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mercredi 18 octobre 2017
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Gestion des crises : l’indispensable retour aux sources

La gestion des crises en tant que processus de prévention, de réconciliation, et d’anticipation des conflits futurs, a insuffisamment pris en compte le rôle et la place des dépositaires des légitimités coutumières et religieuses.

Snobisme, conformisme vis-à-vis de cultures étrangères sur fond d’émancipation ou d’acculturation et de déracinement social ? Les proportions jamais égalées dans l’histoire de notre nation de la crise multidimensionnelle de 2012, ont étalé au grand jour cette insuffisance. Désormais, il y a une unanimité à reconnaître ces autorités traditionnelles et les leaders religieux, comme pouvant réussir là où la gouvernance moderne accumule les échecs. Prise de conscience tardive de ce pouvoir exceptionnel? Là n’est pas la question, d’autant plus que dans le for intérieur de chaque Malien, il y a une parcelle de lumière qui éclaire sur le rôle et la place des uns et des autres dans la société. De même que les événements qu’à chaque fois que les pouvoirs publics sont confrontés à leurs propres limites, ils appellent à la rescousse les dépositaires des légitimités pour démêler des situations inextricables pour eux.

La vraie question, est l’acceptation de l’évidence : la complémentarité entre les pouvoirs publics et les dépositaires des légitimités coutumières et religieuses. Sur ce point, l’on devrait pouvoir parler de prise de conscience.

C’est dans cette logique de ressaisissement collectif que le processus de réconciliation enclenché après la libération des principales villes du Nord de l’occupation djihadiste tente de mettre au cœur des actions, les légitimités et autorités traditionnelles.

Si l’Association CRI 2002  a été le précurseur dans cette voie, la démarche actuelle témoigne de la justesse et de la pertinence de sa vision. Rien de durable ne se construit dans nos sociétés en faisant abstraction de tout ce qui en constitue les fondements. Ainsi, que ce soit les états généraux de la décentralisation, les Assises nationales sur le Nord, les foras organisés dans les régions sur la réconciliation nationale, il y a une constante : revaloriser le rôle et la place des légitimités et autorités traditionnelles.

Comme tout choix, celui de remettre ces légitimités et autorités dans le rôle et la place qui sont les leurs, exige une part de rupture.

La vision de la gouvernance devrait évoluer pour faire place à cette gouvernance traditionnelle qui n’aurait jamais dû être mise sous l’éteignoir au profit d’un modèle importé mal assorti des réalités nationales.

La rupture devrait également s’opérer au plan individuel de sorte que chaque représentant de l’Etat comprenne qu’il n’est pas le nombril du monde et que les choses iraient beaucoup mieux sans lui, dans bien des cas, s’il permettait l’expression de nos valeurs traditionnelles. Le choix est douloureux, mais il est impératif pour éviter les graves erreurs de gouvernance qui ont plongé le pays dans le chaos.

L’homme malien, tout court, devrait comprendre que l’on ne s’épanouit pleinement qu’en ayant les racines profondément plongées dans des valeurs propres. Des pays comme le Japon en sont la plus parfaites illustration. Ils ont atteint les sommets du progrès technologique en restant eux-mêmes, fidèles à leurs traditions, à leurs rites.

Le défi est grand, mais pas insurmontable si tant est que des enseignements auront été tirés de la crise qui a fait ce grand pays la risée du monde entier.

 Par Bertin DAKOUO

 




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