IBK, le candidat et le Président -II-

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Au niveau de la santé on voit tout ce que l’État dépense, rien qu’à ce niveau-là pour les soins à l’extérieur. Est-ce qu’il n’est pas temps qu’on revoit le plateau technique chez nous-mêmes ?
Je crois que nous sommes sur le chemin ; à ce sujet, nous avons entendu beaucoup de choses. Nous-mêmes, nous ne demandions pas mieux que de nous traiter ici. Je pense que tout cela nous engage à faire en sorte que nous nous bâtions pour que les services soient disponibles pour notre peuple, ce que nous souhaitions pour nous.
Je pense qu’aujourd’hui que Madame le ministre de la Santé se bat admirablement, avec courage et détermination. Elle a le respect de toute la profession et je ne pense pas que quiconque puisse dire le contraire. Marie Madeleine TOGO se bat, et avec conviction et détermination, et avec beaucoup de courage. Elle est sur tous les chantiers, sur tous les fronts ; cherchant à améliorer l’existant pour offrir aux Maliens, le meilleur, en matière d’offres de santé.
Nous en sommes conscients, nous faisons au mieux pour que notre peuple ait accès à des soins de santé de qualité, partout où il se trouve. Il y a seulement deux jours, nous évoquions, en conseil des ministres, la question des centres de dialyse. Et nous- mêmes, visitant la région de Sikasso, avions inauguré un centre de santé qui m’a donné l’occasion de demander comment les dialysés d’autres régions faisaient. Parce que quand on connait les contraintes d’une dialyse, et s’il y a la distance, c’est impossible, donc les gens seront condamnés à une mort certaine.
Faire en sorte que la disponibilité des soins de santé nécessaires, de la qualité des soins de santé soient effectives, partout en terre malienne, est notre devoir et nous y attelons pour faire en sorte que cela soit fait.
Également que nous ayons, de plus en plus, et de mieux en mieux, des hôpitaux dignes de ce nom ; des plateaux techniques conséquents au diapason des technologies modernes pour nous éviter des dépenses en devise étrangère pour faire le progrès des médecines ailleurs. Chez nous, je pense qu’il y a un besoin, à ce niveau-là, auquel nous devons également nous consacrer et nous le faisons.
La solidarité, en matière de santé, a fait beaucoup de progrès. Nous avons l’Assurance maladie obligatoire (l’AMO) : il y a eu quelques échauffements à ce niveau-là, il y a eu quelques incompréhensions, mais je pense que cela rentre aujourd’hui dans l’ordre. Comme toute nouveauté : on n’avait dit le meilleur et le pire sans quelquefois savoir de quoi on parlait alors qu’il s’agissait simplement de faire en sorte que chacun, quel que soit son revenu, puisse être soigné au Mali convenablement.

Monsieur le Président, on l’a vu ; vous étiez à l’Office du Niger, on a vu l’eau pour l’irrigation ; mais on a besoin de l’eau aussi pour la consommation, on a besoin de l’énergie. Et sur ce plan-là, le déficit continue d’exister. La population croît, les besoins en eau et en énergie croisent aussi, Monsieur le Président…
Gérer, c’est prévoir et je le disais au gouvernement également. Cela aujourd’hui est d’évidence qu’il nous faut revoir tous nos systèmes d’approvisionnement urbain.
Pour une ville de 100 000 habitants, à l’origine, je me demande si Bamako n’est pas proche aujourd’hui de 3 millions d’habitants ; alors vous voyez le gap. Il faut donc réajuster, c’est vrai que nous avons des plans d’urbanisme qui concernent, chacune des villes du Mali, et d’ailleurs, l’établissement desquels plans sectoriels nous a conduit, chaque fois, à revoir ce qui était prévu auparavant qui est largement dépassé aujourd’hui.
Pour Bamako, l’horizon 2018 s’annonce avec beaucoup de bonheur, je crois que Kabala est en train de faire ces projets-là ; et va faire en sorte que Bamako sera autosuffisante en eau potable, Inch’Allah.
Je crois qu’ailleurs également, par les moyens plus appropriés et modernes, nous ferons en sorte que la disponibilité de l’eau potable soit effective, en termes d’équipement également que cela suit son cours grâce également aux énergies renouvelables, tel le solaire, qui peuvent nous accompagner…

