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lundi 16 octobre 2017
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Gestion des finances: retour sur une année de scandales

L’année qui vient de s’achever aura été non seulement pour le régime d’IBK une année pleine d’espoir en termes de promesses d’aide, de confiance retrouvée et d’accompagnement des partenaires et des amis du Mali, mais également celle de bien des affaires et de scandales qui ont émaillé la première année de son mandat au point d’ébranler le régime jusque dans ses fondements. Il s’agit notamment ceux relatifs à l’acquisition par l’État d’un avion de commandement du Chef de l’État et divers équipements militaires au profit du ministère de la Défense.
Si le régime s’en est sorti avec image grandement écornée, il n’en demeure pas moins que le chapitre épineux, qui a tant mobilisé les énergies (majorité présidentielle, opposition et société civile), est désormais clos avec le retour en grande trompe des partenaires qui avaient momentanément fermé les robinets.
L’année 2014 n’a pas été de tout repos pour le Président IBK et son gouvernement dirigé par Moussa MARA. Le régime ayant été pris dans la tourmente de différentes affaires qui ont éclaboussé le régime au point de se voir ses partenaires traditionnels lui tourner le dos pour un bon moment. Le plus entreprenant parmi ces partenaires financier a été le Fonds monétaire international, lequel a bousculé le régime jusque dans ces derniers retranchements.

Les raisons d’un désamour
En toile de fond de ce désamour: l’acquisition par l’État malien d’un avion de commandement pour le Président de la République pour un coût de 20 milliards de FCFA, et l’achat au profit du ministère de la Défense et des anciens combattants de divers matériels et équipements militaires pour une valeur de 69 milliards de FCFA.
Pour l’acquisition de l’avion présidentiel auprès des sociétés Akira Investments et Ski Color, le ministère des Finances a contracté un emprunt de 17 milliards de FCFA passé, auprès de la Banque de développement du Mali.
Le gouvernement avait justifié l’achat par le coût élevé des contrats de location d’avions auprès de la compagnie Afrijet.
Quant au contrat d’équipements militaires, la société adjudicatrice, Guo-Star, avait sollicité le financement de la Banque Atlantique, qui avait subordonné son accord à une garantie de 100 milliards de FCFA de l’État, obtenue «illégalement» auprès du ministère des Finances.
Mais pour autant, les divergences entre l’institution financière et le Mali ne tenaient pas à l’opportunité ou même au bien-fondé de ces acquisitions. Car, il n’appartient pas, en effet, au FMI d’apprécier une décision souveraine d’un État souverain. En d’autre termes il ne revient pas à Bretton Woods de dire ou de juger si les autorités maliennes avaient droit ou avaient raison de se payer un avion présidentiel ou non encore moins d’acheter des équipements pour ses soldats.
Ceci expliquant cela, dès le début de ces affaires rocambolesques, le régime s’est empressé à expliquer les vraies raisons et l’opportunité de l’achat du Boeing 737-700 au profit du Président de la République.
Cet appareil, explique-t-on dans le milieu et dans la sphère gouvernementale, en plus de ses plus-values de sureté, de sécurité et de gain de temps, est d’un intérêt qui dépasse les seules personnes des autorités couramment citées dans cette affaire. Car, à l’image de toutes les puissances (États) du monde qui se respectent, réplique-t-on, le Mali a le droit et l’opportunité pratique de posséder un avion de commandement qui intègre à la fois les besoins de déplacement de l’État et le patrimoine public, propriété inviolable du peuple tout entier.

