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samedi 20 avril 2019
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Gouvernance: l’incurie totale

Entre crise d’excentricité, gestion névrotique des relations avec les partenaires, le régime, grisé et pris en otage par une coterie de courtisans, devient caractéristique d’une incurie totale.

A Koulouba, l’objectif est atteint : un second et dernier mandat, à mille lieues de l’honneur et du bonheur des Maliens promis en 2013 et en flagrante contradiction de ‘’Anw Ka MALIBA be Ka Taa Gnè’’, parce qu’il fait du surplace avec des lueurs qui ne sont que des leurres.

Un malaise criard

Le bonheur des Maliens ? Mesurons-le à l’aune de la flopée de revendications catégorielles.

Jamais dans l’histoire du Mali, il n’y a eu autant de grèves. En cause, dans le cas de la grève de 72 heures de l’UNTM, autant l’insatisfaction des revendications que le mépris affiché par ses interlocuteurs. Yacouba KATILE, Secrétaire général de la Centrale syndicale n’a pas manqué de fustiger : «quinze jours après le dépôt du préavis de grève, il n y a eu aucune réaction du Gouvernement puisque, c’est le ministre de la Fonction publique qui devrait nous convoquer afin de mettre une Commission de conciliation. Cela n’a jamais été fait et voyant à quelques heures de notre ultimatum, aucun signe de bonne volonté, nous avons maintenu le mot d’ordre de grève des 9, 10 et 11 janvier 2019 ».

Nonobstant les timides réalisations, l’insatisfaction est généralisée, les attentes non comblées, pis la confiance trahie.

Le malaise social est patent. Jamais l’expression ‘’yabe’’ (auto-goal) pour signifier le regret du plébiscite d’un Président de la République, avec plus de 77% des suffrages exprimés, n’a été aussi vraie que sous ce régime.

L’honneur des Maliens ? Il a été longtemps sacrifié sur l’autel d’intérêts sordides d’apparatchiks. Combien de promesses non tenues ? Un étudiant un Ordinateur a été ramené, après 5 longues années d’attente, à la remise de 13 000 Tablettes.

Avec un pouvoir vautré dans le confort de l’inefficacité, de la stérilité, du manque d’imagination, les ambitions légitimes du Mali sont plombées.

Une gestion erratique

De façon générale, la gestion erratique du pouvoir est scandaleuse. Le topo ressemble à ceci : je suis élu pour un dernier mandat dont j’entends pleinement jouir des privilèges. Boubèye, débrouille-toi avec les ‘’aigris’’ de la République. Les griefs de Soumi champion caricaturent à suffisance cette nouvelle configuration : IBK a la main tendue (sans être ni ouverte ni généreuse) ; SBM a le poing fermé (il mate toute contestation au prix de la violation flagrante des libertés individuelles et collectives).

Une des illustrations de l’abdication présidentielle au profit du Premier ministre est le transfert de l’initiative de la prise de décret à ce dernier qui s’en donne visiblement à cœur joie. Coup sur coup, il a pris le Décret N°2019-0015/PM-RM du 14 Janvier 2019 Portant création du Comité d’experts pour la réforme constitutionnelle et le Décret N°2019-0016/PM-RM du 14 Janvier 2019 portant nomination au Comité d’experts pour la réforme constitutionnelle.

Pourtant, l’article 118 de la Constitution du 25 Février 1992 dispose : ‘’l’initiative de la révision de la Constitution appartient concurremment au président de la République et aux députés (…)’’. L’Opposition en a eu les cheveux hérissés, à juste titre, sans se préoccuper, pour l’instant de l’autorité qui convoquera le collège électoral pour le référendum.

Très bien lancé sur sa dynamique, c’est le Premier ministre qui a pris le Décret N°20/PM-RM du 17 janvier 2019, un Cadre de Concertation national (CCN) entre le Gouvernement, les partis politiques et la société civile pour valider les propositions du Comité des Experts. C’est la réponse d’un régime à un Soumi champion qui affirmait, dans sa présentation de vœux à ses militants : « en plus de l’écoute, de l’exigence d’honnêteté et de respect mutuel, le dialogue doit être direct, franc, loyal et basé sur la bonne foi. Un dialogue où la main tendue est ouverte, généreuse et visible. Un dialogue aux contours bien définis sous l’égide de médiateurs avertis et objectifs ». Le même président de l’URD et Chef de file de l’Opposition soulignait après sa rencontre avec une délégation du Parti présidentiel : « le RPM a tendu la main, j’ai pris la main du RPM. Il faut que cela soit clair ; le Président de la République n’est pas le RPM… ».

Il est clair que le Chef de l’Opposition souhaite rencontrer le Président de la République et ce n’est pas une prétention de sa part puisque la Loi N°2015-007/ du 4 Mars 2015 portant Statut de l’Opposition politique lui en confère le privilège aux termes des articles suivants :

Article 15 : ‘’le Chef de file de l’Opposition politique a rang de ministre essentiellement au plan protocolaire.

Il dispose d’un cabinet dont la composition et les avantages sont fixés par un décret pris en Conseil des ministres.

Les crédits nécessaires à la prise en charge du Chef de file de l’Opposition politique et de son cabinet sont inscrits au budget d’Etat’’.

Article 17 : le Chef de l’Opposition politique peut être consulté par le Président de la République ou le Premier ministre, chaque fois que de besoin sur les questions d’intérêt national ou de politique étrangère.

Article 18 : ‘’le Chef de l’Opposition politique peut être reçu en audience par le Président de la République et le Premier ministre, à sa demande, sur les questions d’intérêt national.

Des missions peuvent lui être confiées.’’.

Le complot

La demande du Chef de file de l’Opposition est une rengaine, depuis 5 ans, et les questions d’intérêt national prolifèrent. Mais Jupiter ne veut pas être incommodé sur son mont Olympe.

Les mesures gouvernementales, dans ce contexte, ne sont qu’un risible dilatoire, parce qu’ayant ignoré l’objet. Il est clair que l’Opposition n’attend pas que d’être associée au processus de révision constitutionnelle, mais de voir un véritable ‘’dialogue national républicain’’ aux fins de vider le contentieux ayant donné lieu à une crise postélectorale ; s’accorder sur la réforme administrative.

De ce point de vue, un Cadre de Concertation national (CCN) entre le Gouvernement, les partis politiques et la société civile pour valider les propositions du Comité des Experts est trop réducteur.

Le régime désormais sous les feux croisés des syndicats, de partis politiques d’opposition et du Centre, des organisations de la société civile époussette et remet au goût du jour une vieille recette qui ne prospère plus : la théorie du complot. Depuis le début de la nouvelle année, des idéologues patentés n’ont cessé de hurler au complot et à intenter un procès en sorcellerie à tous ceux revendiquent leurs droits les plus légitimes.

Quoi de mieux, quand on est englué à une place indigente et qu’on s’inscrit dans une dynamique de fuite en avant ? Même s’il était plus réaliste d’aller à des contritions sincères.

PAR BERTIN DAKOUO

 




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