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mercredi 26 février 2020
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FAMa à Kidal: le piège de l’émotion

Le Nègre sahélien du Mali s’y abreuve goulûment ; ce nectar qui a enivré et grisé une frange importante de la population malienne à l’annonce du déploiement des FAMa à Kidal. L’on se gargarise à l’idée que l’Armée est à Kidal, ce condominium devenu une toquade nationale.

Désormais, place au show off et la frime. Dans un débordement de démagogie, la communication officielle se chargera de parachever le bichonnage de l’image du déploiement d’un Bataillon après des avancées à vitesse d’escargot. Un filon pour un pouvoir miné par une gouvernance erratique qui cherche à se refaire la cerise

Mais cette mise en scène est un artifice dangereux. Gardons-nous des amalgames et des schémas réducteurs, que l’euphorie ne devienne délire collectif.

Retenir son souffle

Au-delà des calembredaines, l’exactitude et la rectitude commandent d’appréhender cette évolution dans son entièreté. La nouvelle armée nationale reconstituée sera à Kidal ce vendredi. Parole de Chef suprême des Armées. Donc, c’est une certitude à ce stade. Indéniablement, il s’agit d’un éperon dans la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger.

Mais, cette bonace peut paraître trompeuse, l’arbre qui cache la forêt. Oui les FAMa seront à Kidal. Mais quelles FAMa seront à Kidal ? Ce n’est certainement pas une poignée d’éléments en goguette à Kidal, claquemurés dans un camp qui peuvent prétendre revendiquer valablement la qualité d’Armée malienne. Selon les informations qui ont fuité, l’effectif représentant les FAMa dans le Bataillon en route pour Kidal est famélique.

Le commandement, à la lecture de la revendication conjointe CMA/Plateforme, lors de la 13e session extraordinaire de la Commission Technique de Sécurité (CTS), tenue dans la capitale le 24 janvier dernier, ne devrait à échoir aux FAMa.

En infériorité numérique, sevré (très probablement) de commandement, sur un terrain notoirement hostile, ce déploiement est une véritable gageure pour les éléments FAMa qui font office de cobayes. En effet, quand c’est le ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, Tiébilé DRAME, qui dit dans un post : ‘’le Mali tout entier retient son souffle ce soir : sa nouvelle armée est en mouvement vers Kidal…ce 10 février…conformément à l’APR. Un tournant. Qu’Allah bénisse notre vieux pays’’, cela ne peut pas ne pas alerter sur la nocuité de l’opération.

Cependant, en acceptant de faire partie du Bataillon des FDS-R déployé à Kidal, les éléments FAMa, par la même occasion, administrent la preuve de leur patriotisme. Ils sont prêts à défier tous les périls pour l’intérêt supérieur de la Nation malienne résolument engagée dans la voie de la paix et de la réconciliation entre tous ses enfants de toutes les régions.

La pertinence de Kidal

Par contre, l’on ne saurait raisonnablement éluder la question de la pertinence du déploiement d’éléments militaires à Kidal au moment où le Centre du pays est embrasé, que les hordes jihadistes et autres bandits de grand chemin toisent notre dispositif de sécurité sur toute l’étendue du territoire national. Selon les informations en notre possession, le Bataillon des FDS-R déployé à Kidal aura pour missions : sécuriser le Gouverneur qui n’y réside qu’épisodiquement ; assurer la sécurité du camp devant abriter les éléments du MOC ; et, aléatoirement, venir en appoint des mouvements armés dans le cadre des patrouilles. Cette dernière mission, bien sûr, réveille de vieux souvenirs (et pas des meilleurs) quand les FAMa étaient calfeutrées dans leur camp, essuyant quotidiennement les jets de pierres d’enfants et de femmes instrumentalisés.

Au Centre, par un concours de circonstances particulièrement dramatiques, une confrérie de chasseurs traditionnels a été précipitée dans le feu de l’action pour la sécurisation des leurs, une mission régalienne qui incombe aux Forces armées et de sécurité. Les FAMa n’y seraient-elles pas plus utiles au lieu de l’expédient de Kidal ?

L’obligation et l’obligeance de sécuriser un Gouverneur, en tant que premier représentant de l’État, ne sauraient jamais être remises en cause. Mais, il se trouve que ce Gouverneur se trouve à Kidal à la demande des mouvements armés de présence de l’Administration, lesquels mouvements assurent à hauteur de souhait sa sécurité. Dans le cadre d’une gestion rationnelle des effectifs militaires qui sont aussi précieux qu’une oasis dans le désert, le rendement de ce Bataillon serait mieux apprécié dans d’autres localités sous le feu roulant des jihadistes.

Mais, la symbolique de la présence de l’Armée, fut-elle reconstituée, à Kidal, depuis le désastre national de Mai 2014, est également précieuse. Mais toute chose qui devrait être perçue dans une proportion bien gardée.

PAR BERTIN DAKOUO




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