La lecture officielle
Un autre argument, mis en avant par les fervents défenseurs de cette acquisition, c’est le fait pour eux de faire remarquer que l’avion en question, (qui fait tant de polémiques subjectives et ciblées sur les autorités: le Président IBK et le premier Ministre Moussa MARA), est un bien immatriculé au patrimoine public de l’État (ministère de la Défense) comme n’importe quel bâtiment ou véhicule roulant acquis pour le bon fonctionnement des institutions publiques émanant de la volonté démocratique de construire un État moderne fier de son passé et engagé à symboliser l’honneur et la dignité de son peuple qui vient de sortir courageusement de la tragédie injuste connue du monde entier. Et d’ajouter que cet appareil est, avant toute autre considération, un outil de travail indispensable pour conduire une diplomatie à la dimension des enjeux actuels du Mali sur la scène internationale et assurer les missions institutionnelles dévolues.
Quant au contrat de fourniture de matériel et d’équipements militaires, l’on avance également qu’il a été fait conformément à la réglementation en vigueur en République du Mali, au moment de la signature du contrat qui veut que le ministre de la Défense et des anciens combattants et celui de la Sécurité, du fait d’une disposition de l’article 8 du code des marchés publics, ont le droit ou la possibilité de passer des marchés qui requièrent certains niveaux de secret défense ou bien éventuellement des marchés, du fait de leur sensibilité, en terme de sécurité et autres, ne peuvent pas souffrir qu’il y ait un appel d’offres ouvert.
Selon toujours le milieu officiel, le contrat d’achat des équipements militaires se situait dans ce cadre précis.
Mais la question centrale posée par ces deux marchés était de savoir si les modalités d’acquisition de l’avion et des équipements ont-elles violé la réglementation nationale applicable en la matière ?
Pour le régime, il ne fait aucun doute que ces actes ont été produits dans le bon ordre, compte tenu de l’architecture constitutionnelle et réglementaire du moment. Des argumentaires développés par le gouvernement, toutes les garanties réglementaires et techniques ont entouré de bout en bout l’acquisition de ces biens publics. Il s’agit notamment du code des marchés publics avec l’exigence de les intégrer dans le collectif budgétaire de l’année 2014.

Les griefs du FMI
Une autre garantie supplémentaire résidait dans le fait que les opérations d’achat d’aéronef et des équipements militaires n’entamaient en rien, ni l’équilibre budgétaire des comptes publics, ni les engagements du Mali vis à vis des bailleurs ou des PTF dont le FMI avec qui notre pays collabore depuis une trentaine d’années sans aucune contrainte de part et d’autre.
Cependant, il convient de rappeler que cette lecture officielle était complètement différente de celle du Fonds monétaire international.
La brouille entre le FMI et le Mali, comme l’a bien expliqué Anton Op BEKE, représentant résident de l’institution, lors d’une de ses sorties publiques, était de deux ordres: les dépenses engagées dans l’acquisition de ces deux marchés n’ont pas respecté l’orthodoxie budgétaire, d’une part, et elles juraient avec les règles de la transparence, d’autre part.
Or, en ces deux matières, le FMI est au plan international, le gendarme de la moralité des engagements financiers des États, notamment sous ajustement. Parce que sa vocation est de donner des avis, et ceux-ci servent généralement de boussole et de garantie pour les partenaires techniques et financiers.
Cependant, s’il n’appartient pas, en effet, au FMI d’apprécier une décision souveraine d’un État souverain, quelle est alors l’implication du FMI dans ces affaires?
La réponse tient aux relations qui lient l’institution financière à notre pays singulièrement dans le cadre du programme FEC (Facilité élargie de crédit). C’est dans ce sens que le Mali a reçu du FMI un prêt de 23 milliards de FCFA, à décaisser en tranches semestrielles de 2013 à 2016 sur la base des revues semestrielles.
Aussi, ce programme FEC contient-il un grand nombre d’engagements pris par le gouvernement. Un des engagements clés est de passer des budgets annuaires prudents et de rester dans les limites de ceux-ci. Un autre engagement est d’adopter une bonne gouvernance en matière des finances publiques.
Ces engagements assurent que le gouvernement n’empruntera plus ce qu’il ne peut raisonnablement payer sous forme de service de la dette, et ne dépensera pas au-delà de sa capacité. En autres mots, l’objectif est d’assurer ce qu’il convient d’appeler « la stabilité macroéconomique. »
Au début de sa conception, tout se déroulait comme sur la roulette.
Le programme FEC actuel a été approuvé en Décembre 2013. En mi-mars 2014, une mission du FMI a séjourné dans notre pays pour préparer la première revue. Ce qui d’ailleurs s’est bien passé.

Clash entre les deux partenaires
À la fin de son séjour, la mission a publié un communiqué de presse positif, et a annoncé que le Conseil d’administration du FMI discuterait de la revue en Juin 2014. Mais, subitement cette bonne appréciation a commencé à changer.
L’institution financière, qui avait déjà accordé deux aides d’urgence au Mali, avait découvert dans la presse locale que le Chef de l’État avait acheté un avion présidentiel de 40 millions de dollars (soit 20 milliards FCFA) sans appel d’offres et aux termes d’une transaction qui n’était pas inscrite dans la Loi de finances 2014, ni dans le projet de Loi de finances rectificative, présenté au service du FMI pendant la mission de mars.
Un autre point avait considérablement ému l’institution: l’armée avait commandé, là encore sans appel d’offres, pour 140 millions de dollars (soit 69 milliards de FCFA) des équipements non militaires à une petite société malienne sous dotée financièrement: Guo Star.
Le gouvernement avait toutefois décidé d’apporter sa garantie à hauteur de 100 milliards de FCFA pour couvrir d’éventuelles dettes contractées par cette entreprise, qui était alors liée, d’après certaines sources, à un conseiller présidentiel. Mais ce qui a plus choqué le FMI et par-delà toute l’opinion publique et internationale, c’est que la transaction, après vérification, faisait par ailleurs l’objet d’une « surfacturation massive » d’environ 30 milliards de FCFA, selon le FMI.
Ces opérations « nous ont fait douter de l’engagement des autorités à mener une bonne gestion publique », avait commenté M. Josz, chef de mission FMI au Mali.
Face à un tel scandale qui a été mis au grand jour, les services du FMI ont, par conséquent, en mai 2014, informé le gouvernement que la première revue serait retardée au-delà de Juin. Sanction justifiée ou simple précaution de l’institution?
En tout cas, cette décision, qui a été à l’origine de la traversée de désert dont notre pays a connue durant près de sept mois, a été suivie par plusieurs autres bailleurs de fonds, y compris la Banque mondiale et l’Union européenne, qui étaient sur le point de faire des décaissements de l’appui budgétaire importants. Ces derniers ont annoncé, à leur tour, le retardement de leurs décaissements au profit de notre pays jusqu’à ce que le FMI trouve un accord avec le gouvernement. Ce qui n’est d’ailleurs pas surprenant. Ce d’autant plus que les bailleurs de fonds s’orientent généralement sur le programme FMI du gouvernement pour leur conditionnalité macroéconomique.

Article 8 du code des Marchés publics comme artifice ?
Pour le cas du Mali, le FMI estime que c’est un artifice de recourir au secret défense (article 8 du code des Marchés publics) pour passer de gré à gré des marchés d’un total de 135 milliards de FCFA, dont un marché de 69 milliards pour des équipements militaires, accordé à Guo-Star et d’autres marchés parmi lesquels l’avion présidentiel, accordés à d’autres personnes pour un montant total de 66 milliards de nos francs.
En égrainant les irrégularités et les manquements au passif au gouvernement dans le cadre de ces deux affaires, l’institution a trouvé inapproprié de mettre le nouveau Boieng 737 au compte de l’armée alors que généralement la question de l’avion présidentiel relève du domaine de l’aviation civile.
Elle a aussi fustigé le fait que dans l’exécution des marchés, l’orthodoxie financière n’est pas toujours observée, comme par exemple lorsqu’un fournisseur va acheter une paire de chaussettes en Chine à 1500 FCFA pour venir la vendre au Ministère de la défense à plus de 10 000 FCFA.
C’est pourquoi, le FMI a exigé et obtenu du Mali que soient réalisés des audits sur ces acquisitions autour desquelles il y a beaucoup de suspicions légitimes.
Les audits faits, par la Cour suprême et le Bureau du vérificateur général, ont effectivement établi, au grand dam du régime, à de nombreuses irrégularités, d’abus, de détournements et de malversations sur plusieurs dizaines de milliards de FCFA.
Leurs vérifications ont mis en lumière plusieurs infractions, notamment, une surfacturation d’un montant de 24 milliards de FCFA dans un contrat conclu par entente directe et l’utilisation frauduleuse par le fournisseur d’un montant de 9 milliards de FCFA.
Des accusions que les avocats de la société Guo Star ont réfuté en soulignant que dans notre pays, il n’existe pas une mercuriale des prix pour ce qui est des matériels et équipements militaires. Autrement dit, qu’aucun texte législatif ou règlementaire n’impose des prix planchers et plafonds à pratiquer en matière de fourniture des matériels et équipements militaires.
Dès lors, indique-t-on dans ce milieu, en l’absence d’un tel référentiel, on ne saurait conclure, d’une part, à une surfacturation, et de l’autre, les fournisseurs sont libres de pratiquer les prix qu’ils veulent ou qu’ils peuvent.

