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mardi 1 décembre 2020
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Farabougou: une équation à multiples inconnues

À Farabougou, parallèlement à la présence des Forces spéciales, la médiation initiée par des notables locaux, comme les chefs traditionnels, les élus locaux et les représentants communautaires et religieux, se poursuit. Mais les exigences des jihadistes qui encerclaient le village martyr frisent la bravade. Jusqu’à quand durera le calme très agité observé en ce moment ?

Selon les observateurs, la situation sur le terrain reste calme, depuis que l’équipe de médiation a réussi à desserrer un peu l’étau autour du village de Farabougou ; mais un calme très relatif. Et pour cause, apprend-on, pendant que la population de Farabougou respire un peu avec l’arrivée de l’Armée et des denrées de première nécessité, environ une vingtaine de personnes étaient enlevée entre Dogofry et Farabougou Kourani, le dimanche 25 octobre.
Si ces enlèvements cristallisent moins l’attention, il faut noter que les problèmes de fond pour la libération totale de Farabougou ne sont toujours pas réglés. Selon une source bien informée, les représentants des associations communautaires se sont réunis chez le chef de village de Dogofry, le dimanche 25 octobre. Plusieurs déplacés du village de Farabougou Kourani ont participé à la rencontre dont l’ordre du jour était d’informer sur les propositions de sortie de crise.
Ainsi, rapporte-t-on, les jihadistes qui prennent à la gorge la population de Farabougou exigent le désarmement de tous les chasseurs de la localité et la remise des fusils ainsi que des tenues de chasse ; le respect des principes fondamentaux de l’Islam.
De leur côté, fait-on savoir, les populations réclament : la libération des 9 otages ; la restitution du bétail enlevé, ce à quoi les assaillants opposent une fin de non-recevoir. Mais, d’autres sources indiquent qu’ils sont prêts à restituer le bétail volé à condition que les chasseurs traditionnels donsos de Farabougou acceptent de déposer les armes. Niant détenir des otages, ils conditionnent la stabilité et la libre circulation des personnes et des biens au respect des accords par les chasseurs.
« Les militaires laissent les discussions se dérouler et c’est une bonne chose », explique un membre de l’équipe de médiation. Quant aux représentants territoriaux de l’État, du gouverneur aux sous-préfets, « ils encouragent les pourparlers sans y participer ».
Cependant, au regard des échanges, les jihadistes, qui se placent dans la posture du vainqueur, font très peu de concessions, s’ils ne font pas dans la surenchère. Ce sont les populations qui doivent se plier à leurs desiderata. Pis, ils versement dans la démesure et la provocation en exigeant que leur soient remis les armes et tenues des chasseurs traditionnels qui se donnent pour mission de sécuriser leur localité en raison des multiples sollicitations de l’Armée qui n’a pas encore le don d’ubiquité. Ce serait le comble de l’humiliation pour les chasseurs qui ont un code d’honneur. Il n’est pas du tout évident qu’ils accèdent à cette exigence des jihadistes, même si l’on apprend qu’ils sont prêts à déposer les armes. Or, c’est la condition à la stabilité et la libre circulation des personnes et des biens.
Il y a aussi que les jihadistes exigent le respect des principes fondamentaux de l’Islam. En clair, ils veulent l’application de la Charia, parce que ceux qui vivent à Farabougou ne sont pas des panagani et ont certainement une longue pratique de la religion musulmane. Il faut rappeler que parmi les implications de cette imposition, il y a le rançonnage de la population sous prétexte de prélèvement de dîme, l’interdiction de l’éducation française, les privations de liberté, les flagellations et à l’extrême les lapidations…
De 2012 à maintenant, cela a été et est la pratique dans la plupart des localités hors contrôle de l’État. C’est à cela que la population de Farabougou devrait-elle s’engager sous les apparences envoûtantes de « ’respect des principes fondamentaux de l’Islam »’ ? Et puis, après le recrutement du village de Farabougou, de quel autre village ce sera-t-il le tour ? Parce que les jihadistes n’arrêteront jamais leur rouleau compresseur tant que l’on continuera à plier l’échine devant eux.
En attendant, en dépit de la présence des soldats dans Farabougou, les habitants ne sont toujours pas libres d’emprunter les routes reliant le village aux autres localités. Autant dire que si la population est sécurisée et alimentée par les FAMa à l’intérieur du village, le siège n’est toujours pas levé, mais avancé simplement.
En somme, à qui profite cette situation de mi-guerre mi-paix ? Farabougou qui est désormais sous les feux des projecteurs devient de plus en plus un enjeu majeur et prouvera à la face du monde notre capacité ou non à relever les challenges majeurs.
Par ailleurs, dans le cadre de la sécurisation des personnes et des biens, le ministère de la Sécurité et de la protection civile a initié le jeudi 29 octobre une patrouille d’envergure générale dans le District de Bamako et environs. Elle a regroupé toutes les sensibilités relevant de la sécurité, à savoir la Police, la Gendarmerie, la Garde nationale et la Protection civile. De jour comme de nuit, plus de 770 éléments motorisés vont passer au peigne fin tous les coins et recoins de Bamako et périphéries afin de dénicher les nids criminogènes qui coupent le sommeil aux paisibles populations. Pour le ministre de la Sécurité et de la protection civile, il faut que la peur change de camp et que les populations vaquent à leurs occupations dans la quiétude. Espérons que la peur change de camp également à Farabougou, à Kouakourou (…) et que les populations puissent faire leurs récoltes en toute sérénité.

PAR BERTIN DAKOUO




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