Les routes se dégradent beaucoup, les ordures envahissent Bamako et peut-être le projet d’envergure qu’on peut citer, c’est Kayo. Qu’est-ce que vous prévoyez dans ce domaine ? Est-ce qu’à Sébénicoro, il y aura un pont ? Les autres présidents ont eu des ponts…
Je crois que nous avons beaucoup d’ambitions en matière d’équipements pour le désenclavement. Cela est constant, patent et avéré. Je crois que dans le pipe-line aujourd’hui, l’essentiel est envisagé et prévu, je n’en ferai pas de détails ici.
Le ministre de l’Équipement est souvent interpellé par les députés, chacun des honorables élus voulant convaincre son électorat qu’il a souci de lui. Donc, chacun veut que son tronçon de route soit signalé et indiqué parmi les priorités.
Nous avons un pays enclavé, hyper enclavé, et je crois que cela nous impose des contraintes qu’il nous faut corriger et surmonter.
La route, au Mali, n’est pas un luxe et sa qualité également est la condition de notre survie économique. Hélas ! Nous devons faire preuve de discipline. Quand nous disions qu’il faut respecter le poids à l’essieu, ce n’est pas pour fatiguer, pour embêter les commerçants, les transporteurs. Si vous avez des surcharges exponentielles ; s’il y a un poids au-delà duquel la route cède, vous la dégradez. Et malheureusement, chez nous, cela est d’usage presque tous les véhicules gros porteurs sont en excès de poids à l’essieu.
La route qui nous relie à notre pays voisin, le Sénégal, qui fut belle ne l’est plus du tout. Elle est devenue aujourd’hui un chemin de croix sur lequel les accidents sont légion et qu’il faudrait d’ailleurs penser à refaire entièrement. Là, je pense que la renaissance du rail va peut-être nous aider à la soulager cette route-là. Cette route du rail qui est attendue, par tous nos vieux cheminots, tous les nostalgiques, comme toi ; « des bouts de bois de Dieu ». C’est vrai que c’est une période, c’est une histoire, c’est une culture. Je suis gêné, je ne vous le cache pas, d’aller en 1èrerégion sans quelque chose de très tangible à ce niveau-là. Ma visite était prévue en 1re région, elle se fera. Mais, lorsque je la ferai, je crois que j’aurai des choses tangibles, concrètes à dire et à offrir pour la cité du rail. Inch’Allah.

Nous allons aborder le bipode emploi-formation au cœur des préoccupations. Vous aviez prévu, je crois de réaliser 200 000 emplois. Au jour d’aujourd’hui, nous sommes environ à 120 et 125 000 emplois créés. C’est sûr que le compte sera bon, Monsieur le Président ?
Nous avons encore un peu de temps, mais ce n’est pas une course de vitesse, il s’agit d’être concret et réel. Ce n’est pas la démagogie, ce ne sont pas les plateaux de télévision, les tribunes qui comptent, pour moi, mais ce qui peut être fait effectivement pour améliorer le sort de l’homme, pour alléger la détresse de celui qui est à la recherche d’emploi. Des emplois soutenables, des emplois durables, des emplois concrets, des emplois qui sont créateurs de revenus stables, c’est ça que je cherche. Il y a beaucoup d’offres d’emplois possibles.
Notre pays est un pays ouvert, notre pays est un pays aux potentiels énormes. J’avoue que l’exposition, faite par notre pays en Nairobi, aurait convaincu plus d’un que le Mali est une bonne destination pour investir parce qu’il faut qu’on arrive à avoir l’investissement étranger, l’investissement national aussi commencer à sortir du ‘’Djénikagnimi’’ pour envisager le plus long terme dans l’industrie. C’est cela qu’il nous faut aujourd’hui. Pourquoi nous encourageons, aussi bien au niveau du monde rural et l’agro-industrie, la création des petites et moyennes entreprises, dans le domaine de la transformation de nos produits de base, nos fruits et légumes, etc. Pour que le temps, que vous voyiez les montagnes de pastèques et autres pourrir à Konobougou et ailleurs, que ce temps soit considéré comme totalement remisé ; que nous soyons dans l’ère de transformer en boisson malienne, pour les enfants, des jus de baobab et autres. Cela est possible.
Je crois que la diversification de l’offre malienne est possible. Nous sommes encore un champ largement vierge. En matière d’industrialisation, le Mali est encore en balbutiement ; vous l’aurez remarqué pourquoi nous avons tenu à créer un ministère du Développement industriel. Ce n’est pas un gadget, ce n’est pas pour faire comme d’autres. Non ! Nous avons besoin. Il faut qu’aujourd’hui qu’un secteur soit dédié à cela, au développement industriel. Et je crois que le chemin est bien pris pour ce faire. Il y a des perspectives, il y a eu déjà des annonces que vous avez suivies, je crois donc que là également, il y aura des niches d’emplois qui vont nous permettre d’intéresser beaucoup de jeunes. Si chemin faisant, nous arrivons à ce chiffre, à le dépasser, tant mieux, mais on affiche un objectif toujours plus ambitieux que possible parce que nous ne voyons pas petit pour le Mali. Il ne faut jamais voir petit, sans tomber toutefois dans la mégalomanie, il faut avoir des ambitions et des objectifs qui donnent à espérer. Il s’agit de cela, pas d’autre.