La réplique de Guo Star
C’est du moins ce qu’ils ont tenté de faire croire en brandissant l’ordonnance N° 07025 PRM du 18 juillet 2007, relative à la liberté des prix qui dispose en son article 3: «Les prix des biens, produits et services sont libres sur toute l’étendue du territoire national et sont déterminés par le seul jeu de la concurrence. Toutefois, dans les secteurs économiques et dans les localités où la concurrence par les prix est limitée, pour quelque raison que ce soit, dans les situations de crise ou dans les cas de hausse excessive sur le marché, le gouvernement peut, par décret pris en conseil des Ministres, réglementer les prix ou les fixer».
Et l’article 4 d’ajouter: «Est interdite à toute personne toute forme de pratique de prix imposé. La marge, ou le prix de revente d’un bien, d’un produit, d’une prestation de service est présumée imposée dès lors qu’il lui est conféré un caractère minimal ou maximal».
Dès lors en vertu de ces dispositions et de l’article 8 du Code des marchés publics, relatif au secret-défense, le ministère de la Défense, client de la société adjudicatrice, et ayant accepté le prix proposé, l’on ne saurait parler de surfacturation.
Mieux, démontrent ses avocats, les factures proformas auxquelles le Vérificateur fait allusion sont partie intégrante du protocole d’accord, ce qui démontre qu’il n’y a aucune intention de dissimuler des informations quant à la détermination des prix des fabricants et ceux du fournisseur.
Des agitations stériles qui n’ont pas ébranlé le FMI dans sa volonté de faire plier le régime et lui contraindre à respecter les règles du jeu de la transparence, auxquelles il est convenu avec le Fonds monétaire international, lors de sa dernière mission en septembre 2014.
Mis sous pression, le gouvernement a, depuis, corrigé le code des marchés publics et accepté la publication de deux audits indépendants ayant révélé des manquements aux règlements, qui sont désormais aux mains de la justice.
Comme l’ont recommandé la Section des comptes et le Vérificateur général, les autorités ont également annulé la garantie de 100 milliards de FCFA. Conséquence: le gouvernement ne paiera pas le supplément de 24 milliards de FCFA, facturé par la société Guo Star. Sans compter le fait qu’il a réduit ou annulé un grand nombre de contrats militaires, soit une économie totale de 75 milliards de FCFA, pour lesquels la fourniture de marchandises n’a pas encore commencé, ce afin de réduire les achats militaires extrabudgétaires.

