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samedi 5 décembre 2020
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Farabougou: une périlleuse fuite en avant !

Alors que les FAMa renforcent leur présence à Farabougou, plutôt par des activités d’Actions Civilo-Militaires et des Aides Médicales aux Populations et par des renforts en hommes et en matériels, les assaillants blindent leurs exigences, les médiateurs sont à la rue et le Forum intercommunautaire destiné à apaiser la tension restera un bide mémorable par manque d’innovation. Dans ce charivari, les verrous constitutionnels sont très menacés.

Alors que le village de Farabougou, dans le Cercle de Niono, est assiégé depuis plus d’un mois par un groupe jihadiste dont l’identité n’a pas encore été officiellement révélée, mais qui appartiendrait à la Katiba du Macine de Amadou KOUFFA, l’on apprend que les Forces armées maliennes viennent d’y renforcer leur présence. En effet, selon un communiqué de la Direction de l’information et des relations publique de l’Armée (DIRPA), un échelon des FAMa est arrivé, le vendredi 6 novembre 2020, dans ce village martyr.
Les Forces armées maliennes, rapportent notre source, y mènent des activités d’Actions Civilo-Militaires (ACM) et des Aides Médicales aux Populations (AMP). La même source militaire annonce un largage des produits par la Force française Barkhane de lutte contre les terroristes au Sahel. L’on apprend en effet que le samedi 7 novembre 2020, Barkhane a largué à Farabougou une dizaine de colis. ‘’Il s’agit de 20 tonnes de riz conditionnés. Tous ces colis sont destinés à être distribués aux populations de Farabougou’’, précise la source militaire
Dans la même dynamique de l’assistance humanitaire, le jeudi, 5 novembre, c’est le ministère de la Santé et des affaires sociales qui faisait don, à Niono, en marge du Forum sur la réconciliation intercommunautaire, de 5 tonnes de céréales et une importante quantité de produits pharmaceutiques, de kits d’hygiène et des moustiquaires pour les populations du village de Farabougou.
Il faut rappeler que pour secourir les populations de Farabougou, prises en otages par un groupe jihadiste redresseur autoproclamé de tort dont seraient victimes les Peulhs de la part des chasseurs traditionnels donsos, les FAMa, depuis le matin du jeudi 22 octobre 2020, sont arrivées dans ledit village. Aux environs de 10 heures 30 minutes, les premiers éléments du Bataillon des Forces spéciales y sont arrivés à bord d’un Mi-24 de l’Armée de l’Air. En plus du personnel, apprend-on de source militaire, beaucoup de colis, dont des médicaments ont aussi été largués. Selon la communication officielle, cette opération vise à abréger la souffrance des populations qui sont coupées du monde extérieur. Il faut signaler que si, suite à la médiation des autorités traditionnelles et des élus locaux, les assaillants ont déplacé leur siège un peu plus loin du village, il n’en demeure pas moins que personne ne rentre ni ne sort de Farabougou et que l’unique pont y menant a été dynamité peu après leur occupation des lieux.
En en croire les sources officielles, la situation du village de Farabougou qui fait l’objet d’une grande préoccupation est suivie avec attention par le ministère de la Défense et des Anciens Combattants. Ce n’est d’ailleurs pas le seul ministère à exprimer sa vive préoccupation, puisque le ministère de la Réconciliation nationale dirigé par le Colonel-Major Ismaël WAGUE, ex-porte-parole du Comité National pour le Salut du Peuple (CNSP), y est allé également de sa contribution à la résolution de la crise par l’organisation d’une Forum sur la réconciliation intercommunautaire qui a duré du jeudi au samedi dernier, à Niono. Il était appuyé dans son initiative par ses homologues de l’Administration Territoriale, de la Sécurité Intérieure et de la Protection Civile et de la Santé et des Affaires Sociales, tous concernés par la problématique sécuritaire qui secoue depuis plus d’un mois le Cercle de Niono, dans la Région de Ségou.
Il faut dire que la présence des Forces armées et l’approvisionnement des populations en denrées alimentaires de première nécessité, en produits pharmaceutiques, en kits d’hygiène et en moustiquaires devraient constituer des gages d’un réconfort moral pour les habitants, un message des plus hautes autorités que le village de Farabougou n’est pas laissé pour compte.
Pour autant, nonobstant l’espoir placé aux médiateurs(autorités traditionnelles et élus locaux) de désamorcer la situation explosive, la menace jihadiste est plus que jamais persistante avec des exigences de plus en plus irréalistes, telle l’application de la Charia dans un pays où la Constitution dispose en son article 4 : ‘’Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience, de religion, de culte, d’opinion, d’expression et de création dans le respect de la loi’’. La liberté de religion et de culte est une disposition constitutionnelle en République du Mali (jusqu’à preuve du contraire) qui est incompatible avec l’application de la Charia.
Désormais, la question qui tarabuste une grande partie de l’opinion nationale est de savoir si les autorités de la Transition ont fixé une ligne rouge, emportées qu’elles sont par leur élan du dialogue à tout prix. Parce que normalement, l’intégrité du territoire, la forme républicaine et laïque de l’État sont des lignes rouges, des points qui n’ont leur place sur aucune table de négociation, parce qu’ils ne sont tout simplement pas négociables. Va-t-on sauter ce sacro-saint verrou constitutionnel ? De reculade en reculade face à des jihadistes toujours aux exigeants, tous les scénarios restent envisageables. Rappelons-nous que le cancrelat dévore en soufflant sur la plaie…

PAR BERTIN DAKOUO




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