Fête d’indépendance et défi sécuritaire: les nouveaux chantiers de la défense…

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Ce jeudi, 22 septembre 2016, le Mali célèbre le 56ème anniversaire de son indépendance. Comme tous les jours de fête d’indépendance, comme partout dans le monde, à travers les pays, le Mali vit, ce jour-là, la ferveur des grandes commémorations, où se mêlent, chez le citoyen lambda, sentiment de fierté nationale et l’espoir pour le futur. Ce 56ème anniversaire de l’indépendance coïncide avec de grands enjeux sécuritaires auxquels le pays est confronté, ces dernières années, et qui font que de nouveaux chantiers de la défense doivent être répertoriés. Pour consolider l’outil de la défense nationale. Perspectives prometteuses pour une armée en refondation…

Ce soir, dans la grande solennité, sur les ondes de la télévision nationale, la tradition sera consacrée : le président IBK, qui vient tout juste de célébrer son troisième anniversaire à la tête du pays, s’adressera à la nation. D’un air grave, il prononcera un discours, fort attendu, pour magnifier les anciens dont le sacrifice a propulsé le Mali, le grand Mali, dans le concert des nations modernes, mais dont les ressorts sont enfouis dans l’histoire millénaire de l’humanité. L’occasion, à n’en pas douter, pour le président IBK, au-delà de la symbolique, sera de ne pas occulter les grands défis sécuritaires auxquels le pays est confronté, ces dernières années, et qui constituent, pour tous les Maliens, une réelle préoccupation nationale.
Et pour cause ? En dépit de la signature de l’accord de paix, qui a mobilisé toutes les sensibilités du pays et les acteurs multiples de la communauté internationale, le Mali continue de subir les attaques terroristes, barbares et violentes, occasionnant, au niveau de l’armée, des forces étrangères et des populations civiles, de nombreuses victimes. Forcément cloîtrées dans les régions nord du pays, ces attaques terroristes, qui obéissent à un schéma de violence asymétrique, se sont progressivement délocalisées au centre et se propagent même dans le sud du pays. Ces derniers mois, le rythme de la violence des assauts terroristes avait été aussi répercutant sur les positions de l’armée malienne, entrainant de graves périls sur les populations, dans la zone de Boni (région de Mopti) qu’il a provoqué le départ du ministre de la défense et des anciens commandants, Tieman Hubert Coulibaly, de son poste. Homme de devoir et d’énergie, le désormais ancien ministre de la défense, à la cérémonie de passage de témoin à son successeur, le ministre Abdoulaye Idrissa Maïga, n’a pas manqué de relever les enjeux militaires dans la perspective que l’outil de défense nationale puisse atteindre plus rapidement, et plus efficacement, sa grande capacité opérationnelle.
Pour le nouveau ministre de la défense, en poste, il y a seulement quelques semaines, ce 56ème anniversaire est un test grandeur nature pour jauger les capacités opérationnelles de l’armée malienne, une armée en pleine refondation et qui continue, sans faiblir, à assurer avec bravoure et loyauté sa mission régalienne de la défense du territoire national. Certes, le contexte sécuritaire peut-être préoccupant, eu égard au péril djihadiste sur le pays, mais il est évident que l’armée malienne, creuset national, répondra vaillamment à son devoir de protection des populations maliennes. Elle tient ce courage légendaire de son passé, en étant un véritable bâtisseur pour tous les chantiers de développement du pays. Un véritable creuset national qui a reflété en son sein la diversité culturelle et linguistique du pays.
C’est donc autour de cette armée républicaine que l’espoir de tout un pays se fonde pour son unité retrouvée. Au-delà des reformes qui sont engagées, l’armée malienne, confrontée, comme on le voit au péril terroriste qui menace le pays, et même au-delà, doit nécessairement mettre le cap sur la formation et l’entrainement militaire dont on sait qu’ils ne sont plus aujourd’hui, comme par le passé, la chose la mieux suivie au sein de nos unités militaires. En fait, en raison justement de la trop forte « politisation » de l’armée, il est arrivé que certains supports militaires, les plus élémentaires de l’aptitude opérationnelle du soldat conquérant, soient complètement relégués au second plan au profit de pratiques complaisantes. Tel est simplement le son du clairon qui s’est miraculeusement tu au niveau des garnisons militaires s’il ne s’est pas substitué à quelques rares événements circonstanciels de la vie du soldat.
Comme le clairon qui ne résonne plus, comme il faut, les entrainements militaires, véritables écoles militaires d’endurance et de dépassement de soi, sont réduits à leur strict minimum. La diminution d’une activité militaire, aussi essentielle dans la formation du soldat, s’est soldée par une nette dépression de la pratique militaire au moment justement où l’armée est confrontée à l’une des menaces les plus graves sur le pays, à savoir le terrorisme, et pour lequel tous les spécialistes des questions militaires en conviennent : aucune armée, fusse-t-elle puissante, n’est préparée pour faire à ce genre de menace asymétrique. L’armée doit renouer avec ses fondamentaux pour la pratique du métier des armes, en même temps qu’elle doit s’ouvrir à de grandes réformes structurelles dont l’un des segments les plus cruciaux est supporté par loi d’orientation et de programmation militaire. Effectivement soutenue par le président IBK, qui n’a jamais fait mystère de son souci de renforcer la capacité opérationnelle de l’armée, cette loi adoptée par les députés, est un gigantesque programme qui s’étale sur 5 ans, pour un montant de plus de 1 230 milliards de nos francs, vise à renforcer la capacité opérationnelle des unités combattantes, améliorer le soutien logistique(notamment une couverture aérienne efficace), assurer la mobilité tactique et militaire(multiplication des postes de sécurité notamment), améliorer le cadre de vie et de travail des troupes.
A l’évidence, un nécessaire redressement militaire qui doit également s’accompagner d’une réelle capacité de revoir la carte sécuritaire du pays, en fonction des enjeux réels sur le terrain.
Au Mali, depuis des années, plusieurs forces militaires se côtoient dans des vastes régions désertiques du pays pendant que, dans plusieurs localités du pays, les populations civiles continuent à subir les assauts meurtris des attaques terroristes qui se multiplient, mais aussi si propagent à travers le pays. D’où une urgence de coordination militaire et opérationnelle entre les différentes forces en présence. Il est également stratégique qu’au-delà du cadre réduit du territoire national, les autorités nationales puissent renforcer la coopération sécuritaire avec de nombreux pays du proche voisinage, et même en dehors, confrontés au même péril terroriste, pour réduire considérablement cette menace qui prend assurément des proportions internationales.

Sékouba Samaké

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