La reculade du régime
Autres retombées de cette pression: le gouvernement a intégré l’achat extrabudgétaire d’un aéronef (0,3 % du PIB) ainsi que d’autres dépenses militaires (0,4 % du PIB) et non militaires (0,1 % du PIB) extrabudgétaires dans deux lois de finances rectificatives, ce qui a porté le déficit budgétaire global à 5,5 % du PIB en 2014.
Par ailleurs, les autorités se sont engagées à mettre un terme à toutes les dépenses extrabudgétaires et à rendre compte périodiquement du respect de cet engagement aux services du FMI.
Elles se sont aussi engagées à soumettre tous les prêts et propositions de garantie à l’approbation du Comité de la dette, qui est présidé par le ministre de l’Économie et des Finances.
Enfin, le Conseil des ministres a pris un décret en vertu duquel les marchés publics futurs exigeant le secret devront faire l’objet d’appels d’offres concurrentiels auxquels pourront participer les soumissionnaires qualifiés. Le Contrôle général des services publics (CGSP) vérifiera le déroulement des procédures de passation de ces marchés publics et produira un rapport chaque année à la Commission de la défense de l’Assemblée nationale.
Après avoir obtenu de nos autorités, la publication des rapports d’enquêtes dans l’affaire de surfacturation de l’avion présidentiel et d’équipements militaires, les institutions financières ne veulent plus s’arrêter en cours de route. Elles réclament la tête des ministres et d’autres personnalités, dont les noms sont cités dans lesdits rapports.
«Le Gouvernement ferait un rapport publiquement sur l’état d’avancement de l’application des sanctions contre les personnes présumées d’avoir violé les lois ou de ne pas avoir respecté les règles budgétaires ou passation des marchés. Ces sanctions peuvent être de nature politique, administrative ou pénale. Ce rapport nous attendons très bientôt», a insisté Anton Op de Beke.
Ces déclarations du représentant du FMI qui, l’on se rappelle, ont rajouté à un climat tendu de suspicion quant à la volonté du gouvernement de respecter ses propres engagements.
Mais force est de reconnaitre que si la réalisation de certains engagements souscrits a permis de décrisper la tension entre le Mali et le FMI, il n’en demeure pas moins que le régime avait traîné les pieds sur l’une des principales exigences mises sur la table par son partenaire: l’application des sanctions administratives et judiciaires contre les personnes convaincues d’avoir enfreint aux lois relatives au budget, à la passation de marché ou toute autre loi dans le cadre de ces transactions.

Les premières victimes
Certes, la publication d’un rapport d’étape sur l’application des sanctions, qui constituait une action préalable pour la première et la deuxième revue de l’accord FEC, a été faite par le Gouvernement en novembre 2014. Mais elle ne donnait aucune indication quant à la volonté réelle ou supposée du régime de satisfaire une telle exigence. Sauf que le gouvernement a informé le FMI que les dénonciations des faits ont été communiquées par le Vérificateur général au Procureur de la République près du Tribunal de grande instance de la commune III. Et depuis, une information judiciaire a été ouverte. Ce qui fait que le gouvernement, en vertu de la séparation des pouvoirs, a décidé de laisser la justice de connaitre librement ces dossiers sans interférence.
Simple respect démocratique ou fuite en avant ?
En tout cas, cette requête de sanctions n’est pas seulement une simple volonté du FMI d’en imposer à notre pays. Elle est aussi le souhait de l’ensemble de la composante du peuple malien (Majorité présidentielle, Opposition et Société civile) qui a dénoncé le fait que depuis plus de cinq décennies le Mali « n’a jamais vu une telle frénésie boulimique de détournement de l’argent public et une telle atmosphère nauséabonde de pratiques proprement mafieuses de la part d’agents de l’État et de leurs partenaires affairistes étrangers ». Et d’inviter le Président de la République et son Premier ministre à prendre des sanctions draconiennes qui s’imposent contre les auteurs et complices des ignobles malversations financières perpétrées aux dépens du peuple et de l’État maliens.
Aussi, plusieurs voix se sont levées pour réclamer la démission immédiate des ministres incriminés dans l’affaire du marché de défense nationale.
La sortie, dans le gouvernement actuel, de plusieurs ministres, cités dans ces affaires, (BOUARE Fily SISSOKO, ministre de l’Economie et des finances; Moustapha Ben BARKA, ministre de l’Industrie et de la promotion des investissements ; Mahamadou CAMARA, ministre de l’Économie numérique, de l’information et de la communication) procède-t-elle de cette soif de justice des Maliens et des partenaires financiers?
Tout semble le croire. Ce d’autant plus que les observateurs avertis de la scène politique s’attendaient à ce lavage dans l’écurie par le Président IBK pour ne pas donner l’impression à son peuple que ses proches sont au-dessus de la loi.
Des siens ont également décidé de poignarder dans le dos le Président IBK. C’est du moins ce qu’a déclaré Boulkassoum HAIDARA, président de la Convention des partis politiques de la majorité présidentielle (CMP) lors de la rentrée politique de ce regroupement politique, le samedi 15 novembre dernier au Centre internationale de conférences de Bamako.

