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samedi 24 juin 2017
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IBK: le grand retour

Après six (6) mois de quarantaine, le Mali d’IBK est de retour dans les bonnes grâces des bailleurs fonds. Finies les incompréhensions, les divergences et les pressions, ainsi que les affaires fumeuses d’achat d’avion et d’équipements militaires qui avaient brouillé les relations entre le gouvernement et les partenaires techniques et financiers et qui avaient aussi empesté l’atmosphère politique laissant planer sur le régime de lourdes suspicions de corruption et d’affairisme.

Depuis, deux semaines (18 septembre dernier), les bailleurs de fonds, avec la Banque Mondiale en tête, ont tourné la page et commencé à rouvrir le robinet qu’ils avaient fermé en mai, suite à la découverte d’acquisitions qui n’ont pas épousé l’orthodoxie requise en matière de finances publiques et d’équilibre budgétaire. Après la reprise de la coopération, ce lundi, avec le Fonds monétaire international (Fmi), suivie de l’Union européenne, le régime du Président IBK, fortement malmené par ces scandales, peut souffler et boire son petit lait dans une atmosphère printanière avec toute une pluie de milliards qu’il engrange depuis quelques jours.

Retour en grâce ou sursis ? Relance de la coopération ou nouvelle page des rapports ? Comment en est-on arrivé là ? Quel avenir pour le Mali ?

Au chevet du bon élève

Entre le Mali et les partenaires techniques et financiers, c’est bel et bien reparti. Il est vrai dans un rapport inégalitaire, eu égard à la situation de pauvreté de notre pas, mais dans l’intérêt des deux parties, et du Mali et des bailleurs de fonds. Des bailleurs de fonds qui savent que dans la situation actuelle du Mali, sans une aide internationale vigoureuse et soutenue, la relance économique de même que la stabilité politique ne sont pas possibles. C’est fort de cette philosophie que le 15 mai 2013, lors de la Conférence de Bruxelles des donateurs en vue de la relance durable du Mali, une aide internationale de 3,25 milliards d’euros a été promise. Pour ceux qui suivent un peu l’économie, si les abondantes et généreuses pluies de milliards ainsi qu’un avantageux cours de l’or lui avaient évité la récession en 2012, le rebond de croissance espéré à la suite de l’intervention militaire française n’a pas été au rendez-vous en 2013. Notre pays qui sortait juste de la pire crise multidimensionnelle de son histoire n’avait enregistré qu’un taux de croissance de 1,7% (sur une estimation de 5%), à cause d’une mauvaise pluviométrie, malgré le redémarrage de l’industrie et des services. Ce taux, inférieur à celui de l’accroissement de la population, signifie que les Maliens se sont appauvris.

Des mesures de relance

économique

Aussi, pour remettre l’économie sur les rails de relance économique, le Fonds Monétaire international (Fmi), qui prévoyait une croissance de 6,5% avec la reprise de l’aide internationale, avait préconisé deux séries de mesures tendant mettre à plat la fiscalité et les tarifs d’électricité.

Par exemple, les recettes de l’État «ont été inférieures de 5 % en 2013 au niveau prévu à cause de la baisse des prix de l’or, mais aussi des faiblesses de l’administration fiscale qui en a pris, on s’en souvient, pour son grade. Car elle a été décapitée. Le FMI propose le recoupement des informations du fisc, des douanes et des marchés publics qui permettra de réévaluer les impôts des sociétés à leur juste niveau.

Pour ce qui est de l’électricité, le FMI estime que ‘’Énergie du Mali’’ (EDM) qui est toujours incapable de fournir du courant aux consommateurs maliens (particuliers et entreprises) perd beaucoup d’argent.

Avec des tarifs qui n’ont pas augmenté depuis 2003, elle vend son kilowattheure 95 F CFA (un peu moins de 0,15 euro), alors qu’il lui coûte 145 F CFA. Conséquence : l’entreprise n’a pas les moyens d’investir pour apporter l’électricité aux 80 % de la population qui en sont privés, alors que «la subvention qu’elle reçoit chaque année de l’État équivaut au budget annuel de la santé !». Aussi, le FMI, suivi en cela par la Banque mondiale, plaident-ils pour une hausse des tarifs, tandis que le gouvernement limite cette augmentation juste aux entreprises, et uniquement en période de pointe.

