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samedi 18 août 2018
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Foncier à Maraka-Coungo: les paysans dénoncent l’arbitraire

Rien ne plus à Maraka-Coungo entre gouvernant et gouvernés. À l’origine, le marché du foncier, qui est devenu très lucratif et fructueux, oppose désormais une minorité de spéculateurs, mais très puissante aux paysans et éleveurs qui refusent de se faire embarquer dans leur bateau. Le président des Associations pour le Mali (APM), Me Mohamed Ali Bathily, non moins ministre des Domaines de l’Etat et des affaires foncières, qui a visité la localité, ce samedi, a été largement édifié sur la tension qui couve dans la zone.

Après Kati, le samedi 2 avril, le président des APM était, avant-hier samedi, l’invité des responsables d’associations de Maraka-Coungo pour un grand meeting. La délégation des APM a été rejointe par le député élu à Kolondièba, l’honorable Oumar Mariko, président du parti Solidarité africaine pour le développement et l’indépendance (SADI).
Le ministre et sa délégation ont été chaleureusement accueillis par une liesse populaire aux sons des chants et danses du terroir.
Cet espace, qui se voulait, avant tout, celui d’échanges direct et franc entre les communautés de cette localité en vue d’aplanir certaines difficultés et proposer des alternatives crédibles pour un avenir meilleur, a été boycotté par le maire et le sous-préfet. En tout cas, c’est ce qui est ressorti des interventions du chef de village et du responsable APM de Maraka-Coungo.
Ces deux responsables (le maire et le sous-préfet), dans le collimateur des populations, comme le cancer qui gangrène un corps humain, malgré les invitations à eux adressées, ont préféré opté pour la chaise vide, que de se soumettre au «procès» d’une population très remontée contre eux ; et qui semble désormais «tout compris».
Ainsi, c’est le 1er adjoint du maire de Maraka-Coungo qui a souhaité la bienvenue au ministre et sa délégation, au nom du conseil communal. Pour lui, l’arrivée d’un grand homme, à l’image de Mohamed Ali Bathily, dans leur commune, ne peut que renforcer les actes de gestion posés tous les jours par le conseil communal dans le cadre du bien-être des populations.
Pour le chef de village, la terre à Maraka-Congo, depuis quelques années, est au cœur de véritables convoitises au point qu’au-delà des conflits traditionnels entre paysans et éleveurs, un troisième front s’ouvre avec les spéculateurs fonciers et les promoteurs immobiliers. «Tout a été vendu au point que nous n’avons même pas d’espace pour notre cimetière».
« Le maire, en complicité avec le commandant (Sous-préfet), a tout morcelé pour les céder à des particuliers. Même nos terres de culture ne sont plus épargnées, nous n’avons plus de passages d’animaux ni de pâturages. Il ne se passe plus de semaine ou de mois, sans que l’on n’emprisonne pas des paysans pour s’être opposés à un morcellement de champ », a regretté le patriarche. Il a invité le ministre à apporter son soutien aux populations pour sauver ce qui reste des terres des paysans de Maraka-Coungo et environs.
Le responsable des APM de Maraka-Coungo, Bakary Diakité, a informé de l’arrestation arbitraire de 19 personnes, dont des femmes enceintes par le maire et ses complices pour s’être opposées au bradage de leurs terres. Elles ont été convoquées à la gendarmerie au lieu d’être entendues, elles ont été enfermées, sans aucune forme de procès, a-t-il expliqué.
Selon M. Diakité, la situation à Maraka-Coungo est d’autant plus préoccupante que la prison est faite comme une propriété privée aux mains de certaines personnes qui l’utilisent et en abusent, en guise de dissuasion contre les paisibles populations.
«La situation sociale est au bord de l’explosion à Maraka-Coungo. Nous intervenons à tout moment pour éteindre des tensions, mais je pense que le crédit dont nous jouissons auprès de nos concitoyens, nos bons offices ont des limites. Que Dieu nous en préserve », a dit Bakary Diakité.
Pour le représentant de Zantiguila, un des neuf villages organisateurs du meeting, Dantigui Diarra, c’est le maire de Maraka-Coungo qui est à l’origine de tous les conflits actuels et ceux qui couvent dans la zone.
«Un certain Amara, ancien garde de son état à Zantiguila dont les populations ignorent tout de ses origines, a trompé la vigilance des populations pour se hisser à la tête du conseil communal et est aujourd’hui à l’origine du mal dont souffre les habitants de cette commune et les villages voisins. Ce maire est dans toutes les sauces : maire, homme d’affaires, promoteur immobilier, il n’épargne rien sur son passage», a martelé M. Diakité.
Aussi, a-t-il déclaré, les paysans au réveil sont surpris de voir leurs champs morcelés avec des bornes, sans aucune concertation préalable. C’est en tout cas, le triste constat qui se dégage dans ces villages ces derniers temps. Par ailleurs, a fait savoir M Diakité, le récent déplacement du poste de contrôle routier de Niamana à Zantiguila est loin d’arranger les choses.
Après les différentes interventions, le ministre des Domaines et des affaires foncières a rassuré les populations de son soutien et de celui du Président de la République.
Cependant, face à des tremblements aussi préoccupants que celui qui se passe actuellement, dans le foncier, dans notre pays, le combat n’est pas du tout aisé. En effet, a-t-il reconnu, le secteur du foncier est sous l’emprise de prédateurs qui n’ont aucun sentiment humain pour arriver à leur objectif. Autrement, des humanoïdes ont remplacé les humains sur ce terrain, face à qui seule l’union peut faire tache d’huile.
« Ils sont minoritaires, mais ils se sont organisés pour déstabiliser les masses. Aujourd’hui, ils n’ont peur que des groupes de pression. Donc, organisez-vous et en groupe de pression pour leur faire face, dans le respect strict de la loi. Si des gens, sous la couverture de la loi, l’uniforme nationale, du serment… violent les textes du pays, les populations aussi ont le droit de recourir à la légitime-défense pour dire Non à l’arbitraire », a indiqué le ministre, qui a tout au long de son intervention appelé les populations à s’unir et à défendre leur droit comme seule solution face à l’arbitraire.
Le ministre a expliqué aux populations qu’un maire n’a pas de terre à vendre sauf celle mise à sa disposition par la loi. Un sous-préfet ne peut vendre qu’un hectare à une personne, pas plus. Le préfet ne peut pas dépasser cinq hectares et le gouverneur pas plus de 10 hectares, au-delà, c’est le Conseil des ministres qui tranche. Comment des gens peuvent allègrement violer la loi en se mettant à brader le bien public ? Le ministre a invité tous à la vigilance et à se dresser comme de sentinelle de la démocratie.
Pour le ministre Bathily, au-delà du droit coutumier reconnu dans notre législation foncière, de grandes réformes sont aujourd’hui nécessaires dans le cadre du foncier, pour mieux protéger nos paysans qui sont plus de 80 % de la population.

Par Sidi Dao




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