, après le deuxième tour (signe de régression). Egalement, lors du remaniement ministériel, au titre l’année 2014, sur 31 ministres, les femmes n’occupent que 5 portefeuilles, à ce jour.

Cette situation est en contradiction avec le taux élevé de la participation des femmes aux différents votes (58% au cours de l’élection présidentielle  2013). Ces résultats classe le Mali parmi les pays moyens avancés, en matière de la promotion de l’égalité entre les sexes. D’un constat général, les femmes ont tendance à constituer plus qu’un bétail électoral que d’en être les principaux acteurs du processus électoral. Car, elles sont vues uniquement comme mobilisatrices. Mais de quoi émane cette situation ?

Selon Mme Maiga Oumou Dembélé, Présidente du Cadre de concertation des femmes des partis politiques, cette situation découle de plusieurs facteurs qui sont entre autres, les pesanteurs socio-culturels, les difficultés financières et la mauvaise volonté des décideurs.

«Le Malien peine à accepter l’épanouissement de la femme dans la société, car, l’affectant seulement à son rôle de gestionnaire de la famille, elle n’a pas accès aux sphères de prise de décisions réservées uniquement aux hommes, selon nos coutumes. Ce comportement se constate même au sein de nos regroupements politiques. Nous sommes certes considérées comme les piliers de la société mais c’est pour nous utiliser, lors des campagnes pour soutenir d’autres et leur trouver un électorat potentiel. Il y a aussi les difficultés financières. Car, pour mieux nous discriminer lors de l’élaboration des listes électorales, on nous demande comme caution, des sommes exorbitantes, que très peu de femmes disposent, de par leur fragilité économique», nous a confié Mme Maïga Oumou DEMBELE.

Pour Habibatou Nagnouman Traoré Présidente du Réseau des jeunes leaders des OSC et des partis politiques, en plus des pesanteurs socio-culturels et des difficultés financières, les femmes sont, elles mêmes, responsables de cette faible représentativité.

«Nous même sommes beaucoup responsables de notre faible représentativité. Il Y a certes une mauvaise volonté de certains leaders mais nous même minimisons certains facteurs, à savoir le manque de formation qui est l’un des plus grands critères de choix ; le grand suivisme de certaines femmes ; le népotisme et certains mauvais comportements, telle que la « promotion canapé». Il y a aussi le manque de coordination de nos actions, car, au lieu de plaider ensemble pour une lutte commune, les femmes ont tendance à rivaliser, à se quereller pour des miettes et à se mettre des bâtons dans les roues, une chose, qui vue de loin, ne peut inspirer confiance à personne», a-t-elle dénoncé.

Pour Seydou Cissé, Président de la jeunesse du Parena, «Les femmes veulent plus attirer la pitié  des décideurs que de s’imposer de par le mérite en passant par les mêmes chemins pour se hisser au haut du sommet. Les mauvaises volontés et les pesanteurs socio-culturelles sont certes des raisons mais c’est aux femmes elles même de se faire respecter et de faire entendre leurs voix. Elles doivent plus se former; se faire valoir par le mérite, animer la vie politique et sociale de la cité, réduire les préjugés afin de prouver qu’elles peuvent réussir là où des hommes ont échoué ».

Au vu de tous ces constats, les femmes doivent donc faire une analyse approfondie de la situation, en vue de trouver des solutions pour mieux se positionner sur les futures listes des élections communales qui s’annoncent. Mais déjà, le ministère de la Femme de l’Enfant et de la famille a proposé une loi sur le quota à l’Assemblée nationale qui s’apprête à la voter à la prochaine session parlementaire après plusieurs renvois et révisions.

Adiaratou Sangaré

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *