Gestion des risques d’insécurité alimentaire: la mutuelle Panafricaine prend forme

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La salle de conférence du Commissariat à la sécurité alimentaire abrite, depuis hier, les travaux d’un atelier sous régional de trois jours sur le logiciel Africa Risk View. La rencontre qui marque le début des travaux des pays s’inscrit dans le cadre la mutuelle panafricaine de gestion des risques, African Risk capacity (ARC).

Les travaux, auxquels prennent part les participants venus du Sénégal, du Burkina Faso et du Tchad, sont présidés par Mme DICKO Bassa DIANÉ, en sa qualité de Superviseur national de l’ARC/Mali et non moins Adjointe du Commissaire à la sécurité alimentaire.
La mutuelle panafricaine de gestion des risques, encore appelée African Risk capacity (ARC), est une institution spécialisée de l’Union africaine (UA), qui a pour but de permettre aux États de se prémunir contre les risques d’insécurité alimentaire consécutifs aux catastrophes naturelles, en leur fournissant le financement nécessaire à assurer la protection des populations les plus vulnérables en cas de crise alimentaire.
L’ARC ou mutuelle panafricaine de gestion des risques vise donc à fournir des couvertures d’assurance aux gouvernements africains contre les risques d’inondation, de sécheresse ou de cyclone, en leur apportant l’aide nécessaire au renforcement des dispositifs nationaux existants en matière de lutte contre les aléas climatiques.
En somme, cette mutuelle panafricaine de gestion des risques est considérée comme un mécanisme d’assurance novateur contre les risques climatiques extrêmes, conçu pour aider les États membres de l’Union africaine à surmonter les ravages causés par la sécheresse. Dans sa forme actuelle, le mécanisme international de réponse aux catastrophes naturelles n’est pas aussi rapide ou équitable qu’il pourrait l’être. Le financement est en grande partie assuré sur une base ponctuelle après une catastrophe, et ce n’est qu’à ce moment que les secours peuvent être mobilisés et acheminés auprès de ceux qui en ont le plus besoin. Ce délai se traduit par des pertes en vies humaines et un épuisement des ressources, tandis que les acquis du développement accusent un net recul, exposant un nombre toujours plus élevé de personnes à la misère chronique et à l’insécurité alimentaire dans les pays les moins développés.
En tant que réponse panafricaine aux besoins les plus pressants du continent, la mutuelle de l’ARC permet aux états (et aux agriculteurs et éleveurs qu’ils protègent) de transférer le fardeau des risques climatiques à l’ARC, plus à même de gérer ces risques.
L’insécurité alimentaire et nutritionnelle étant l’une des préoccupations des pays du Sahel, ce sont plus de 23 millions de personnes qui sont toujours affectées, selon le Superviseur national de l’ARC/Mali, par l’insécurité alimentaire. Sans compter que ces personnes, a révélé Mme DICKO Bassa DIANÉ, sont susceptibles de voir leur situation se détériorer rapidement au cours de l’année 2016. Parmi elles, estime-t-elle, 5,9 millions d’enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition aigüe et 6,2 millions de personnes sont en insécurité alimentaire sévère. Toute chose qui pourrait s’amplifier si une sécheresse éventuelle survenait dans le Sahel dans les mois à venir.
En fusionnant les approches traditionnelles de secours en cas de catastrophe et la quantification avec les concepts de partage des risques et le transfert de risque, l’ARC aide ainsi à créer un système de réponse au désastre panafricain qui répond aux besoins de ceux affectés d’une façon plus marquée.
En tous les cas, cette institution financière, gérée de bout en bout par des intervenants africains et placée sous l’égide de l’UA, s’appuie sur le logiciel Africa RiskView, un système de surveillance météorologique par satellite extrêmement performant et mis au point par le Programme alimentaire mondial (PAM) afin d’évaluer le montant nécessaire des fonds à allouer aux pays africains touchés par des épisodes de sécheresse sévère. Étant donné que de telles sécheresses ne surviennent pas la même année dans toutes les régions du continent, la solidarité panafricaine est un mécanisme financièrement efficace lorsqu’elle prend la forme d’une mutuelle de gestion des risques liés aux catastrophes naturelles comme l’ARC. En effet, la mutualisation des risques à l’échelle du continent couvre plus de la moitié des fonds d’urgence nécessaires aux pays touchés, tout en limitant leur dépendance à une aide extérieure.
Le fonctionnement de l’ARC a pour objectif de tirer parti de la diversification naturelle des risques climatiques en Afrique et de permettre aux pays membres de gérer collectivement ces risques et d’assurer une bonne gestion financière afin de pouvoir réagir face à des risques probables, mais incertains. L’ARC recourt à des mécanismes de financement modernes, comme la mutualisation et le transfert des risques. Les pays africains peuvent faire un usage innovant de ces techniques et les mettre en œuvre afin de diminuer le coût des interventions menées en réponse à une catastrophe naturelle avant qu’elle ne débouche sur une crise humanitaire et ainsi offrir une aide plus adaptée aux populations touchées.
De ce fait, l’ARC constitue une première étape importante pour la mise en place d’une stratégie de gestion des risques climatiques extrêmes gérée exclusivement par les pays africains.

Par Mohamed D. DIAWARA

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