Insécurité à Bamako: le ministre Salif perd t-il le contrôle ?

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En plein cœur de Bamako, des hommes armés ont canonné les pieds d’un jeune homme, au cours d’un hold-up, digne des oscars hollywoodiens, au siège d’Ecobank, avant de disparaitre dans la nature avec plusieurs millions de francs. C’était jeudi dernier 27 octobre dans un contexte sécuritaire totalement surréaliste où l’absence de riposte appropriée sur les lieux du crime, donnant nettement l’impression d’un laisser-aller ambiant, a fait peser la pression sur le ministre de la Sécurité qui ne semble plus être l’homme qu’on croit être apte et efficace à la tâche…

Ce n’est pas la première fois que ça arrive à Bamako : un endroit à grand public cible des attaques meurtrières. C’était arrivé, l’année dernière, en maints endroits de la ville ; l’hôtel Radisson et la Terrasse de l’Hippodrome, où des terroristes ont frappé à mort des paisibles clients. Ça peut arriver à Bamako, comme dans les grandes villes du monde, que des assauts violents et criminels visent de paisibles citadins, dont le seul tort est d’avoir choisi d’y vivre et d’y travailler. Les spécialistes en matière de sécurité soutiennent qu’en raison de nouvelles menaces qui guettent la sécurité publique, aucune agglomération, fut-elle fortifiée, n’est suffisamment sécurisée pour engendrer le risque zéro. Partout alors, dans n’importe quelle ville du monde, en dépit des précautions d’usage, le risque zéro n’existe pas en matière de sécurité.
Bamako, comme toutes les autres grandes cités modernes, n’y fait pas exception. Compte tenu de la situation extrêmement sensible, le risque de braquage est réel et actuel dans la cité, comme il est survenu, la semaine dernière, au siège d’Ecobank, où des hommes armés (on n’est pas encore parvenu à identifier le nombre), ont littéralement mitraillé le corps d’un jeune client de la banque, en emportant plusieurs millions, subtilisés brutalement sur lui. Mais, dans ce cas, ce qui a été révoltant, c’est l’atmosphère de vide qui s’est installée sur les lieux, dès la perpétuation du crime, au point de laisser la victime dans les mains de simples passants ou autres usagers de la banque, lesquels ont dû rivaliser d’ingéniosité et de courage pour apporter aide et soutien à une victime qui en demandait plus spécialisés et mieux ordonnés.
Sur les entrefaites, pendant de longues périodes, l’entourage immédiat de la banque, à en juger par le climat qui y règne, ne ressemblait nullement à un endroit, à haut risque sécuritaire, qui venait à l’instant d’être le théâtre d’un si tragique cambriolage, accompagné de rapt violent, en plein centre-ville. Durant les minutes qui ont suivi le braquage, les devantures immédiates de la banque ne portaient, en terme de prévision sécuritaire, aucune présence renforcée, ni opérationnelle des forces de l’ordre, qui devront être là, ne serait-ce que pour des besoins d’enquêtes et de renseignements, pour boucler les périmètres de la zone en vue d’en établir une zone de sécurité. C’est cela la disposition à prendre immédiatement dès qu’un foyer de tension similaire est signalé quelque part dans la ville : c’est le branle-bas des forces de sécurité, des agents de renseignement, la police scientifique, les magistrats spécialisés ; chacun, selon ses disciplines et ses compétences, en train de mouiller, centimètre carré par centimètre carré, la zone infectée. La circulation, le passage, les mouvements, tout est interdit aux passagers et autres curieux, afin que le moindre indice ne s’évapore dans la nature, concernant les traces, les éléments suspectés des ravisseurs.
C’est cela la technicité, la riposte immédiate qui doit s’organiser sur les lieux des drames, dans les grandes villes, une fois les forfaits commis.
Lors du braquage du siège d’Ecobank, il y a tout sauf un tel dispositif sécuritaire huilé et efficace autour du périmètre à sécuriser forcément. De longs moments ont passé sans que le moindre signe distinct de forces de l’ordre n’apparaisse sur les lieux. A voir l’emplacement du lieu, où est survenu le braquage, situé en plein centre-ville de Bamako, non loin de l’un des quartiers résidentiels les plus prisés de la haute hiérarchie militaire et même des personnalités de l’État, il est étonnant de voir que le siège d’Ecobank soit laissé à l’abandon, une fois après avoir subi les assauts violents des assaillants. Dans le feu de l’action, le pire était même à craindre d’autant que les mêmes assaillants, ces hommes armés qui ont tiré sur le jeune client pour l’obliger à céder son sac contenant de l’argent, pouvaient même se fouler, juste après les faits, pour venir « effacer », des indices susceptibles pouvant remonter jusqu’au réseau. Tant l’endroit, pendant longtemps, est resté à lui-même, sans aucun contrôle des forces de l’ordre.
Peut-on imaginer, une seconde, que la ville de Bamako, en dépit de la contrainte sécuritaire qui s’y trouve, en raison de tous les assauts meurtriers qui y ont été perpétrés, ces derniers temps, ne dispose pas d’un plan de riposte sécuritaire approprié et adapté aux différents types de menaces ? Si tel est le cas, c’est donc la responsabilité directe et personnelle du ministre de la Sécurité, le général Salif Traoré, celui-là qui a été constamment mis sur la brèche de l’actualité sécuritaire brûlante, et qui a toujours déclaré publiquement qu’il n’y a pas péril en la demeure. Et si ce plan de riposte sécuritaire, dans notre contexte sécuritaire tendu, n’existe pas, alors là, c’est même une faute politique grave dont le ministre de la Sécurité doit en assumer les conséquences.
Le jeudi dernier, en début d’après-midi, alors que notre équipe de reporters passait sur les lieux, quelques moments après la perpétuation du braquage, il n’y avait aucun cordon sécuritaire érigé sur les lieux et n’y en a jamais eu. Les abords immédiats du siège principal d’Ecobank étaient à l’abandon. Aucune présence visible des forces de l’ordre ni aucun mouvement d’agents de recherches ou de renseignements n’indiquaient que la zone venait d’être le théâtre violent d’un braquage, au cours duquel, en pleine journée, et en plein centre-ville de Bamako, un jeune client a perdu plusieurs dizaines de millions, emportés comme si c’était de la fatalité. Dans une situation similaire, dans une ville quelconque, un tel laisser-aller ne serait pas toléré face à un tel braquage à mains armées. Dès la perpétuation des faits, par un système plus sécurisé et plus rapide, les autorités sécuritaires, dont le ministre de la Sécurité, sont directement informées. Elles mettent en branle la riposte sécuritaire qui peut prendre plusieurs formes, engageant différentes disciplines et plusieurs compétences à la fois, chacun sur le qui-vive ; chacun sur ses gardes, entrainant même parfois des entrechoques entre eux, l’essentiel étant que le travail de traque et d’alerte se déroule efficacement et plus rapidement pour que les fugitifs soient le plus rapidement cernés de tous les côtés.
Sur cette absence notoire d’alerte et de riposte des forces de sécurité, au siège d’Ecobank, après un tel scénario violent, qui aurait dû mettre en confiance les citoyens, le ministre de la Sécurité, désormais sur la brèche sécuritaire, est alors plus interpellé que jamais sur ses propres insuffisances à assurer la protection des populations de Bamako.

PAR Sékouba Samaké

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