Pour aider le Mali à mettre en oeuvre ces reformes, le gendarme de la Finance mondiale avait même mis un bémol sur l’une de ses exigences : le budget de l’État sera «expansionniste», c’est-à-dire en déficit de 5%, alors qu’il devait être excédentaire.

Comme sur des roulettes

L’année 2014 s’annonçait donc sous de meilleurs auspices. En effet, en termes de reprise, après le FMI, la banque Mondiale et l’Union européenne, c’est à l’Oncle Sam de décréter le retour en grâce de notre pays avec sa réintégration le 1er janvier dans l’AGOA (Africa Growth and Opportunity Act). Une posture qui lui avait été arrachée à la suite du coup d’Etat du 22 mars 2012.

L’AGOA, est une loi américaine, adoptée en 2000, qui accorde des préférences commerciales accordées aux pays d’Afrique subsaharienne par exemption de droits de douane sur plus de 70% de leurs produits. Chaque année, les Etats-Unis actualisent la liste des pays éligibles à l’AGOA en fonction notamment de leur attachement à l’économie du marché, du respect de la légalité et de l’adoption de politiques de lutte contre la pauvreté.

Même si l’éligibilité du Mali à ce régime préférentiel n’a aucun impact sur les relations commerciales entre notre pays et les Etats-Unis, eu égard le grand déséquilibre de la balance des échanges (selon les chiffres du département du Commerce américain, en 2012, les exportations «AGOA» du Mali n’ont représenté que 21 000 dollars, sur les 3,6 millions de dollars de biens exportés vers les États-Unis, contre 58,4 millions d’importations américaines), la réintégration du Mali dans l’AGOA est un signal fort car il marque, comme nous l’avons noté ci-haut, son retour en bonne grâce, avec des conséquences non-négligeables : le retour des bailleurs de fonds.

C’est dans ce cadre qu’il faut mettre par exemple, l’engagement, en début 2014, des bailleurs de fonds internationaux, comme la Banque mondiale, le FMI, l’UE et la Banque africaine de développement (BAD), à mobiliser 4,4 milliards de dollars pour accompagner la reprise que commence à connaître le pays.

Tout marchait comme sur des roulettes, entre le Mali et les partenaires techniques et financiers, notamment le Fonds Monétaire International (Fmi) jusqu’aux fameuses, voire fumeuses, affaires de l’Avion présidentiel et des contrats d’armements. Avec le FMI notre pays qui avait alors obtenu une ligne de crédit de 46 millions de dollars, déboursables par tranches successives, a vu l’interruption, en mai dernier, des versements après l’éclatement desdites affaires qui ont mis à jour de « graves irrégularités » dans la gestion des finances publiques.

De la brouille à la rupture

Les transactions relatives à l’acquisition de l’Avion présidentiel et des équipements militaires ont fait douter les autorités du FMI de l’engagement du régime du Président IBK à mener une bonne gestion publique. Toutes choses qui, selon le chef de mission du FMI au Mali, Christian Josz, mettent aussi en jeu la réputation et la crédibilité de son institution dans le cadre de la gestion du dossier Mali. On comprend dès lors l’acharnement et la forte pression exercés par cette institution sur le Mali.

Désormais à l’indexe, accusé, raillé et moqué à travers le monde, à cause d’une ridicule affaire d’avion, le régime du Président IBK, montre patte blanche en mettant en berne son égo, non sans souveraineté effilochée, et se plie aux exigences du Fonds Monétaire international (FMI).  Le gouvernement, conformément aux injonctions du FMI, « recadre » l’article 8 du Code des marchés publics, accepte de bonne grâce deux audits indépendants sur ces affaires et leur publication ainsi qu’un train de sanctions contre les auteurs des manquements graves révélés par les rapports de la Cour suprême et du Vérificateur général.

