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samedi 15 décembre 2018
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Force du G5 Sahel: le délit de faciès

Un péché originel, sur fond du mépris, la démonstration de la Force conjointe du G5 Sahel, à partir du lundi 30 octobre dernier aura suffi aux oiseaux de mauvais augure pour semer le doute dans les esprits quant à la capacité de nos armées à relever le défi de la lutte anti-jihadiste. Cela, pour une raison inavouée.

Le moment était attendu et même très attendu, au regard, non seulement des ravages que causent les groupes terroristes, dont le plus emblématique en ce moment est Nustra Al Islam wal Muslimin d’Iyad Ag Ghaly ou groupe de soutien à l’islam et aux musulmans ; mais également de l’incapacité de chacun de nos pays à apporter individuellement une réponse appropriée à cette problématique sécuritaire.

Le topo
La première opération qui intervient quasiment dans les délais a concerné les Forces armées du Burkina Faso, du Niger et du Mali, déployées au niveau de la zone Centre, c’est-à-dire aux confins du Mali, du Burkina Faso et du Niger, une zone très instable devenue un foyer pour les groupes extrémistes. On le sait, une première opération sur le terrain estampillé G5 Sahel devrait avoir lieu en octobre, selon l’agenda de la Force conjointe et elle a eu lieu. Cette opération, baptisée ‘’Hawbi’’ avait essentiellement pour but « une démonstration de force pour reprendre pied dans une zone délaissée par les États, en entravant la liberté de mouvement dont bénéficient plusieurs groupes armés depuis des mois », a souligné le lieutenant-colonel Marc-Antoine de la Force Barkhane, dans le sillage de l’opération inaugurale.
L’officier français fait savoir qu’une centaine d’hommes de la force militaire française anti-jihadiste au Sahel Barkhane (4 000 hommes au total) va soutenir les troupes africaines déployées au sol lors de cette première opération, a expliqué le lieutenant-colonel français Marc-Antoine depuis une base avancée française dans la région aride d’In-Tillit, dans le centre du pays.
Barkhane va apporter aux quelques centaines de troupes maliennes, burkinabèses et nigériennes engagées « du conseil et de l’accompagnement » sur le plan aérien (chasseurs, hélicoptères, drones de renseignement), ainsi qu’un appui de l’artillerie, a-t-il détaillé.
De son côté, un jeune lieutenant des FAMa s’est, lui, prononcé sur la pertinence de mettre en commun les efforts, d’autant plus, a-t-il justifié, que les terroristes exécutent leur forfait dans un pays et traversent la frontière pour se retrouver dans un autre. D’où, la nécessité d’une traque conjointe, a-t-il étayé.

Mise en doute de l’efficacité
Pendant que l’espoir prend le pas sur le désespoir, sur la résignation des populations meurtries par des années de violences, voilà les oiseaux de mauvais augure, certainement en mission commandée, qui s’invitent à la partie. En effet, s’il faut leur concéder un traitement équitable de l’information en faisant intervenir un officier malien et un officier français de la Force Barkhane, les commentaires qui ont suivi sont plus idéologiques que journalistiques.
Comme aux heures sombres de notre histoire de 2012-2013, la vieille rengaine surgit, apposée cette fois-ci à la Force conjointe du G5 Sahel : une force sous-équipée, en bute à des difficultés de financement ; une Force dont l’efficacité est à mettre en doute ; une force qui a des difficultés de financement, et tutti quanti.
C’est la même opération de sape dont a été victime l’armée malienne : sous-équipée, sans motivation, sans chaîne de commandement, désorganisée… Conclusion : une armée en état de déconfiture si avancé qu’il n’y a rien à attendre d’elle. Tout n’était pas faux, au contraire, il y avait au contraire une bonne dose de vérité.
Par contre, là où on a placardé l’image d’un soldat malien en train de se battre, à Gao, lors de l’assaut contre la mairie occupée par un commando djihadiste, pour illustrer le sous-équipement des FAMa ; il aurait été plutôt juste de saluer la bravoure de ce jeune. Ce d’autant plus, comme l’atteste l’image, il devait se retrouver à court de munitions dans les minutes ou secondes qui suivent. Pourtant, il avançait…
Comparaison n’est pas raison, mais l’on est fondé à croire, à la lumière des différents commentaires, que nos Forces armées et de sécurité traînent un péché originel. C’est comme si rien de bon n’est à attendre d’elles. Tel est en tout cas le message envoyé à l’opinion nationale et internationale. Et cela s’appelle un délit de faciès.

Les non-dits
En réalité, c’est moins l’efficacité de nos Armées qui est en cause que l’enjeu de la présence des Forces étrangères sur nos territoires. Il y a indubitablement des non-dits dans cette mascarade qui ne trompe personne. Et pour cause !
Il y a d’une part Florence Parly, la ministre française des Armées, qui déclare, lors d’une intervention en anglais au Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS), à Washington, en fin octobre : “mais il faut faire beaucoup plus. Nous ne pouvons et ne voulons pas être la garde prétorienne de pays africains souverains. Il faut les rendre capables de vaincre le terrorisme par eux-mêmes. C’est la vocation de la force du G5 Sahel”. Il s’agit donc de rendre les pays africains aptes à se prendre en charge du point de vue de leur sécurité, même si dans le cas d’espèce, ils sont la digue qui protège le monde comme aime à le rappeler le Président IBK. Ce, d’autant plus que Paris semble ‘’déterminé à rompre avec sa surexposition militaire au Sahel’’. D’où, son activation apparente avec l’objectif d’un désengagement à long terme des 4 000 hommes de l’opération Barkhane.
D’autre part, il y a la volonté à peine dissimulée de s’installer durablement dans les précarrés des puissances occidentales. Ce n’est pas par hasard que l’on envisage un désengagement à long terme, impliquant par conséquent une présence sur le long terme. Une présence qui est amplement justifiée du reste au regard du lien vital qui relie l’Afrique à ses puissances colonisatrices.
Cette présence sur le long terme qu’on assimile à dessein à ‘’une surexposition militaire au Sahel’’, il faut bien la justifier. Et c’est là qu’une autre armée rentre dans le combat. Avec une dextérité inouïe, elle s’attelle à dénier toute perspective au G5 Sahel, en mettant sous les projecteurs ses handicaps qui la rendraient inefficace. Ainsi, son inefficacité justifierait largement la présence de Forces étrangères.
L’on est d’autant plus fondé à croire cet échafaudage que le G5 Sahel est un nouveau-né. Comme tout nouveau-né, il doit ramper, se mettre sur pied, marcher et grandir au fur et à mesure. Mais tout cela passe par des chutes, une volonté inébranlable de se relever et de continuer. Ce bénéfice, on ne l’accorde pas au G5 Sahel quoiqu’il soit prévu que les Français de Barkhane vont progressivement laisser la main directement à l’état-major du G5.
Quoi qu’on pense et dise, la survie des États du Sahel tient essentiellement de l’efficacité et de l’efficience de cette Force conjointe. Car comme le dit le président tchadien DEBY qui accuse « responsabilité de l’Occident dans la déstabilisation du Sahel », selon lui, celui-ci doit s’assumer. Le même Président d’assurer, lors du Sommet extraordinaire du G5 Sahel, tenu dans la capitale, en février dernier : « Nous ne demandons pas à nos amis, à nos partenaires européens, d’envoyer leurs soldats mourir chez nous. Nous sommes prêts nous-mêmes, avec nos soldats, à nous engager et à ramener la paix et la stabilité dans notre sous-région. C’est ce que nous disons à nos partenaires, leur faire l’économie du sang des enfants européens. »

Par Bertin DAKOUO




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