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jeudi 13 décembre 2018
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Guerre au sommet de l’opposition: Soumi et Modibo se boudent

« Je ne t’aime pas, moi non plus ». Telle semble se conjuguer désormais, l’attitude des deux ténors de l’opposition : Soumaïla Cissé et l’ancien Premier ministre Modibo Sidibé. Assises, l’un à côté de l’autre lors des assises de l’APR, les deux personnes n’ont échangé le moindre mot durant la cérémonie d’ouverture, confirmant ainsi ce grand désamour qui existe entre ces deux têtes d’affiche de notre opposition.

Soumaïla Cissé, président de l’URD, non moins chef de file de l’opposition et Modibo Sidibé, président des Fare assis côte à côte lors de la 2e Conférence nationale de l’Alliance pour la république (APR) tenue, le samedi dernier, au Palais de la Culture de Bamako.
Derrière ces deux figures de proue de l’opposition se trouvaient aussi Djiguiba Keita dit PPR, Secrétaire général du Parena ; Oumar Hamadoun Dicko, Président du PSP ; l’ancien Ambassadeur le Dr Abdoulaye Amadou SY, président du Mplus-Ramata et des Partis unis pour la république (Pur). Voilà apparemment et à vue d’œil une opposition qui a toujours donné une image d’un groupe soudé à toute épreuve et marchant en rang serré.
Mais derrière cette apparence factice, derrière cette douteuse sérénité, se cache mal un désamour qui réunit des animateurs de l’opposition incapable de rester unis pour le meilleur et pour le pire.

Les prémisses
L’un des faits marquants de cette absence d’unité aura été le samedi dernier au Palais de la Culture de Bamako où les deux têtes d’affiche de l’opposition au régime se sont côtoyées pendant plus d’une heure d’horloge, le temps d’une cérémonie d’ouverture, sans échanger le moindre mot. Un comportement, pour le curieux, qui n’a pas échappé à la vigilance de plusieurs observateurs présents sur le lieu. Comme si cela ne suffisait pas, l’ancien Premier, qui a horreur de se faire remarquer aux côtés de Soumi champion, encore moins de rester dans l’ombre de ce dernier, s’est éclipsé juste après l’ouverture des travaux sans prendre part au ballet de la prise de parole et des témoignages des partis politiques invités au pupitre. Toute chose qui a amplifié les commentaires et conforté l’idée selon laquelle le divorce est totalement consommé entre les deux leaders politiques de l’opposition.
Les prémisses de cet état de fait, qui rappellent le degré de désamour qui gagne de plus de plus les rangs de l’opposition politique, qui n’est autre qu’un problème de réflexe identitaire, un creuset de forces hétéroclites qui se sont mises spontanément ensemble, remontent à l’attitude suspecte de Modibo SIDIBE qui se fait rare aux côtés de Soumaïla Cissé.
D’après certaines sources bien introduites, l’ancien Premier ministre, qui est en train de prendre ses distances vis-à-vis de ses amis de l’opposition, ne partageaient plus depuis un certain temps la même lecture des évènements avec ces derniers. Avec en toile de fond, une guerre larvée de positionnement et de leadership entre le chef de file, Soumaïla Cissé et leader du nouveau courant de l’opposition : le Nouveau pôle politique de la Gauche républicaine et Démocratique (NPP), Modibo Sidibé. Le point d’orgue de cette guerre ouverte entre les deux personnalités et figures charismatiques d’une opposition, qui se plait et complait dans une stérile victimisation à laquelle personne semble compatir aujourd’hui : la Conférence d’entente nationale, qui s’est tenue du 27 mars au 2 avril 2017 à Bamako et ayant regroupé plus de 300 participants venant des régions, du district de Bamako et de la diaspora.

