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mardi 20 avril 2021
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Fonds fiduciaire d’urgence au Mali, Niger et Sénégal: l’AME dénonce le diktat de l’UE

En 2015, en réaction à l’augmentation des arrivées de migrants africains sur les côtes européennes, il a été créé lors du sommet UE-Afrique sur la migration de la Valette (Malte), le Fonds fiduciaire d’urgence (FFU) en faveur de la stabilité et de la lutte contre les causes profondes de la migration irrégulière et du phénomène des personnes déplacées en Afrique. Au lieu de servir aux migrants de retour ou aux candidats au départ, le fonds sert plutôt les besoins de l’UE avant ceux des pays bénéficiaires. C’est du moins l’analyse critique de l’Association malienne des expulsés (AME) et d’autres organisations au Mali, Niger et au Sénégal. Leur enquête !

Dans le cadre de la célébration de la Journée internationale des migrants, l’AME a animé, dans ses locaux, à Djélibougou, une conférence de presse. L’occasion a été également mise à profit pour publier la ‘’note d’analyse sur la mise en œuvre du fonds fiduciaire d’urgence au Sénégal, au Niger et au Mali’’. La conférence était animée par le président de l’AME, Ousmane Diarra, en présence de M. Mamadou Konaté, responsable des questions juridiques de l’association.
L’objectif de cette conférence était de contribuer à la promotion des droits de l’homme par la publication d’une note d’analyse de la mise en œuvre des projets financés par le Fonds fiduciaire d’urgence dans 3 pays, a souligné Ousmane Diarra. Spécifiquement, il s’agissait de vulgariser la note et renforcer les connaissances des décideurs et des différents acteurs de la migration sur les projets financés par le fonds fiduciaire d’urgence ; créer une synergie d’action entre les organisations de défense des droits des migrants et les autres acteurs de la migration et enfin attirer l’attention des décideurs nationaux sur les enjeux et modalités de protection des droits des personnes en migration, a-t-il soutenu.
Mamadou Konaté et d’autres intervenants ont salué la résolution A/RES55/93 de l’Assemblée générale des Nations-Unies, consacrant la journée internationale des Migrants.
Toutefois, les intervenants ont déploré la résistance des puissances du monde (USA, France, Espagne, Italie Grande-Bretagne…) à ratifier le document, vidant la résolution de son contenu devenu une affaire des pays pauvres dont les populations sont fortement tentées par le phénomène de l’émigration.
Selon Mamadou Konaté, le Fonds fiduciaire d’urgence (FFU) a mis en place de « nouvelles procédures de gouvernance qui s’écartent des procédures ordinaires ou régulières d’élaboration et de prise de décision » des instruments financiers habituels de l’UE.
Contrairement au FED, dont la programmation et la gouvernance, bien que critiquées, sont réalisées, à travers un ordonnateur national dans chaque pays, l’UE est omniprésente dans la gestion du FFU au détriment des pays bénéficiaires.
« Au Mali, l’UE a favorisé les projets de stabilisation et accordé une place importante à la réintégration des Maliens de retour, alors même qu’un mécanisme similaire, géré par le gouvernement, existait déjà. Selon des acteurs locaux, les premiers projets ont été ‘’élaborés par Bruxelles’’ et proposés aux coopérations des États membres éligibles. Puis, des consultants sont venus à Bamako recueillir les besoins des autorités maliennes » critique le rapport de l’AME.
Au Sénégal, identifié comme pays de départ, la priorité, déplore l’enquête, a été accordée à la création d’emplois pour les jeunes potentiels candidats au départ et aux Sénégalais de retour. Une approche critiquée, selon une étude publiée par la Fondation Heinrich Böl, qui recommande ‘’des politiques et programmes orientés vers l’identification de réponses pérennes et articulées aux défis et enjeux migratoires propres au Sénégal, et non pensés par rapport à l’agenda de ses partenaires techniques et financiers’’.
Si un des objectifs du FFU est de créer des emplois et soutenir l’économie des pays bénéficiaires afin de diminuer les départs, il n’en demeure pas moins que les emplois créés sont précaires. Selon le rapport, en 2019, 37 190 emplois avaient été créés dans les pays du Sahel. Il s’agit rarement d’emplois pérennes et les montants des projets demeurent très élevés pour le nombre de bénéficiaires.
Les programmes d’aide à la ‘’réintégration’’ semblent être davantage un moyen de convaincre les personnes de rentrer, qu’un réel soutien à la réinstallation dans leur pays d’origine a expliqué M. Konaté. Au Mali, premier pays de retour dans la région, nombre d’acteurs s’accordent pour dénoncer l’échec de ces programmes. En effet, l’OIM qui appuie beaucoup cette politique de retour ‘’volontaire’’ n’est pas exempte de critiques.
« Les aides de l’Organisation internationale de la migration (OIM) ne financent souvent qu’une assistance à l’arrivée pour le transport jusqu’au village d’origine et celles pour lancer une activité ont été remplacées par une formation de quelques jours sur la gestion de sa microentreprise pour seulement 6% des personnes de retour, sans suivi ni soutien par la suite », dénonce le rapport de l’AME.

Par Sidi DAO




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