Vous parliez tout de suite, Monsieur le Président de compétitivité, peut-être ces deux dernières années, le pari des examens propres a été relevé, il reste celui des taux d’admission, là-dessus, est-ce que vous avez une stratégie ?
Je note avec beaucoup de plaisirs déjà que le pari des examens sans fraude a été réussi. C’était une gageure. Ah oui ! C’était une gageure et c’est réel aujourd’hui et cela veut dire que tout doucement, ce pays va se remettre en place. Qui aurait pensé que cette fraude, qui s’était installée à demeure, comme impossible à extirper, qu’aujourd’hui elle est pratiquement morte. Ceci explique cela : des taux faibles bien sûr désormais puisque vous ne pouvez plus acheter vos diplômes, vous ne pouvez plus non plus avoir l’assurance que vous aurez des sujets d’examens à votre volonté, le jour de l’examen venu, parader tranquillement, passé comme lettre à la poste. La conséquence est que le nombre d’admis, par complaisance, va diminuer et cela est très heureux.
Nous avons décidé de ne pas faire de la complaisance à ce niveau-là, les repêchages faciles de complaisance, non ! Le jeune malien courageux peut être parmi les meilleurs du monde. Nous avons certains de nos enfants, dont nous sommes très fiers, qui sont dans les écoles pas faciles, mais où ils ne sont pas dans les profondeurs dans les classements. Par la qualité de leur prestation, de leur rendement. Donc, c’est possible. Mais, d’année en année, on n’avait pris l’habitude de nous glisser sur cette pente facile.
La corruption à ce niveau-là aussi, il y a eu des choses affreuses ici au Mali.
Mais, ce faisant également réduisant, maintenant, c’est l’entonnoir et le produit fini qui seront toujours meilleurs. En même temps, ceux-là qui ont été mis hors-jeu, ne le serons pas pour autant définitivement. Nous avons le devoir de continuer à faire en sorte qu’eux aussi soient formés pour servir le pays. D’où, la nécessité d’avoir des centres de formation professionnelle et qualifiés. Et cela, dans le temps où nous voulons diversifier notre économie. Vous voulez augmenter l’offre économique, mais il faut que vous ayez des ressources humaines qualifiées pour faire face à cela. Sinon vous allez avoir quoi ? Une économie diversifiée, une économie ouverte, mais avec des servants extérieurs ? Non ! Ce n’est pas ce que nous voulons.
Nous sommes cohérents et nous souhaitons vraiment, je vois que là aussi, le ministre de l’Éducation nationale et Madame le ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique ont des idées très claires à ce sujet-là. Les partenariats également s’offrent de plus en plus pour nous aider à relever ce défi de la formation professionnelle et de la qualification pour que nos jeunes soient à même de répondre aux besoins de ceux-là qui nous font l’honneur de considérer que notre terre est une terre d’investissements.