Le poignard dans le dos
«Les affaires de surfacturations, relayées par une certaine presse haineuse, sont le fait de personnes en qui IBK avait confiance mais qui l’ont trahi… », a-t-il indiqué. Avant de poursuivre que ces affaires ont prouvé qu’au Mali, il n’y a plus de secret d’État, encore moins de secret de défense.
En entendant le résultat des enquêtes du Procureur de la République, aux termes desquelles d’aucuns espèrent voir des têtes tombées dans les mailles du filet de la justice, l’on ne s’étonne point que les casseroles que traîne le gouvernement, dans ces affaires de l’achat de l’avion présidentiel et plusieurs contrats d’armement surfacturés, n’ont pas fini de faire jaser à Bamako. Elles ont déjà valu au Mali la suspension des aides budgétaires de ses bailleurs internationaux, en juin, et continuent de perturber le gouvernement.
« Nul n’est au-dessus de la loi », a martelé Moussa MARA, le Premier ministre, alors que c’est désormais le cercle rapproché du Président Ibrahim Boubacar KEITA qui est visé.
De fait, après le licenciement du directeur financier du ministère de la Défense et la garde à vue de 48 Heures, imposée en début octobre 2014, à Soumeylou Boubèye MAIGA, ancien ministre de la Défense, par la Brigade financière de Nanterre de Paris, c’est Sidi Mohamed KAGNASSI, Conseiller spécial du Chef de l’État, qui a remis sa démission. M. KAGNASSI, supposé être à tort ou à raison comme le patron de la société d’import-export Guo-Star, celle-là même qui était sensée fournir à l’armée en matériel, à hauteur de 69 milliards de F CFA, soit environ 80 % du budget de la Défense.
IBK est-il au-dessus de tout soupçon ?
En tout cas, jusqu’à preuve du contraire, il n’y a aucun élément dans les deux dossiers à même de le mouiller, ni même de l’éclabousser.
D’ailleurs, la Présidence de la République, gratuitement mise en cause, est sortie confortée au terme de la mission du FMI, conduite par Monsieur Christian Josz, du 11 au 25 septembre 2014 dans notre pays.
Pour le Président IBK, l’acquisition de l’avion est une décision souveraine du Mali et, d’autre part, le prix indiqué était conforme à ceux du marché international.
Aussi, conscient que le budget d’État 2014 est un budget de crise, élaboré par la Transition qui ne prend pas en compte les priorités du programme présidentiel, plus particulièrement celles liées à la gestion pragmatique de la crise sécuritaire, le Fonds monétaire international (FMI) a tout simplement recommandé que soit inscrit au budget d’État, à travers un autre collectif budgétaire, les dépenses liées à l’achat des équipements militaires et stratégiques.
Alors, il faut le dire haut et fort, IBK a la réputation d’être un homme honnête, sincère, jaloux de la chose publique. En un mot, un grand patriote. C’est pourquoi, il a été élu à plus de 77% des suffrages exprimés. Premier ministre, Président de l’Assemblée nationale, il n’a jamais été pris à défaut. Ce n’est pas aujourd’hui, Chef de l’État, où l’honneur et la dignité constituent son essence, où la libération du pays le préoccupe plus que tout, qu’il va se livrer à des malversations financières. Ainsi, ceux qui pensent que Soumeylou Boubèye MAIGA a chargé le Président IBK dans lesdits dossiers, en affirmant qu’il était au courant de chaque étape de la procédure de ces marchés, se trompent lourdement. Pour la simple raison que Boubèye n’a jamais reconnu les surfacturations et la mauvaise gestion qu’on lui reproche.

