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mercredi 28 juin 2017
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France : l’equation islamiste

La France se trouve confrontée à un véritable problème qui mérite une attention particulière des pouvoirs publics et de l’ensemble de la société. Dans le pays des droits de l’homme et du citoyen, la défense des libertés est l’un des fondements de l’Etat de droit. Cependant, à la lumière des derniers évènements, les Français doivent s’interroger sur la liberté et la laïcité dans leur mode d’expression vis-à-vis de la foi.

« SI L’ETAT EST LAÏC, PEUT-ON EN DIRE AUTANT DE LA SOCIETE ?
POUR DE NOMBREUX JEUNES, LA RELIGION MUSULMANE EST DEVENUE
UN MOYEN DE S’AFFIRMER, UN ESPACE IDENTITAIRE ET DE RESISTANCE. »

Dans une république, l’Etat vit à travers des institutions qui fonctionnent de façon impartiale, ce qui permet à chacun et à tous de vivre, de travailler, d’aller et de venir. La liberté est le principe en toute chose et seule une disposition de la loi peut la restreindre. Toutefois si l’Etat est laïc, la société par contre est plurielle parce qu’elle est la somme de communautés diverses. Grâce au vote, les dirigeants sont choisis en fonction d’un programme qui est un projet de société, de telle sorte que par l’acceptation du fait majoritaire, la constitution d’un groupe pour gouverner et d’une opposition pour faire contrepoids, l’équilibre et la pérennité du système sont assurés. C’est le schéma républicain dans lequel chacun est censé trouver son compte. Le débat actuel en France oppose les partisans de la liberté d’expression à ceux qui estiment que cette liberté ne peut être étendue aux attaques portées contre la foi. Comme le délit de blasphème n’existe pas encore et comme l’objectif avoué de la laïcité est de sortir l’Etat du champ religieux pour le mettre au service de la communauté dans sa diversité, faut-il créer le délit de blasphème ou continuer à se battre pour le maintien du statu quo ? Un retour dans le temps est nécessaire pour comprendre la situation. En effet, les textes français sont d’une inspiration ancienne tirée du bouillonnement du « Siècle des Lumières » présentant la particularité d’avoir été conçus dans un univers quasi anticlérical bien que dominé par la civilisation judéo-chrétienne. Les populations musulmanes qui ne sont arrivées en France que bien plus tard ont grossi au point de constituer aujourd’hui une masse critique avec l’avènement de la seconde et de la troisième génération des migrants. A la différence de leurs grands parents et parents, ces nouvelles générations ne se considèrent pas comme des voyageurs en transit obligés de bâtir leur séjour sur des compromis avec le pays d’accueil. Elles entendent vivre comme des citoyens français, des détenteurs de droits, y compris celui de vivre ouvertement et publiquement leur foi, loin des demeures, des foyers et des arrière boutiques. Le sol français représente à leurs yeux un lieu d’exercice de la souveraineté, une terre natale avec une volonté affirmée d’ancrage définitif. Face aux difficultés de toutes sortes qui les assaillent dans cette entreprise, la religion est devenue un moyen de s’affirmer, un espace identitaire et de résistance. Les responsables politiques ne semblent pas avoir pris la mesure réelle de la situation, encore moins celle de ses implications existentielles pour une jeunesse désormais culturellement plurielle et totalement décomplexée.

« LA FRANCE EST-ELLE TOUJOURS LA FILLE AINEE DE L’EGLISE ?
COMMENT PRIVER LES EXTREMISTES DES MOYENS D’ACTIONNER
LES RESSORTS DE LA HAINE ET DE LA VIOLENCE ? »

La plupart des textes français ayant été conçus dans et pour les besoins d’un univers judéo-chrétien, la question de leur adaptation à la nouvelle donne se pose nécessairement. Il n’y avait en France qu’une centaine de mosquées en 1970 ; le Ministère de l’Intérieur annonçait 1.600 en 1997 dont 8 au moins pouvaient accueillir plus de 1.000 fidèles. Aujourd’hui, le rapport a largement évolué en faveur de l’ouverture de lieux de cultes et de la création d’associations musulmanes qui obtiennent de nombreux financements des pays du Golfe. Une autre réalité à prendre en compte est la migration de populations musulmanes vers la France et le changement de génération. Les nouvelles générations tout en partageant de nombreux espaces culturels restent plus rattachées juridiquement et affectivement à la France qu’au terroir d’origine de leurs pères. De ce fait, elles ont un sentiment de profonde injustice pour le traitement particulier réservé à la foi musulmane, sentiment nourri par des débats très médiatisés sur le voile islamique, la burqa, le foulard à l’école avec la stigmatisation de certaines jeunes filles et les exclusions scolaires qui en ont résulté. Pourtant, des cas existent pour lesquels les pouvoirs publics ont pris des dispositions en faveur de la protection des communautés. Ainsi, au milieu des années 1980, lorsque le cinéaste Martin Scorsese recherchait des financements pour son film intitulé « La Dernière Tentation du Christ », il avait obtenu de Jack Lang alors ministre de la culture l’octroi d’une subvention de trois millions de francs. C’est un film à controverse qui fait de Jésus une présentation non conforme aux écrits bibliques. Devant la levée de boucliers des religieux chrétiens et une protestation personnelle de l’Archevêque de Paris Jean Marie Lustiger auprès de François Mitterrand, la subvention a été annulée. Plus près de nous, à la fin de l’année 2013, une ordonnance du Conseil d’Etat français a validé l’interdiction d’un spectacle de l’humoriste Dieudonné pour antisémitisme. Voilà comment certains en sont arrivés à croire qu’il y a une protection sélective des communautés et, faute d’apporter une réponse appropriée à cette question, on attisera les frustrations dont se servent les extrémistes pour actionner les ressorts de la haine et de la violence.