Les raisons d’un clash
Soumi champion et ses amis qui avaient, dans un premier temps, refusé de participer aux travaux de ladite conférence, ce sont, on se rappelle, résolus à prendre en marche le train de la paix et de la réconciliation sous prétexte qu’ils ont obtenu des assurances sur la poursuite du dialogue sous un nouveau format de leurs préoccupations.
Seulement voilà, se sentant trahi par la démarche solitaire du chef de file de l’opposition, et dans une déclaration publique signée, les partis regroupant le nouveau pôle politique de la gauche républicaine et démocratique, piloté par l’ancien Premier ministre Modibo Sidibé, disent ne pas se reconnaitre dans cette déclaration de Soumaila Cissé lue à la séance plénière de ladite Conférence.
Désaveu pour le chef de file de l’opposition ou simple démarcation du nouveau front dans une démarche unilatérale qu’il estime contraire à sa vision ?
En tout cas, c’est un secret de polichinelle que ces deux hommes, au parcours politique diamétralement opposé, se livrent depuis cette période à une guerre de positionnement dans la perspective des échéances électorales de 2018.
Toutes choses qui démontrent, si besoin était, le manque de cohérence, de logique et d’unité de l’opposition politique, mais également un problème de leadership qui est en train de diviser les « amis » de circonstance.
L’un des faits marquants de cette absence d’unité, c’est sans nul doute cette idée extravagante concoctée et soutenue par Soumaïla Cissé de vouloir travailler pour une candidature unique de l’Opposition pour l’alternance en 2018.
” Nous sommes en train de travailler beaucoup plus pour un rassemblement des forces de l’opposition aujourd’hui. Il est important que tous ceux qui s’opposent à la politique actuelle qui malheureusement a échoué sur tous les plans, se rassemblent, se concertent et arrivent à déterminer le meilleur profil pour une alternance nécessaire, ce qui est sûr, c’est que c’est souhaitable. Nous allons faire un accord pour déjà, dans un premier temps, nous rassembler, nous unir, faire un front très large.
Après, nous continuerons les négociations pour voir qui d’entre nous est à choisir comme candidat, tel est l’objectif ultime de notre rassemblement’’, a souligné Soumaïla Cissé lors d’une interview accordée à RFI. Avant de conclure en ces termes : « En tant que chef de file de l’opposition, je ne me déroberai de mes responsabilités ». Une manière voilée de faire savoir son intention de déclarer sa candidature au nom de toute l’opposition.

Absence d’unité
Voilà pourquoi le président des Fare n’a pas hésité une seconde à balayer d’un revers de la main cette prétention de candidature unique de l’opposition arguant : « L’opposition est plurielle, et il y a plusieurs pôles qui peuvent présenter un candidat », notamment le Nouveau pôle politique de la gauche républicaine et démocratique (NPP), auquel plusieurs partis ont adhéré et dont il est le porte-étendard.
Mieux, au moment où le Bélier en chef (mis à contribution pour parvenir à cette candidature unique) s’époumone à travers des déclarations, des rencontres et des voyages à l’extérieur du pays, l’espoir de trouver ce candidat consensuel s’amenuise au grand dam de son commanditaire. Ce, d’autant plus que si tous les ténors de l’opposition souhaitent une alternance en 2018, c’est plus sur la démarche à suivre qui divise ces leaders. Parce que nombreux sont ceux (Modibo Sidibé ; Soumana Sacko, Oumar Mariko, Mamadou Oumar Sidibé du PRVM-Fasoko, tous de l’opposition) qui accepteraient de mettre leurs ambitions aux calendes grecques, en vue de mettre sous les feux de la rampe Soumi champion fut-il le chef de file de l’opposition.
Mais en réalité, cette rivalité féroce, aux allures d’une tension exacerbée, entre Soumaïla Cissé et Modibo Sidibé ne date pas d’aujourd’hui. Ce divorce, qui semble arriver à un point de non retour, tire sa source d’une querelle de leadership sur l’échiquier politique dont les deux responsables politiques se livrent depuis les dernières élections de 2013. Des sources bien introduites, le président des FARE pense qu’il a plus d’envergure politique que celui de l’URD pour avoir été l’un des rares hommes politiques à occuper le poste de ministre pendant 20 ans et sous les régimes successifs de l’ère démocratique.

Le leadership contesté
À cela s’ajoute le poste de chef de gouvernement qu’il a occupé durant le dernier mandat de son mentor et Président déchu, Amadou Toumani TOURE (ATT). En sa qualité d’homme d’État, dont il est jalousement fier, Modibo Sidibé, d’après les mêmes indiscrétions, pense qu’il a plus de carrure politique que Soumi qui n’a été que ministre de Finances durant une dizaine d’années avant d’occuper le poste de président de la Commission de l’UEMOA. Voilà des raisons objectives qui, ajoutent nos sources, expliquent cette froideur entre les deux hommes. Et qui étalent aussi cette réticence du premier à vouloir jouer un second rôle dans une opposition dirigée par le second tout en étant dans l’ombre du deuxième qui est, il faut le souligné, incontestablement et démocratiquement le leader.
Outre cette guerre d’hégémonie qui fait rage, il nous est revenu que d’autres considérations, non pas des moindres, rentrent également en compte, lesquelles expliquent le problème qui pourrit les relations, les actions et les visions des deux hommes. Des révélations faites dans ce sens, il est indiqué que le président de l’URD pense qu’après IBK, c’est lui et tous les autres membres de l’opposition ne comptent pas. C’est pourquoi cette guerre larvée de leadership, aux allures de suspicions entre les responsables, va également régenter les relations futures entre Soumi et Tiébilé DRAME dont le dernier se positionne en troisième larron. D’où, beaucoup de bruits et de boucans dans les milieux très proches du chef de file de l’opposition qui avait, dans un passé encore récent, critiqué le président du parti du Bélier blanc d’accointance avec le régime.

Par Mohamed D. DIAWARA




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