Interposition:la Minusma outrepasse son mandat

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La Mission onusienne met un point d’honneur à accomplir une mission d’interposition, entre les belligérants, qui n’est pas sans susciter des interrogations légitimes sur la nature de son mandat et de l’interprétation qu’elle en fait.

Point de doute que Résolution 2295 (2016), adoptée par le Conseil de sécurité à 7727e séance, le 29 juin 2016, dote la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation du Mali (MINUSMA) d’un mandat plutôt robuste, conformément à une demande persistante des autorités nationales. Dans la Résolution ci-dessus citée, le Conseil de sécurité : ‘’décide également de porter l’effectif de la MINUSMA à un maximum de 13 289 militaires et 1 920 policiers, et prie le Secrétaire général de prendre les mesures nécessaires pour procéder rapidement à la constitution de forces et de matériel, ainsi qu’à leur déploiement, notamment comme il est énoncé au paragraphe 41 ci-dessous ; décide que la priorité stratégique de la Mission consiste à appuyer la mise en œuvre par le Gouvernement, les groupes armés des coalitions Plateforme et Coordination, ainsi que par d’autres parties prenantes maliennes, de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, en particulier ses dispositions relatives au rétablissement et à l’extension progressifs de l’autorité de l’État ; autorise la MINUSMA à utiliser tous les moyens nécessaires pour accomplir son mandat, dans les limites de ses capacités et dans ses zones de déploiement ; demande à la MINUSMA d’adopter une démarche plus proactive et robuste afin de mener à bien son mandat…’’
La revue à la hausse de l’effectif de la MINUSMA qui passe de 11 240 militaires, y compris un nombre minimum de 40 observateurs militaires chargés de surveiller et de superviser le cessez-le-feu ainsi que des bataillons de réserve pouvant être déployés rapidement à l’intérieur du pays, et 1 440 policiers à 13 289 militaires et 1 920 policiers ; l’autorisation d’utiliser tous les moyens nécessaires pour accomplir son mandat ; la demande d’une démarche plus proactive et robuste représente des avancées notoires à saluer.
Mais, en toute évidence, cette révision de la posture de la MINUSMA, répond plus beaucoup de l’impératif de neutraliser les groupes terroristes que d’une ingérence dans un conflit entre groupes armés signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger. En effet, dans le mandat de la MINUSMA, parmi ses tâches prioritaires, il lui est assigné : ‘’appuyer, surveiller et superviser le cessez-le-feu et lui rendre compte des violations de celui-ci’’.
Il n’est donc dit nulle part, dans la Résolution, que la Mission onusienne devait s’interposer entre le GATIA et la CMA. Il est plutôt question d’appuyer (ce qu’elle fait à travers ses missions de bons offices et d’autres heureuses initiatives) de surveiller et superviser le cessez-le-feu. Les deux derniers termes (surveiller et superviser), s’ils sont synonymes, ne le sont pas avec interposer qui signifie s’entremettre, s’intercaler, intervenir qui renvoient tous à une action.
Pourtant, la MINUSMA affirme que depuis les affrontements survenus dans la ville de Kidal, le 21 juillet, elle patrouille en centre-ville, de jour comme de nuit, pour assurer la protection des civils, rassurer les populations et surveiller l’évolution de la situation aux fins de prévenir des combats dans la ville et à proximité de Kidal. La MINUSMA opère également des survols réguliers sur la ville et ses alentours.
La Mission fait savoir que le dispositif dissuasif mis en place qui comprend un dispositif d’interposition positionné à une dizaine de Kms de la ville de Kidal a permis jusqu’ici d’éviter les affrontements dans la ville ou à proximité, là où il y a une grande concentration de la population.
Le choix d’imposer le cessez-le-feu, au besoin par la force, n’est pas sans susciter des grincements de dents chez de nombreux Maliens excédés par une exécrable partisanerie. Parce qu’il s’agit d’observer le cesser d’un feu qui n’aurait jamais dû être allumé s’il y avait un traitement égalitaire des parties. Le fait est en effet récurent et émétique que c’est quand la CMA qui perd l’avantage du terrain que la protection de la population devient une impérieuse nécessité. Pourtant, les populations civiles devraient se valoir, qu’il y ait ‘’forte concentration’’ ou pas. À condition, bien sûr, que l’on observe les règles élémentaires d’engagement portant sur la neutralité. Mais à ce niveau, c’est une forêt de désillusions
Pour ce qui est de la poursuite de ses bons offices auprès des parties concernées pour obtenir un règlement, à travers le dialogue, des différends qui les opposent et la poursuite de la mise en œuvre de l’Accord de paix, la MINUSMA est bien sur le terrain que lui confère son mandat, conformément à la Résolution 2295 du Conseil de sécurité des Nations Unies.

Par Bertin DAKOUO

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