La balle dans le camp de la justice
Il y a eu, certes, malversations. Mais à quel niveau de responsabilité ? C’est là que les Maliens et les partenaires techniques et financiers attendent d’être édifiés par la Justice à travers des preuves solides et suffisantes.
Pour montrer sa ferme volonté qu’il ne serait pas un frein à la manifestation de la vérité dans ces deux affaires sombres qui ont tacheté son premier quinquennat, IBK a répété, à qui veut l’entendre au cours de ses rencontres avec la majorité et l’opposition, qu’il ne couvrira personne y compris son propre entourage.
«Nous attendons les rapports de la Cour Suprême et du Bureau du Vérificateur général pour engager les actions idoines. Ce qui est sûr, c’est que je ne protégerai personne.
La justice malienne œuvrera en toute indépendance, sans aucune entrave de notre part. Que toute la vérité soit sue par notre peuple. Les mesures administratives préconisées seront mises en œuvre. Certaines l’ont déjà été et se poursuivront», avait-il rassuré ses interlocuteurs.
Après la période froide dans les rapports entre le Mali et le FMI, suite à la polémique née de l’achat de l’avion présidentiel et du contrat militaire, où l’on a observé un gel de décaissement entre les deux partenaires, c’est alors la reprise de la coopération économique et financière, avec l’approbation du dossier Mali par le Conseil d’administration du FMI le 25 septembre 2014.
Les solutions acceptées par les autorités maliennes ont été suffisamment fortes pour convaincre l’institution financière d’aller de l’avant.
Naoyuki Shinohara, Directeur général adjoint et Président par intérim du Conseil d’administration du FMI s’est félicité personnellement de ces résultats en déclarant que les autorités ont tiré les leçons de ces manquements et ont durci l’application des règles budgétaires et de passation de marché afin de minimiser désormais les irrégularités dans la gestion des dépenses publiques.

Dénouement heureux
Ce qu’il en résulte, c’est que le gouvernement, à travers le ministère de l’Economie et des Finances, peut présentement refermer cette page trouble de sa coopération avec le FMI pour résolument s’intéresser à d’autres préoccupations nationales. Il est logique et opportun, selon de nombreux responsables de l’hôtel des finances, que le gouvernement, dans le contexte de la relance économique, observée depuis le retour des appuis budgétaires, puisse mettre le cap sur la mobilisation accrue des ressources publiques.
Le ministère de l’Economie et des Finances qui s’est beaucoup mobilisé, durant ces derniers mois sur ce front bouillant des relations avec le FMI, ne sera pas en marge de cette nouvelle dynamique enclenchée. Et pour cause ? L’hôtel de finances, comme cela nous a été donné d’observer, est autrement plus requinqué à renforcer ses capacités d’actions en vue de doper l’économie malienne.
Le fait pour certains esprits de s’éterniser sur la polémique, liée à l’achat de l’avion présidentiel et du contrat des équipements militaires, en alimentant diversement la polémique, plutôt stérile que instructive, en dépit de nombreuses clarifications apportées par les responsables du ministère de l’Economie et des Finances, obéissait à une logique politique de pression qui, on le voit aujourd’hui, n’est plus de mise. Pour la bonne raison que le FMI, qui avait émis certaines réserves sur ces deux opérations, estimant qu’elles n’avaient pas été prévues initialement dans le budget d’État, est lui-même enclin à mieux apprécier les mesures préconisées par les pouvoirs publics, en matière de gestion et de transparence des finances publiques.
Par Mohamed D. DIAWARA




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