Monsieur le président, nous avons déjà abordé le volet santé, mais on a parlé de plateau sanitaire, également, il y a quand même une victoire qui a été remportée ? C’est la victoire sur le virus Ebola. Évidemment, nous n’allons pas parler que des trains qui arrivent en retard, nous allons parler aussi des trains qui arrivent à l’heure. Et là, est-ce que cette formidable mobilisation sociale vous avez pensé à la dupliquer pour servir d’autres causes, Monsieur le Président ?
C’est vrai, certains d’ailleurs de mes amis, dont un éminent professeur de médecine, me disent que j’ai baissé les bras trop tôt ; que je continue à donner la main, tu aurais dû continuer, tu as donné un bel exemple contre Ebola (point trop n’en faut). C’est vrai que nous avons, avec l’engouement de chacune des Maliennes et chacun des Maliens, reçu le fabuleux exploit de contenir et de stopper la maladie du virus à Ebola, chez nous. Cela sans désobliger notre voisinage.
Vous vous souviendrez que beaucoup de cris d’effraie avaient été poussés. Comment ? IBK est inconscient… Par amitié pour le président Alpha CONDE, il refuse de fermer la frontière avec la Guinée, mais c’est imprudent et puis aussi quelle idée saugrenue que ce président, qui est épargné par Ebola, mais qui s’en va ailleurs le chercher pour nous l’importer. On l’a vu caracolant entre la Guinée, la Sierra Leone et le Libéria qui n’ont rien demandé. Il aurait dû nous épargner cela. Non ! Les temps de misère, les temps de difficulté sont des temps où l’expression de la sympathie et de la solidarité est la plus vraie. Si j’avais attendu la fin de la crise d’Ebola pour me rendre en Guinée, en Sierra Leone et au Libéria, cela n’aurait pas eu le même sens. Je puis vous assurer que ces 3 pays ont gardé en mémoire la solidarité du peuple malien. Ce n’est pas IBK, c’est le Mali. Cela était important aussi et quand nous avons décidé de ne pas fermer la frontière avec la Guinée également ; nous ne l’avons pas fait de manière inconsciente. Il faut dire que notre courage était un courage raisonné, un courage scientifique. Nous avions eu l’assurance que cela ne pouvait pas avoir de conséquence et qu’il ne servait de rien de fermer la frontière. C’est pourquoi nous ne l’avons pas fait. Je pense qu’il faut saluer là, l’équipe médicale malienne, qu’il faut saluer également notre peuple qui a été discipliné. Vous savez, quand vous mettez des centaines de personnes en quarantaine ; ce n’est pas évident, il y a eu des quartiers ici Bagadadji et d’autres quartiers, je voulais saluer vraiment tous ceux-là qui ont souffert, de prudence pour éviter la propagation de l’Ebola. Aussi, les mesures qui avaient été édictées ont été suivies avec beaucoup de discipline. Le lavage des mains doit continuer. Là, je voulais dire que nos parents du nord avaient donné l’exemple avec le système d’hygiène, prévalant là-bas, le système de bouilloire avec lequel on a l’habitude de se laver les mains avant de manger. Certains d’entre nous avaient l’habitude de laver les mains. Je pense que l’Ebola a été ce point de vue là aussi un bien pour un mal.
Des nouvelles habitudes d’hygiène ont été acclimatées et qui doivent se poursuivre aujourd’hui. Des leçons de prudence, d’hygiène, physique et alimentaire, tout cela, je pense, sont des leçons d’Ebola. Encore une fois, la vigilance des uns et des autres nous a permis fabuleusement d’être à l’abri. Je voulais remercier tout le monde, ce n’est pas une victoire du gouvernement ; mais une victoire du peuple malien dont on nous a su grée encore récemment ; vous l’avez vu en Nairobi, le directeur du Fonds mondial a tenu à saluer le Mali pour cela. Pourquoi d’ailleurs, nous sommes invités par le Premier ministre canadien à Montréal pour le renouvèlement du Fonds mondial, lequel Fonds mondial souhaite prendre le Mali comme pays phare, pays modèle, pour cela.
Je pense que nous demanderons encore à Monsieur le Premier ministre de faire l’effort pour ce voyage lointain pour que le Mali encore une fois soit là à l’honneur au nom des pays africains. Mais grâce à l’effort courageux et discipliné de tous les Maliens.

Monsieur le président, le volet femme : nous n’avons toujours pas les 30 % de femmes dans les institutions, comme vous l’avez préconisé. Où se trouve le blocage et qu’est-ce qu’il faut faire ?
Le blocage, c’est vous, c’est nous, c’est nous tous. Là-dessus, sans démagogie aucune, chacun sait qu’on est honnête dans ce pays, combien je considère que cette question est une question de dignité et de justice simplement. Je dis toujours que ce n’est pas un cadeau que l’on ferait aux femmes, leur faire la place qui doit être la leur: simple question de justice.
C’est cela, ce n’est pas faire plaisir aux femmes ; mais leur rendre simplement justice et les appeler à hauteur de qualité, à hauteur de compétence et c’est ce que nous faisons. Il y a beaucoup de pesanteurs dans notre pays, culturelle, à tort… Je pense aussi que dans une société, comme la nôtre où contrairement à ce qu’on pense souvent, même au plan religieux, il n’y a pas d’obstacle majeur à faire la place qui doit être réservé aux femmes. Ce n’est pas vrai ! Souvent ce sont des arguments de défense de privilèges de genres masculins. Il faut dire aussi que chacun de nous doit faire son compte.
Les partis politiques, j’en ai l’expérience, chers amis, quand on demande aux partis politiques d’observer cette règle-là, ils vont vous dire si nous le faisons nous allons perdre le poste. Les nôtres ne sont pas encore murs pour admettre facilement que notre candidat doit être une femme, ce n’est pas vrai. C’est souvent simplement la défense égoïste des privilèges qu’on a collectés. Donc, ce sont là des obstacles auxquels nous faisons face et nous-mêmes essayons de faire l’effort. Vous l’aurez compris réellement que je sois assez vigilant, assez habile pour n’avoir pas remarqué, la configuration du dernier gouvernement, donc nous y allons.
Quelqu’un m’a dit ; mais IBK et le Premier ministre Modibo se moquent de nous. Ils sont venus jusqu’à 28, 29 % ; ils auraient pu faire un petit plus pour atteindre le quota. Je pense que tout doucement et de la manière régulière et concrète, la femme sera à sa place dans ce pays, inch’Allah.

