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mardi 21 novembre 2017
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IBK-MARA-MODIBO : les secrets d’un lifting

C’est aujourd’hui que l’équipe du Premier ministre, Modibo Keita, fera sa rentrée ministérielle solennelle. Le Chef de l’État, parce que c’est lui le vrai maestro de l’Exécutif, devrait à cette occasion recadrer et fixer à nouveau le cap ainsi que les objectifs de la feuille de route. En attendant de voir à l’œuvre les impétrants, l’opinion malienne, partagée entre soulagement et insatisfaction, s’interroge toujours sur les vraies raisons du choix des hommes, de la méthode et du timing.

En dehors du petit monde d’affidés de Moussa Mara qui croyait que leur champion était parti pour un long bail à la Primature, pour la quasi-majorité des chapelles politiques et le Citoyen lambda, le changement de cap s’imposait d’évidence. Le gouvernement Mara, comme pour parler comme autrement, avait atteint son seuil d’inacceptabilité.

Ce n’est pas tant que les Maliens ne pardonnent pas au Premier ministre sortant l’humiliante cavalcade meurtrière qu’il a conduite à Kidal en mai dernier, et qui s’était soldée par plus d’une cinquantaine de soldats tués et l’affront injurieux qu’il a fait, en septembre dernier, aux forces armées et de sécurités en les traitants de lâches fuyards, pardon «de détaleurs » au premier coup de feu, mais beaucoup s’accordent à reconnaître que la situation frôlait l’intenable.

Au-delà des affaires qui ont fortement émaillé et impacté la gouvernance tout au long de 2014, et donc occulté les réalisations, il y avait un sentiment généralisé de malaise, de blocage et de stagnation qu’il fallait inverser afin de relancer l’espoir et de redonner confiance aux Maliens. Le mot de passe de toutes les conversations était : « il faut changer », de cap et de monture.

Ne pouvant et surtout ne devant rester sourd aux aspirations légitimes de ceux qui l’ont élu au changement, que lui même leur avait promis, le président IBK a donc choisi de « recadrer » Mara et son gouvernement à travers un lifting gouvernemental sur la base d’évidentes raisons, largement partagées par les Maliens.

Circonscrire le malaise

Outre les frustrations politiques liées à la déception d’ambitions personnelles, malgré la côte de popularité et d’estime du président toujours au zénith, il y avait dans le Mali de 2014, une atmosphère de malaise au double plan politique et social que beaucoup d’observateurs ont appelé « déception ». La grande masse de militants et de sympathisants du président IBK ne comprenait, en effet, pourquoi des « illustres inconnus » au bataillon et de la traversée du désert sont au-devant de la scène, snobant et narguant ceux qui devraient être aux commandes. Chez plusieurs militants à la base, le sentiment de colère se glissait vers celui de la trahison de la fidélité et de la loyauté. Il était donc fort compréhensible que les relations du second Premier ministre choisi par le président IBK, au regard de ses antécédents politiques, ne fussent point le grand et parfait amour. Que le RPM ait donc, en réaction, choisi de torpiller le Premier ministre Moussa Mara, c’est un pas que nous n’allons pas franchir.

En dépit du maintien des grands équilibres politiques, notamment de la représentativité du RPM au sein de l’équipe, en réhabilitant le fait majoritaire (le secrétaire général du parti majoritaire est désormais la seconde personnalité du gouvernement), le président IBK lance un signal fort à tous les militants et sympathisants frustrés de ne pas voir un des leurs comme capitaine d’équipe gouvernemental. Si jusqu’ici plusieurs responsables et cadres du parti majoritaire ne cachent pas leurs frustrations et impatiences quant à ce qu’ils expriment par « nous sommes au pouvoir sans avoir le pouvoir », l’aggiornamento gouvernemental et le modus vivendi convenus avec le nouveau le PM fait entrevoir aux responsables du RPM la fin prochaine du coup d’État politique qu’ils ressentent, depuis le début de leur pouvoir.

Le malaise, il était aussi social. Outre, la difficulté de joindre les deux bouts par beaucoup de ménages, l’instrumentalisation insidieuse des affaires a cristallisé les ressentiments et projeté la famille présidentielle au-devant de la scène. La référence fréquemment faite, et souvent de manière malveillante, à certains membres de la famille présidentielle dans le cadre des affaires de l’avion et des contrats d’armements alourdissant inutilement l’atmosphère. Par la sortie de son neveu du gouvernement (ainsi que des autres ministres cités dans les rapports du BVG), le président IBK donne ainsi à ses détracteurs une réponse cinglante et rassure les Maliens quant à son engagement et à sa volonté inaltérable d’instaurer une gouvernance d’éthique. A ceux qui l’ont dépeint comme un « Papa protecteur », le président apparaît aux Maliens comme un homme d’État impartial qui n’a jamais fignolé avec l’engagement moral  et la volonté de transparence. Il l’avait dit, il ne couvrira personne.

Nécessaires recadrages

On ne peut et ne doit seulement juger le Premier ministre Moussa Mara et son gouvernement sur les affaires, surtout Kidal et ses suites. La reconduction des deux tiers de l’équipe sortante prouve non seulement qu’elle a eu du mérite, mais aussi que tout n’y était pas mauvais, surtout que tout n’y était pas pourri.

Mais, au regard des attentes fortes et légitimes des Maliens, un recadrage s’imposait au plan structurel et humain pour plus d’opérationnalité. Ainsi, s’explique tout le secret lifting gouvernemental décidé par le président IBK afin de mettre un terme aux dysfonctionnements internes et aux querelles de clocher autour d’une équipe de laquelle les Maliens attendent impatiemment des résultats conformément à ses promesses de campagne.

Au plan technique, il fallait pour la cohérence réajuster et réadapter la structure gouvernement eu regard de la pratique, mais aussi des hiatus qui auraient pu devenir de véritables conflits de compétence. Par exemple : en fusionnant le ministère de Culture et celui de l’Artisanat et Tourisme et attribuant par exemple, le porte-parolat du gouvernement au Ministère de la Communication, le président IBK met tout le monde à l’aise. Parce qu’il n’y avait aucune espèce de cohérence que ce soit le ministre sortant de la Communication qui, sans en avoir la qualité, parlait au nom du gouvernement avec toute la frustration que cela engendrait chez son collègue qui en avait l’attribution. Par ailleurs, pour plus d’efficacité, chacun sait que dans un vieux pays comme le Mali, l’artisanat est intimement lié à la Culture qui reste le véritable moteur du tourisme.

Au sortir d’une crise aussi profonde comme celle que notre pays a connue, le Chef d’État non seulement se doit d’être à l’écoute des attentes, des aspirations voir de la colère de son peuple, mais aussi se doit d’être le point nodal, le rassembleur et le catalyseur du renouveau. Conscient que le changement qu’il a promis ne peut aller de pair avec le moindre soupçon d’incompétence et d’improbité sur l’équipe gouvernementale, et parce qu’il a décidé de ne couvrir personne, le président IBK décidé de ne pas reconduire ceux sur lesquels la vindicte de l’opinion a été orientée, souvent au mépris de la présomption d’innocence, suite aux affaires de l’avion et des contrats d’armements. L’Etat, c’est aussi cela : des choix et souvent bien douloureux.

Affaire à suivre

Par Sambi TOURE

 

 




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