« DESEMPAREE, DANS LA POSTURE DE LA POULE QUI
QUI A COUVE DES ŒUFS DE CANARD, LA FRANCE NE
PEUT FAIRE L’ECONOMIE D’UN DEBAT SUR LE SUJET. »

L’attitude des autorités françaises, sans pouvoir être interprétée comme une opposition à l’Islam en tant que religion, apparaît tout de même aux yeux de nombreux musulmans comme la volonté de n’admettre sa pratique que dans le seul cadre fixé par la loi, comme la recherche d’une soumission du spirituel au temporel afin de le vider de sa substance. Pendant ce temps, l’opinion publique de son côté développe une perception angoissée et suspicieuse face à l’implantation progressive de l’Islam. Tout le monde semble faire des problèmes des musulmans de France des problèmes spécifiques liés à la religion musulmane. Le résultat est que ces musulmans qui sont aujourd’hui majoritairement des citoyens français se trouvent soumis à un processus de relégation qui les assimile à un corps étranger dont l’assimilation à la nation pose problème. Une sorte de citoyens de seconde zone se trouve ainsi créée de fait alors même que l’Islam est officiellement annoncé comme la seconde religion de France. Désemparée, dans la posture de la poule qui a couvé des œufs de canard, la France peut-elle faire l’économie d’un débat de fond sur la question ? Pour la rassurer et l’aider dans cette démarche, rappelons certains cas assez intéressants. Le fait par exemple pour le président américain de prêter serment sur la Bible avant d’entrer en fonction fait-il de lui un président moins démocrate ou moins républicain que les autres ? L’inscription sur le dollar américain de la formule « In God we trust », qui peut se traduire par « Nous avons foi en Dieu » a-t-elle empêché pour autant d’en faire une monnaie de référence ? En réalité, le peuple américain a fait le choix d’un pouvoir politique à visage humain qui respecte les communautés dans leur choix culturel et religieux. Sinon, le président Barak Obama, né au milieu des années 1960 d’un père kényan musulman et d’une mère américaine à un moment où le racisme régnait encore, un homme de couleur portant le nom qui est le sien, aurait-il pu devenir le 4 novembre 2008 le président des USA ? La foi peut soulever des montagnes, dit-on. C’est pourquoi les Américains qui sont attachés aux valeurs du puritanisme dament le pion au reste du monde. L’ancienne URSS totalement anticléricale qui était en concurrence avec eux pour la suprématie mondiale a fini par se disloquer totalement. La Chine et le Japon, presque au bas de l’échelle il y a peu sont devenus des grands de ce monde en s’appuyant sur les vertus de leur culture et de la foi. Comment la France pourrait-elle gagner les batailles décisives de la croissance et du développement, du chômage, du déficit de la sécurité sociale, améliorer les chiffres de son commerce extérieur pendant qu’une partie significative de sa population se sent marginalisée ? Reste que tout le monde n’a pas perdu dans cette affaire des Charlie et des Charlots : un journal au bord de la faillite ne tirant qu’à trente mille exemplaires a pu en vendre cinq millions, réalisant au passage des bénéfices inespérés sur les corps encore chauds de ses éditorialistes les plus célèbres en provoquant d’autres morts à des milliers de kilomètres de là. En outre, la côte de popularité du président a grimpé de 21 points dans les sondages et celle de son premier ministre de 17. L’Etat doit-il permettre qu’un groupe de provocateurs, en pleine connaissance de cause et surtout des risques encourus, continue d’agiter le chiffon rouge sous le nez de certains illuminés au point de provoquer une déflagration sociale ? Il appartient aux Français d’y répondre de la façon la plus convenable.

La France est un grand pays qui a du ressort mais parlons surtout de cette autre France qui fait rêver et crée des émules en Europe : la France des Bleus. Une France plurielle qui rassemble largement et qui gagne comme en 1998. Cette France-là est un modèle qui peut freiner les extrémismes, tous les extrémismes.

Mahamadou Camara
Email : camara_m2006@yahoo.fr




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