Vous étiez particulièrement fier quand l’Assemblée nationale a adopté cette loi ?
Absolument, d’autant que cette même Assemblée nationale, je le répète encore une fois, anecdotiquement le jour où Wangary MATAYE a été faite Prix Nobel de la paix, vous vous souviendrez, nous étions au renouvèlement du bureau de l’Assemblée. Ils m’ont amené une copie d’un bureau sans femme. Je dis que je ne souscris pas. Vous avez peut-être la possibilité de me déposer et encore vous n’allez pas, mais je ne me souscris pas à ce bureau-là. Je refuse de le reconnaître. Avec quelle habilité, mon propre parti a trouvé une camarade dernière les fagots, bombardée 8e ou 9e Secrétaire parlementaire pour faire…. Il faut qu’on dépasse cela. Que les gens conviennent que les femmes à qualité égale ont leurs places là où elles doivent être et souvent elles sont meilleures.

Le Mali est cher. Le panier de la ménagère s’en ressent vraiment. Est-ce que Monsieur le Président le sait et qu’est-ce qu’il fait pour ça ?
J’en ai tellement souci avec le chef du gouvernement que peut-être je vais vous surprendre : à chaque conseil des ministres, nous avons une rubrique consacrée à ça. Et nous avons la surprise de voir qu’il n’y a pas concordance entre le sentiment de vie très chère de notre pays, un pays qui est ambiant et la réalité.
Vous aurez des surprises terribles par rapport aux prix de certaines de nos denrées alimentaires les plus consommées, par rapport au voisinage, par rapport à l’environnement. Nous sommes beaucoup moins chers que beaucoup de nos pays voisins, contrairement à ce que l’on pense. Et chaque fois que de besoin, je vous le dis, je vous le répète, le gouvernement a fait des efforts pour que le panier de la ménagère ne soit pas creux et que notre peuple ait un pouvoir d’accès à sa nourriture et à ce dont il a besoin pour ses besoins élémentaires, cela est constant.
Mais toujours, on entend que le Mali est très cher ; les prix sont exorbitants, mais quand vous fouillez, quand vous vérifiez, ce n’est pas réel, c’est une surprise, hein.

Monsieur le Président, avant d’aborder le volet macro-économique, juste un peu de sport, toutes vos équipes affichent une forme olympique.
Hélas ! Non pas toutes…

Pas toutes, mais presque, au niveau du basket, au niveau des juniors, votre équipe nationale de football est qualifiée pour la CAN, ce sont des bons résultats, Monsieur le Président…
Absolument, je n’aurai pas la moindre grâce de savourer mon plaisir. C’est vrai, mais en athlétisme, chers amis, j’aurai juste aimé recevoir une petite médaille d’Or au retour de Rio ; d’Argent, même de Bronze, j’allais me contenter. Je pense ça arrivera. Il faut qu’on fasse des efforts sur l’encadrement sportif de performance internationale. Nos jeunes en veulent et je crois que les joutes, qui mettaient aux prises les jeunes maliens, qui ont été abandonnés tout doucement, de manière progressive, doivent reprendre pour que l’envie de faire du sport, l’envie de la performance sportive, du port de l’honneur national, à ces niveaux-là, revienne dans le cœur de nos jeunes gens et ils peuvent.
Je crois que ça nous fûmes également ; n’oubliez pas mon ami (Mamadou Lamine TOURE). Nous fûmes une grande nation de Judo et nous le sommes encore aujourd’hui dans les arts martiaux, karaté et taekwondo, mais là, nous avons frôlé, il semble qu’on est 4e. Le sport est très douloureux ; parfois, on se dit pourquoi ne pas pousser l’autre dehors que nous soyons sur le podium quand même ! Mais tout ça, je pense que ces efforts ne sont pas dus au hasard. C’est le couronnement d’une politique délibérée dans ce domaine du sport depuis quelques années. Il y a lieu de féliciter le ministre des Sports et son équipe pour ce qui est fait de manière soutenue et le Comité olympique malien également avec notre frère Habib SISSOKO et son équipe pour la promotion du sport au Mali d’une manière générale et singulièrement dans des domaines aujourd’hui qui font la fierté et la gloire des nations.
Le football aujourd’hui, quand notre hymne national est joué, je vous assure que chacun de nous a un chaud sous les enselles. C’est cela le sport. C’est devenu le nouveau champ de bataille, c’est le nouveau porte-drapeau des nations. Donc, là également, nous avons souci.

