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jeudi 3 décembre 2020
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Impayés des factures d’hôtel: la Transition sur une bombe sociale

Le Gouvernement de notre pays, à l’instar de plusieurs autres, s’est engagé dans une campagne de rapatriement de nos compatriotes bloqués à l’étranger du fait de la COVID-19. Comme l’exige le protocole sanitaire, ces rapatriés ont été astreints à une période de confinement de 14 jours dans des hôtels partenaires de l’Etat. Plusieurs mois après le lancement de l’opération, les promoteurs hôteliers, dont 14 spécifiquement, courent en vain derrière leurs sous les plongeant dans une situation de précarité financière et économique indescriptible. Au regard des implications du non-paiement des factures d’hôtel, les autorités de la Transition sont interpellées au plus haut niveau.

Les témoignages sont émouvants et accablants. Des promoteurs hôteliers, dans un élan de solidarité nationale, ont accepté d’héberger nos compatriotes rapatriés qui devaient passer par une période de confinement avant de rejoindre leurs familles respectives. Selon les témoignages, certains promoteurs sont allés jusqu’à contracter des prêts auprès des banques de la place pour honorer leur engagement vis-à-vis de l’Etat.
Mais, autant les banques ne font pas dans la philanthropie, autant les hôtels ne vivent pas que d’eau fraîche et d’amour. Il faut rembourser les prêts contractés. Voilà le casse-tête chinois pour les promoteurs hôteliers, d’autant plus que l’Etat de son côté a superbement ignoré ses engagements. Les factures impayées sont là et les hôteliers ne savent plus où donner de la tête. Des témoignages concordants rapportent une mauvaise fois, sinon une volonté des représentants de l’Etat de tourner en bourrique les hôteliers qui entreprennent des démarchent pour rentrer en possession de leur argent. Une situation d’autant plus scandaleuse qu’une annonce officielle a été faite dans le cadre des mesures sociales devant permettre de supporter le contrecoup de la pandémie à Coronavirus. ‘’Le Fonds de Garantie du Secteur Privé sera doté d’un montant de 20 milliards de FCFA destiné à garantir les besoins de financement des PME/PMI, des Systèmes Financiers Décentralisés, des industries et de certaines grandes entreprises affectées par la pandémie’’. A cela, il faut ajouter les impressionnantes sommes collectées au nom de la solidarité nationale. L’on estime dans le milieu hôtelier que si ces sommes n’ont pas été carottées quelque part, avec un minimum de bonne volonté, l’Etat devrait être à mesure d’éponger ses factures.
A titre indicatif du désastre économique et financier, l’on apprend que deux hôtels seulement doivent plus de 600 millions à l’Etat, au titre des impayés de factures dans le cadre de l’hébergement de nos compatriotes rapatriés à la suite de la pandémie à Coronavirus.
Une autre indication, lors de la visite de la ministre de la Culture, de l’artisanat et du tourisme, Mme Kadiatou KONARE, à l’hôtel de l’Amitié, les responsables ont soulevé le problème des impayés de facture qui les taraude. Là les impayés de factures sont estimés à plus de 400 millions FCFA.
Conséquence : plusieurs hôtels sont sur le point de mettre la clé sous la porte pour ‘’crise économique’’ avec comme corollaire des centaines de travailleurs qui se retrouveront bientôt en chômage technique. Les hôteliers, apprend-on, sont d’autant plus mal barrés qu’à deux malheurs s’est ajouté un autre. En effet, depuis l’éclatement de la crise multidimensionnelle dans notre pays, en 2012, l’activité hôtelière tourne au ralenti pour des raisons de sécurité. Cette première étape qui se poursuit dans le temps a d’ailleurs connu son lot de travailleurs licenciés. Même les plus grands hôtels de la place ont été amenés à licencier des travailleurs pour ‘’raisons économique’’. A cela s’est greffée la crise sanitaire liée à la COVID-19 où les hôtels, à l’instar des espaces publics, devaient purement et simplement fermer boutique pour raison de sécurité sanitaire. Pour ne rien arranger à la situation catastrophique, l’hébergement des rapatriés qui devrait représenter une bouffée d’oxygène se transforme en cauchemar, parce que l’Etat rechigne à s’acquitter de ses dettes.
Pour les autorités de la Transition, le règlement de ces factures, principalement des 14 hôtels partenaires, devrait s’inscrire dans le cadre d’une urgence nationale. Parce que c’est un pan important de l’économie, déjà très vacillant, qui est sur le point de s’écrouler totalement. La situation est donc bombesque et mériterait d’être désamorcée. Et pour cela, le plutôt serait le mieux. Avec les revendications syndicales protéiformes qui prennent la forme d’un effet domino, il ne serait de l’intérêt de personne d’ouvrir un nouveau front avec le contingent des futurs licenciés des hôtels qui ne manqueront certainement d’y aller de leurs revendications. Les nouvelles autorités prendront-elles la pleine mesure de la situation pour empêcher l’explosion de cette bombe sociale ?

PAR BERTIN DAKOUO




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