Groupe armé Mnla: protection occulte et chantage

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L’attaque du poste de l’armée d’Intahaka, dans la nuit de vendredi à samedi dernier, et les circonstances dans lesquelles l’arrêt des combats a été ordonné, représentent le dernier épisode en date de la protection dont jouissent les ex-rebelles séparatistes du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) de la part d’une puissance connue de tous.

Encore une fois, le salut est venu des amis étrangers pour le MNLA qui vient de violer le cessez-le-feu signé avec l’État, à travers l’attaque traitresse du poste de sécurité de la Garde nationale d’Intahaka, à quelques dizaines de km de Gao.

Les faits
Des individus débarquent nuitamment et attaquent le poste de sécurité. Lors de l’échange de tirs, ils blessent deux de nos soldats, dont l’un au dos et l’autre au pied ; percent le réservoir d’un véhicule. Face à la détermination des soldats, ils prennent leurs jambes au coup. Désespérés, les assaillants tendent une embuscade déjouée par leurs poursuivants qui sont rejoints le samedi par des renforts composés en grande partie d’éléments de la compagnie para. Les violateurs de l’Accord de cessez-le-feu sont encerclés. Ils arrêtent toute résistance et appellent à leur tour des renforts. Non pas des renforts militaires, pour les sortir du guêpier où ils étaient fourrés. Mais des renforts politiques et diplomatiques. Le coup a fonctionné puisque ordre a été donné par la hiérarchie militaire d’arrêter les combats.

Le commentaire
Le commentaire. Il n’est du goût d’aucune unité combattante de se faire attaquer et après avoir riposté et pris ensuite le dessus sur l’agresseur, le laisser s’en tirer à bon compte. Il est clair qu’à défaut de le neutraliser (si les conditions ne l’exigent pas), le principe est d’en faire un prisonnier.
Mais dans le cas d’espèce, apprend-on de sources bien informées, des mains invisibles, avec une singulière promptitude, entrent en action. Elles mettent la pression sur les autorités. Elles prétextent que cet incident peut mener à une escalade de la violence et faire voler en éclats l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger ; un accord laborieusement obtenu.
L’argument est de taille. L’on ne négocie pas pendant plus de 8 mois un Accord pour le laisser aller à vau-l’eau. La logique voudrait qu’on s’y accroche. Ce, d’autant plus qu’il y a déjà plusieurs milliards injectés dans sa mise en œuvre et qu’il est le socle de l’ensemble du processus de paix et de réconciliation.
Cependant, au regard de l’intérêt stratégique qu’il représente, pour toutes les parties signataires, aucune unité du MNLA ne devrait s’autoriser à le violer. Cela a été le cas par le MNLA. Il n’y a eu aucune condamnation sérieuse de la part d’aucun GENDARME. Et quand l’armée, comme cela se doit, a la possibilité de lui infliger une gifle mémorable, des gens se mettent à aboyer à gorge déployée.
Ce n’est pas le premier sauvetage. Le monde entier a encore vivace en mémoire Tabankort, avec l’établissement d’une zone temporaire de sécurité ; Ménaka et Anéfis, avec des menaces à peine voilées de représailles ; Kidal avec l’établissement d’une zone de sécurité autour de la ville. Le monde entier a assisté à un parti pris avilissant en faveur de la CMA, en raison de l’une de ses composantes qu’est le MNLA.
Plus récemment, en juillet dernier, lorsque le Groupe d’Autodéfense Touareg, Imghad et alliés (GATIA) a infligé une raclée à la Coordination des mouvements armés à Kidal, l’on a assisté à un nouveau sauvetage sous le prétexte très diplomatique d’une interposition de la MINUSMA et de l’Opération française Barkhane. Parce qu’en fait d’interposition, il s’agissait de pousser le GATIA hors de la ville de Kidal, conformément à une exigence de la CMA.

L’alibi
Il n’y a pas de preuve formelle quant à l’implication des soldats de cette troupe interventionniste dans l’affrontement du 21 mai 2014 qui s’est soldé par la débâcle historique des Forces armées et de défense à Kidal. Mais, les témoignages concordent pour affirmer que cela a bien été le cas. Ce serait même l’une des principales causes de la défaite des FAMAS qui avaient nettement l’avantage du terrain aux premières heures de l’affrontement.
La raison de cette protection tous azimuts du MNLA ? Elle est donnée par un ministre mécène de quel pays on sait et qui déclarait sans coup férir : « les Touareg sont nos amis ». Étant donné que c’est dans les moments difficiles qu’on reconnaît ses amis, son pays ne pouvait que voler au secours des agresseurs du GATIA et plus récemment des éléments de la Garde nationale et observer motus bouche cousus sur une violation aussi flagrante qu’éhontée de l’Accord de cessez-le-feu qui est jusqu’à preuve du contraire en vigueur.
L’on est tenté de se demander pourquoi tant de sollicitude à l’endroit d’un groupe armé militairement moribond et idéologiquement misérable et sous la coupe réglée d’un autre groupe d’inspiration djihadiste, à savoir le HCUA lui-même sorti des entrailles de Ansar Eddine. Les démarches sécrètes de prospection entreprises à l’étranger pour trouver d’éventuels partenaires dans la perspective d’exploiter les ressources naturelles au Nord sont un début de réponse. Les amis des Touareg ayant historiquement vécu sur le dos des autres (le coton malien fait vivre plus de 20 millions de personnes dans leur pays, soit plus de l’ensemble de la population du Mali), nos ex-rebelles deviennent alors la poule aux œufs d’or qu’il faut pouponner. Cette piste est d’autant plus crédible que c’est de chez les amis des Touareg qu’il a été dit : « les États n’ont pas d’amis. Ils n’ont que des intérêts ». C’est cela le réalisme chez eux.
Il y a aussi un attachement sentimental fondé sur des relations matrimoniales (ou des histoires de compagnes et de compagnons complexes qui remontent loin dans le temps) qui justifierait cette protection tout risque dont jouit le MNLA. Mais ce lien est mineur comparé aux intérêts économiques.

Par Bertin DAKOUO

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