Monsieur le président, on a vu beaucoup de victoires au niveau des aiglons, au niveau des cadets, des cadettes, ainsi de suite. Mais qu’est-ce que vous allez faire pour le palier au-dessus, pour les équipes seniors ?
Bon, c’est-à-dire il y a beaucoup de raisons pour le football : nous n’avons pas, à l’interne, ici au niveau national, de professionnalisation de football. Ce qui fait que tout jeune malien, qui montre quelques talents, serait tout de suite happé par l’extérieur qui est plus offrant. Cela joue sur la qualité au niveau supérieur. Mais je pense que là également, il faut nuancer, de plus en plus, de mieux en mieux, certains ont aujourd’hui la fibre nationale tellement forte que même, étant à l’extérieur, même quelquefois, étant nés à l’extérieur, viennent au Mali pour donner le meilleur d’eux-mêmes.
Certains de nos jeunes qui auraient pu penser qu’ils n’auraient pas grande chose avec le Mali, qui sont binationaux, sont aujourd’hui en souci constant de ce pays au niveau sportif et au niveau humanitaire. Je pense là à Frédéric KANOUTE qui n’est pas seulement qu’un sportif, mais un homme de cœur également. Il fait de son mieux pour soutenir les jeunes maliens, non seulement, au plan du sport, mais la formation professionnelle également. Ces jeunes-là sont notre fierté.

Je voulais revenir avec la lutte contre la corruption et la délinquance financière, on ne voit pas encore les résultats de la campagne pour éradiquer ces fléaux. Est-ce que pas là votre talon d’Achille ?
J’aimerai dire que je l’ai dit, lors de la rentrée des cours et tribunaux, quand j’ai entendu le peu que je comprends du Français, m’incline à sentir une nuance quand on veut les titiller, qu’ils sachent ce qui est dit. J’ai répondu en ce qui me concerne : nul dossier n’a été distrait, tout ce qui m’a été transmis ou transmis à qui de droit l’a été. Dès lors, ce qui de droit doit faire ce qu’il doit faire sans aucune espèce d’obstacle. Je n’ai enjoint à aucune Cour, aucun tribunal d’aller dans le sens de tel ou tel intérêt ; seul l’intérêt du Mali et je m’honore encore aujourd’hui et je le dis avec fierté que je ne suis pas un chef d’État qui convoque les magistrats.
Je ne crois pas que beaucoup connaissent mon bureau. Je vous dis président d’institution peut-être oui, c’est tout. Mais de siège non ! Même le parquet, qui normalement est au service de l’État, non. Je ne suis pas dans cette cour-là. Je ne me mêle pas des affaires de justice, je laisse et j’ai confiance en la magistrature malienne.
Moi, je suis de ceux qui pensent que nous avons des magistrats de qualité qui connaissent l’art du droit au bout des ongles, ils savent. Comme dans toute autre corporation, il y a le bon et l’ivraie, mais pour l’essentiel, ils sont bons et honnêtes, contrairement à ce qui est actuellement dit.

Monsieur le président, en janvier prochain, vous allez accueillir l’Afrique et la France pour le Sommet Afrique-France. Certains de vos concitoyens se sont posé la question de savoir : a-t-on les moyens d’organiser ce sommet ? Pourquoi en cette période de crise, le président IBK a accepté d’accueillir ce sommet ?
Je vais vous dire, mes chers amis, figurez-vous que beaucoup croient en nous dans les temps où nous, nous doutons de nous-mêmes. Nous étions à Paris, pour le Sommet France-Afrique. Me recevant, le président HOLLANDE me dit, sur un ton amical, mais « écoute Ibrahim, c’est nous, cette fois-ci, mais, la prochaine fois, ce serait toi, là-bas, au Mali de nous accueillir sur les bords du Niger ». Je lui ai dit Monsieur le président, mais je pense que vous ne parlez pas sérieusement là parce vous savez très bien dans quelles difficultés se trouve le pays aujourd’hui et nul mieux que vous n’en ait conscient. Il me dit ; c’est parce que j’en suis conscient que je vous le dit dans ce temps-là à venir, le Mali sera en capacité de nous recevoir. Je dis cher ami, à vous écouter, je suis heureux d’entendre cela de vous, c’est donc une promesse d’appui conséquent pour que demain soit meilleur qu’aujourd’hui et que vous allez y contribuer.
On va en salle, il me dit, je vais ouvrir la séance ; je lui donne la parole à tel ou tel. Mais, c’est toi qui va ouvrir, pour le côté africain. Ban Ki Moon, BAROSSO… Le Président HOLLANDE me donne la parole et tout se passe comme ça.
Ça été comme cela durant ce somment et tout au long. Et alors que nous parvenions vers la fin du sommet, le président HOLLANDE fait son discours de clôture. Il dit alors, chers amis, notre prochain rendez-vous à Bamako, en décembre 2016. Beaucoup ont congratulé. Nous voilà devant l’honneur et je crois que le Mali n’est pas indigne d’un tel honneur. D’autant que nous sommes deux organisateurs ; la France nous aide beaucoup. La part qui nous revient est assumée déjà fabuleusement avec honneur et dignité. Des soucis d’hébergement et autres que nous avons eus, que nous continuons d’avoir seront résorbés, Inch’Allah. Je pense qu’aucune manœuvre de dernière minute ne viendra arracher au Mali l’organisation de ce sommet. Je pense que nous avons vocation à le faire et nous le ferons.

