Industrie semencière en Afrique de l’ouest: la recherche de solutions nouvelles

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Après une première réunion statutaire du Comité Ouest-Africain des Semences (COASem) qui s’est tenue à Abidjan, Côte d’Ivoire, les 3 et 4 août 2015, Bamako est l’hôte de la seconde réunion statutaire. Entamés, hier lundi, à l’hôtel Salam de Bamako, les travaux de cette rencontre régionale de deux jours devront permettre aux présidents des 16 Comités nationaux de semences (CNS) et leurs chefs de services semenciers nationaux, excepté le Libéria, de renouveler la volonté conjuguée d’aller à la recherche de solutions nouvelles pour le développement d’un marché régional des semences.

Organisée conjointement par le CORAF/WECARD (le Conseil Ouest et Centre Africain pour la Recherche et le Développement Agricoles) et l’Institut du Sahel (INSAH/CILSS) et en coopération avec le ministère de l’Agriculture du Mali, la rencontre réunit des représentants des institutions régionales telles que l’UEMOA, la CEDEAO, le CILSS, et des acteurs nationaux, régionaux et internationaux des secteurs agricole et semencier.
Pendant deux jours, les membres du comité vont, entre autres, évaluer l’état de mise en œuvre des 6 recommandations issues de la première réunion statutaire du Comité, tenue l’année dernière en Côte d’Ivoire. Il s’agit de: la mise en place de mécanisme de mobilisation de fonds, estimé à 20,989 millions de dollars ; l’élaboration d’une stratégie efficace visant à aider au développement d’un marché régional des semences fonctionnel ; l’accélération de la signature de la Convention tripartite CEDEAO-UEMOA-CILSS ; la finalisation des règlements d’exécution ; l’accélération de la mise en place des comités régionaux engrais et pesticides.
Aussi, les présidents des 16 Comités nationaux de semences (CNS) et les chefs des services semenciers nationaux des 16 pays à savoir : le Bénin, le Burkina Faso, le Cap-Vert, la Côte d’Ivoire, la Gambie, le Ghana, la Guinée, la Guinée Bissau, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Nigéria, le Sénégal, la Sierra Léone, le Tchad et le Togo, ont-ils fait le bilan de la mise en œuvre du Règlement semencier régional harmonisé, au niveau national.
Adopté en 2008 par la CEDEAO et en 2009 par l’UEMOA, ce Règlement vise à créer les conditions favorables à l’émergence d’une industrie semencière forte, capable d’assurer un approvisionnement régulier, au moment opportun, en semences de qualité et en quantité suffisante, dans les 17 pays de l’espace sous régional.
En Afrique de l’Ouest et du Centre où la population est fortement agricole, l’augmentation de la productivité dépend largement, selon Dr Ernest ASIEDU, de la disponibilité des semences de qualité qui contribuent à environ 40% du rendement agricole. Et le Coordonnateur régional du Programme semencier pour l’Afrique de l’Ouest (PSAO) d’ajouter qu’une industrie semencière forte et dynamique est la clé pour une réelle transformation agricole.
Voilà pourquoi, en Afrique de l’Ouest, les agriculteurs dépendent de l’accès aux semences de qualité pour améliorer leur productivité.

Bilan flatteur
Cependant, l’industrie semencière est confrontée à des défis considérables de production, de distribution et d’utilisation généralisée de semences certifiées. Parmi ces défis, Dr Ernest ASIEDU a noté un environnement politique et réglementaire défavorable à l’émergence d’une industrie semencière forte, avec plusieurs contraintes politiques qui entravent la disponibilité des semences de qualité standard de variétés améliorées et l’investissement privé dans le secteur.
Consciente de cela, la Commission de la CEDEAO a confié au CORAF/WECARD, en 2013, à travers le Programme semencier pour l’Afrique de l’Ouest, la mise en place du Comité Ouest-Africain des Semences pour que ce dernier exerce sa mission et ses fonctions de coordination des Comités semenciers nationaux (CSN) des 17 pays membres de la CEDEAO-UEMAO-CILSS pour une période provisoire de 5 années.
Par le biais de l’intervention du PSAO et des partenaires, les pays ont bénéficié d’une assistance pour la mise en œuvre du Règlement avec l’utilisation d’une approche plus harmonisée, ce qui a permis une augmentation considérable du taux de mise en œuvre qui est passé de 41% en 2013 à 84% en 2015. Ce qui a facilité, selon le Directeur exécutif du CORAF/WECARD, le commerce national et régional des semences.
Autre bilan salué par Dr Abdou TENKOUANO : plus de 900 agents ont été dotés des moyens de mener à bien le contrôle de qualité des semences, avec à l’appui la production de catalogues variétaux qui constituent des sources d’information sur le potentiel génétique et les zones d’adaptation des variétés disponibles.
Le secteur privé, qui est l’un des principaux acteurs dans le domaine de la production et du commerce des semences, s’est également constitué, grâce à leurs travaux de facilitation, en Alliance pour l’industrie des semences en Afrique de l’Ouest (ASIWA).
Il a, par ailleurs, estimé que la quantité de semences fournies aux agriculteurs de la sous-région est passée de 183 000 tonnes en 2012/13 à 372 000 tonnes en 2015, ce qui représente 103% d’augmentation ; et la couverture en semences certifiées est passée de 14% à 22% pendant la même période.
De même, la valeur des semences commercialisées est passée de 215 millions à 761 millions de dollars. Toute chose qui reste malheureusement en deçà de la valeur potentielle de 1,7 milliard de dollars.
En tout état de cause, le Directeur exécutif a fait état des évolutions positives observées dans le secteur semencier, lesquelles ont aussi contribué à l’édification d’une capacité endogène de réponse régionale aux défis régionaux.

Les grands défis
« Nous l’avons constaté à travers l’initiative d’assistance rapide en semences en faveur des pays qui ont été touchés par le virus Ebola (Guinée, Libéria et Sierra Leone) qui a permis d’approvisionner ces pays avec plus de 10 000 tonnes de semences de qualité en provenance de la région. On a ainsi touché plus de 700 000 agriculteurs qui auront produit plus de 500 000 tonnes de riz de consommation, soit suffisamment pour nourrir plus de 2 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire. A notre connaissance, cette mobilisation, coordonnée par le CORAF/WECARD, constitue le premier cas de réponse régionale à une crise régionale, et elle démontre éloquemment la puissance des barrières tombées, comme le préconise l’harmonisation », se félicite Dr Abdou TENKOUANO.
En dépit de ces succès, des défis subsistent dans la mise en œuvre du règlement, notamment un faible niveau d’adoption dans certains pays et une mauvaise compréhension par une certaine catégorie de la population.
D’autres défis sont l’adultération du marché des semences, les restrictions et les extorsions transfrontalières injustifiés, entre autres.
Voilà pourquoi à l’ouverture des travaux, le Secrétaire général du ministère de l’Agriculture, Daniel Siméon KELEMA, a exhorté les participants à réfléchir ensemble sur la stratégie de développement du marché régional des semences.
Aussi, fondant beaucoup d’espoir pour le développement de l’industrie semencière en Afrique de l’Ouest, il a souhaité que les présentes assises puissent permettre de renouveler la volonté conjuguée d’aller à la recherche de solutions nouvelles afin de relever les défis cités plus haut. Toutes choses qui permettront une expansion et une fluidité du marché des semences en vue de contribuer à la transformation de l’Agriculture.

Par Mohamed D. DIAWARA Et Bénédicte SOMBORO (Stagiaire)

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