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jeudi 19 avril 2018
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Info-Matin reste ma maison

J’ai été recruté suite à un test comme journaliste stagiaire au Quotidien des Sans Voix un matin de septembre 2001 à la veille des quatre attentats-suicides perpétrés aux États-Unis et qui marqueront à jamais une nouvelle ère de la géopolitique dans le monde. À l’époque, le Mali préparait activement la CAN 2002.

Nous étions alors trois nouveaux reporters avec Bertin et Mlle Dicko qui n’est pas restée longtemps. Trop dur comme métier. Mon nom de signature était alors Casimir Ibrahim Sangala ou pour faire court Ibrahim Sangala.
Au-delà des reportages factuels auxquels je m’étais déjà frotté dans deux précédentes rédactions, notamment l’hebdomadaire « Liberté » d’Abdoulaye Ladji Guindo et le bihebdomadaire « Le Tambour » de Yéro Diallo, je couvrais tous les sujets ou presque : société, culture, économie, enquêtes et faits divers, sport, etc.
Le métier était difficile, peu attrayant, les sources d’information rares. Le matériel de travail (téléphone portable, ordinateurs, motos, dictaphone, internet, etc.) relevait du luxe. Proposer un sujet au comité quotidien de rédaction relevait d’un véritable casse-tête. Il fallait sortir et aller chercher l’information comme le chasseur dans la brousse, à condition qu’elle retienne l’attention du patron. En face, le pouvoir (l’Adéma puis le clan ATT) était sans pitié contre les détracteurs et l’atmosphère était plutôt à la méfiance de la presse. La démocratie était tellement surveillée qu’elle avait tout l’air d’une démocratie que nous dénoncions à la plume, mais jamais se compromettre personnellement : les passe-droits, l’inégalité des chances, l’injustice, la corruption, les élections bâclées, le népotisme, l’arrogance et l’insolence politique, les bâillonnements et les censures. Un frère m’a même prévenu que j’exerçais à mes seuls risques et périls.
Je me faisais alors un point d’honneur à cadrer et recadrer mes papiers soumis au filtre des anciens de la maison : Sékouba Samaké, Makan Koné et Mohamed Sacko. Il fallait rechercher absolument la clarté et la fluidité, mais aussi la précision et l’harmonie de la lecture. Quant au style qui me reste toujours collé à la peau, il était en grande partie inspiré de mes lectures. En effet, je lisais beaucoup dès mon jeune âge les revues, les magazines et les bandes dessinées du genre : Afrique Nouvelle, Jeune Afrique, Tarzan, Picsou et même du Karl Max (le capital) et des livrets de propagande de l’URSS ramenés par un beau-frère officier de l’armée de l’Air.
En plus de la rédaction d’articles, j’effectuais volontiers plusieurs petites tâches administratives grâce à quelques expériences acquises en 1999-2000 à la Direction des Ressources Humaines de l’Huilerie cotonnière du Mali. De fil en aiguille, en plus d’être le syndicaliste maison, j’épaulais Sambi Touré pour l’infographie du journal après le départ de Mohamed Sacko, le Rédacteur en Chef. Et lorsque l’hebdo satirique « le Canard Libéré » fut relancé en 2005 après quelques années d’hibernation, j’en assumai la direction de publication jusqu’en juin 2007 et la rocambolesque affaire de l’article « la maitresse du Président de la République » et la série d’arrestations qui s’en est suivie. Par finir, j’étais pratiquement le dernier à quitter la rédaction.
Comme tout bon journaliste, j’avais graduellement conquis ma chasse gardée : eau et électricité, syndicats, droit du consommateur, droit des femmes, mairie du district, RPM, Assemblée nationale, Association Agir, Espoir 2002, culture, artisanat, tourisme, foncier, développement social.
En huit ans de passage dans le Groupe de presse et de communication Agence Mali Media, je retiendrais essentiellement l’esprit de famille avec ses tensions et ses éclats de rire, la réussite de nombreux stagiaires que j’ai eu à encadrer, l’acquisition d’une grande somme de culture générale sur le Mali, mes nombreux reportages au Mali et à l’étranger, les rencontres avec les hommes du pouvoir comme de l’opposition, les patrons du secteur privé, les syndicalistes, les activistes de l’altermondialisme et de simples citoyens qui ne comptaient finalement que sur la presse pour gagner une cause ou du moins se faire entendre.
Aujourd’hui encore, je suis animé par la ferme conviction que la presse est cette institution dont la mission fondamentale est de veiller à la préservation des acquis de la jeune démocratie du Mali. Mieux, la crise actuelle représente pour elle un challenge pour aider à la réalisation de la paix. C’est la raison pour laquelle je n’ai jamais réellement quitté la maison Info-Matin qui reste la mienne.

CASIMIR SANGALA




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