Et vous dites à vos compatriotes que vous êtes prêts et que le Mali sera prêt ?
Je dis à mes compatriotes que nous sommes sur le point d’être prêts et que nous serons prêts, au jour dit. inch’Allah !

Moi je voudrais parler l’opération Ami KANE, l’opération de déguerpissement à Bamako qui a été appréciée diversement. Certes, les voies libérées ont été appréciées, mais on n’a senti qu’il n’y avait pas d’opération derrière d’abord pour recasser, ensuite pour aménager les espaces libérés. Est-ce qu’on ne risque pas de les voir réoccuper dans les jours à venir et quel est le sort réservé aux commerçants déguerpis ?
Vous savez Bamako, comme toutes nos grandes métropoles, aujourd’hui est victime de sa réputation, de son succès et beaucoup des nôtres pensent retrouver le salut qu’à Bamako. Il y a également les événements que notre pays a connus qui nous ont valu des mouvements intérieurs de la périphérie vers le centre. Toutes choses qui ont rendu exponentiels l’environnement de Bamako et son cadre.
Beaucoup de monde qui doit vivre, qui doit travailler et qui n’a pas souvent l’habitude également de la vie en milieu urbain. Si vous y ajouter également la compréhension, quelquefois très large, de la démocratie, le droit de faire, de penser ; vous pourrez trouver la raison de cette explosion des lieux occupés en ville de Bamako de manière sauvage, voulant dire par là non autorisée. Je pense qu’outre la gêne que cela engendre, pour le déplacement des uns et des autres, qui fait qu’il n’est même plus agréable de sortir à Bamako, tant on se demande comment circuler ? Chacun en fait l’expérience de manière honnête. Quand on sait également que cela a été à l’origine de drames humains quelquefois dont nous avons eu à déplorer, l’incendie du marché de Médine où nous avons trouvé des bouches d’eau sur lesquelles on n’avait construit des boutiques de manière désordonnée et non autorisée, etc.
L’impossibilité de circuler dans le périmètre de l’ancien marché de légumes ne peut pas continuer, si on est responsable, à laisser faire cela sans conséquence tragique pour le futur. Donc, c’est avec courage, détermination et après avoir consulté et informé les uns et les autres ; toutes les catégories ont été, tous ceux qui devaient en être, l’ont été informés par Madame le gouverneur, tous. Quand on conduit ce genre d’opération, il faut savoir faire également pour l’autorité dès lors que nous sommes régulièrement informés ; que des délais sont donnés d’avoir à libérer d’ici là, si ce délai est consommé sans que nous aurions rien fait, nous nous exposons aux conséquences. C’est ce qui est arrivé.
Pour autant, faut-il considérer que c’est par pertes et profits, je pense que nous avons un sens de l’humain qui est reconnu qui fait que le sort de nos compatriotes quel que soit la situation concernée, nous importe.
Je pense qu’avec la Chambre de commerce et d’industrie, avec les commerçants détaillants, les organisations, qui sont les leurs, les contacts sont en cours et les municipalités également qui, dans cette affaire-là, ont une lourde responsabilité.
Les maires ont laissé qu’ils font n’importe quoi. Pourquoi je dis qu’il serait bon et souhaitable que, lors des élections à venir, les Maliens sachent choisir, un maire n’est pas là uniquement pour vendre des lots, un maire n’est pas là uniquement pour se faire les poches petitement et n’importe comment. C’est ce qui nous a valu, c’est ce que nous voyons dans nos villes, cette situation-là. Le maire est là pour le confort des citoyens, pour l’embellissement, pour l’enrichissement des communautés dont les mairies ont la tutelle. Un élu municipal doit avoir souci de la belle cité, cité avenante, conviviale, digne de cadre de vie pour les citoyens modernes du 21e Siècle. Mais nous avons vu, ici chez nous, que c’est tout le contraire ; chacun vient avec le souci, l’envie, la cupidité, l’envie de se faire tout de suite par tous les moyens.
Madame le gouverneur est à son objet, à son affaire de faire ce qu’elle a fait. Vous l’avez vu également avec beaucoup de courtoisie et d’ouverture, elle est en train de gérer la suite aujourd’hui. Je lui dis ici, avec force, tout mon soutien, et toute mon admiration, pour ce qu’elle a entrepris et qui aurait dû être fait, depuis longtemps. Vous voyez là encore ; vive la femme malienne ! Elle illustre parfaitement ce type de femme malienne dont nous nous avons besoin.