C’est reparti

Les concessions faites, les engagements pris et respectés par l’Etat malien au terme de la mission conduite par Christian Josz, du 12 au 25 septembre derniers, ont convaincus le FMI de la bonne foi des autorités et ont permis ce lundi le rétablissement des relations avec le Fonds. Tout est bien qui finit bien dans le meilleur des mondes possibles ?

Pour rétablir et pérenniser la confiance (des entreprises, des consommateurs et des bailleurs de fonds), le Fonds Monétaire International insiste toutefois sur la nécessité pour l’Etat malien de revenir à une orthodoxie budgétaire en appliquant à la lettre les règles budgétaires et de passation de marché, mais aussi de s’appuyer sur les résultats des audits de la Cour suprême et du Vérificateur général.

Les autorités du FMI estiment que, si la loi de finances 2015 remet les finances publiques sur une trajectoire soutenable, en mettant l’accent sur «la mobilisation des recettes, les dépenses prioritaires en faveur de la croissance et du développement humain, et le recours limité au financement intérieur, laissant de la place au financement bancaire du secteur privé, il est urgent, conseillent-ils, de redoubler d’efforts pour renforcer la gestion des finances publiques ».

Le FMI pense aussi, parce que « il est essentiel de mener des réformes visant à améliorer le climat des affaires afin de rehausser les perspectives de croissance à moyen terme au Mali », qu’une « conclusion de l’audit des arriérés intérieurs et l’apurement rapide de ces arriérés favoriseront la reprise économique ».

Pluie de milliards

Sous réserve toutes les observations, réuni lundi lors de sa session consacrée au Dossier Mali, le Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a autorisé un décaissement immédiat d’un montant de 8 millions de DTS (environ 11.7 millions de dollars EU soit 6 milliards de FCFA), ce qui porte le montant total des décaissements au titre de l’accord FEC à 14 millions de DTS (environ 20.5 millions de dollars EU).

Deux semaines avant. Conscient que la refondation de l’État promis par le Président IBK passera par le renforcement de la responsabilité de l’exécutif, à travers un contrôle accru de l’utilisation des finances publiques et une plus grande transparence, en conformité avec le premier et cinquième axes du Plan d’action du gouvernement pour la période 2013-2018, et en concertation avec le FMI, le Conseil des administrateurs du Groupe de la Banque mondiale a approuvé en faveur de notre pays, le 18 novembre dernier, un financement (décaissé en une seule tranche) composé d’un crédit de 36 millions de dollars et d’un don équivalant à 27 millions de dollars destinés à la Première opération de soutien à la reprise économique et à la réforme de la gouvernance. Première tranche d’une série de deux opérations, dont l’objectif est de renforcer la responsabilité et la transparence, d’une part ; et à améliorer l’efficacité des dépenses publiques, d’autre part.

Le financement de la Banque Mondiale, comme on le voit, va donc aider les autorités à, d’une part, améliorer la transparence, renforcer les procédures de contrôle fiduciaire et de contrôle des effectifs, limiter les occasions de corruption et réduire les subventions inefficaces ; et,  d’autre part, à optimiser la gestion des investissements publics, accélérer les procédures de passation des marchés et renforcer les capacités de gestion budgétaire des autorités locales.

Et puisqu’il n’y a jamais deux sans trois, l’Union européenne décaisse 95 millions d’Euros  (62,32 milliards FCFA) au titre de son aide budgétaire à notre pays.

Après la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International, l’Union européenne confirme ainsi, selon son Ambassadeur au Mali, SE Richard Zink, «son engagement conséquent aux côtés du peuple malien dans ses efforts de stabilisation et de reconstruction du pays. En recevant cette dernière tranche de 95 millions d’euros à l’issue d’une évaluation positive des critères d’éligibilité, le Mali a prouvé sa volonté de poursuivre les réformes engagées et de se confronter ainsi aux nombreux défis auxquels le pays fait face. »

Cette fois-ci, le Mali est de retour. Et bien de retour.

Par Bertin DAKOUO

 




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