illet: trois bougies pour IBK

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« Je jure devant Dieu et le Peuple Malien… ». Voilà trois ans qu’IBK prononçait le serment qui consacrait sa prise de fonction comme Président élu de la République du Mali dans un contexte particulièrement difficile. Peut-on changer le Mali d’aujourd’hui sans instaurer une suprématie absolue de l’Etat et le règne du droit face aux pesanteurs sociales?

La volonté d’IBK de sortir des sentiers battus est constante : déclarations tranchantes, mesures souvent impopulaires mais salutaires, refus d’apparaître comme le chef d’un clan politique privilégié, sainte horreur du populisme et de la démagogie, mais il y a longtemps que le pays est malade. Malade du laxisme et de l’incompétence. Des éternuements de 1968, on est passé à la grippe en 1991, puis au choléra en 2012 avec des complications aiguës dues à la généralisation des mauvaises pratiques de gestion à tous les niveaux, à la vénalité des hommes politiques et la dépravation des mœurs sociales. Entré en phase d’équilibre instable depuis l’avènement d’IBK au pouvoir, il urge d’appliquer une thérapie de choc pour éviter le chaos redouté. La crise de 2012 et les longues négociations qui ont suivi ont compromis le respect du calendrier politique d’IBK, élu sur sa capacité à ramener la paix et lutter contre la corruption. Cependant, devait-il s’engager sur la voie du changement sans faire l’état des lieux ? N’a-t-il pas ainsi donné l’occasion à des politiciens pervers et retors de tenter de noyer le poisson entre ses mains ? Une équipe composée d’hommes honnêtes et de prédateurs non repentis peut devenir un cocktail explosif si l’on baisse la garde, avec le risque que les populations et donc les électeurs interprètent une telle alchimie comme une entreprise d’absolution de péchés. Trois ans après, la paix reste à consolider pendant que les bonnes pratiques de gestion peinent à s’imposer. Trois bougies et du retard à l’allumage !
Le Mali peut-il véritablement sortir de l’ornière de la mauvaise gouvernance, sans chercher à comprendre comment et par qui des sommes faramineuses d’argent sale ont été générées et partagées au sud et dans le septentrion, grâce au trafic de drogue et aux prises d’otages, comment notre brave armée jadis crainte s’est muée en vingt ans en une armée des ombres ? C’est le grand défi à relever si l’on veut donner aux populations une raison de croire au changement car, incontestablement l’économie criminelle entretenue dans le septentrion a servi à déstabiliser le Mali et ses institutions entre 2011 et 2012. A défaut, comment les Maliennes et les Maliens de tous bords pourraient-ils surmonter le doute et la peur, pour entamer la traversée du désert en direction de Kidal ou Taoudéni, y prendre fonction, voir un ami ou de la famille ? Des explications doivent être fournies sur l’ensemble des turpitudes qui ont conduit le Mali au désastre avec le démantèlement de notre armée. C’est la condition pour donner un contenu et un sens à la réconciliation, avant d’amorcer un développement économique et social partagé, donc durable. Dans la gestion du pays, des insuffisances ont été par moments constatées mais il faut reconnaître qu’IBK a toujours eu le courage de prendre les décisions qui s’imposent et de rester fidèle à son serment, confirmant qu’il reste le « Kankélétigui ».
A deux ans de la fin de son mandat, les différents choix politiques et économiques doivent plus que jamais concourir à la réalisation des objectifs de paix, de sécurité et de moralisation de la vie publique.

Mahamadou camara
Email : camara.mc.camara@gmail.com

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