Vous aviez promis, l’année dernière, d’être plus accessible. Est-ce que vous l’êtes ? Est-ce que vous avez tenu promesse ?
Je le serai de mieux en mieux, de plus en plus.

Réponse politique ?
Réponse juste, juste !

Monsieur le président, nous arrivons au terme de cette émission, trois ans, ça vous change, un homme, trois ans au pouvoir ?
Je suis, ma tête n’est pas enflée : le sort de l’autre m’importe toujours. Je suis toujours sensible et peut-être même, certains trouvent excessivement sensible à l’autre, la misère du quotidien n’a pas fini de m’interpeller, je ne suis pas blasé et je me considère aujourd’hui, comme hier, comme un homme au service des siens, lesquels lui ont fait l’immense honneur de considérer qu’il pouvait leur être utile. Je le dis sans démagogie, voilà comment je me considère ; qui a peut-être la naïveté de penser ou d’espérer que tous ces frères l’envisagent en frère ; qu’il est normal ; qu’il est bon, qu’il est normal, qu’il est saint des différentes d’approches et d’appréciation dans une cité, mais qu’on ne doit jamais oublier ce qui vous fait si proche. Personne ne peut venir au Mali faire ce Mali sans nous. Dès lors, nous, qui sommes aujourd’hui, aux affaires, qui gérons la cité, avons intérêt à associer autant que nous pouvons le faire ceux-là qui n’y sont pas aujourd’hui, lesquels, à leur tour, devraient nous envisager sans systématisme, avec un minimum d’objectivité, quand ce qui est posé, est de bonne tendance, l’approuver, comme nous l’avons fait le temps où nous n’étions pas aux affaires.
Nul ne nous a vu, dans ce pays, en appeler à la rue, nul ne nous a vu, dans ce pays, aller dans l’excès, non jamais. Lorsqu’il a fallu faire la différence par rapport à une décision que nous n’approuvions pas, nous avons su le faire de manière extrêmement responsable et mesurée.
Nous n’avons jamais insulté l’avenir parce qu’aurions nous dire, faire aujourd’hui. Par contre, il est des dérives que nous avons stigmatisées et décelées et dites qui aujourd’hui nous pèse.
Nous avons vu aujourd’hui que cela était réel. Donc, je pense que je suis un peu peiné par cela. Mais, c’est normal, nous sommes une démocratie, à ses débuts, quelque part, chacun de nous apprend, chaque jour en avançant.
Mais je pense que, pour ma part, je n’ai que des frères, des jeunes frères, des cadets parce que, sans être canonique, mon âge actuel me permet de dire cela que mon bonheur est chacun en sorte et je n’hésiterais pas dans les jours à venir à appeler tel ou tel pour accompagner le Mali, pas IBK. Il faut faire la différence, ce n’est pas IBK. Si qu’à Dieu ne plaise, ce pays aujourd’hui devait connaitre une situation que nul n’appelle de ses vœux, cela serait dommage pour tout le monde. Ceux qui sont là aujourd’hui et ceux qui espèrent venir demain. On ne gère pas un cimetière.

Votre dernier mot, Monsieur le Président
Encore une fois, ne jamais oublier que je ne suis qu’un homme. Non ! L’homme qui se souvient de ce général Romain victorieux, revenant sur le front, couvert de gloire, Rome à ses pieds, auquel on imposait sur le marchepied de son char. Cet homme dont la mission était de le surveiller pendant toute la durée du triomphe, les tours qu’il faisait. Au moment où Rome te faisait l’égal des Dieux, souviens- toi que tu n’es qu’un homme. Je ne suis qu’un homme.
Merci Monsieur le Président !

RÉALISÉ PAR LA RÉDACTION

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