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mardi 12 décembre 2017
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Intox et désintox: Mara et la félonie

Tenaillé par la haine et une soif inaltérable du pouvoir, Moussa Maraton, au détour d’un obscur congrès, à Mopti, descend à bras raccourci sur la Majorité avec laquelle le divorce a été consommé, il y a seulement quelques jours. La quête d’une virginité politique est là pour expliquer un aussi infâme déchaînement.
Face à l’INTOX à gogo, voici la DÉSINTOX à satiété.
Lisez les croustillantes PÉPITES de la semaine.

La logique
INTOX
Dans son discours de clôture du 2e Congrès ordinaire de YELEMA, Moussa Maraton affirmait : ‘’nous nous battons pour l’alternance au Mali. Organisons-nous pour que cela soit également une réalité à la tête de nos partis !’’

DÉSINTOX
Exceptionnel moment de lucidité de cet homme pourtant obsédé par tout ce qui est pouvoir et assimilé. Pour une fois, ses propos ne sont pas otages de sa soif inaltérable de pouvoir. Parce que l’immuabilité, c’est la règle d’or qui gangrène nos Partis politiques. Le chef est élu/nommé/intronisé ad vitam aeternam. Quiconque s’y frotte s’y pique. La raison ? Elle est toute simple : Le Parti fait partie de son patrimoine personnel dont il est formellement interdit de convoiter la présidence, même dans ses rêves les plus fous. La règle non écrite est : après moi, c’est moi et toujours moi. Tout contrevenant est automatiquement éjecté pour des motifs qui tombent tel un couperet et qui dépassent toutes les limites du risible : indiscipline, lourde faute politique, travail fractionnel. L’essentiel est de montrer la porte et de dissuader tout éventuel petit intrigant provocateur qui perturberait la tranquillité du Roi du Parti.
Sur cette base et considérant également qu’au sommet des Partis au Mali chacun se croit sorti des cuisses de Jupiter (bè ye woro yé, mogo si te kaman ye), le cadre expulsé ne tarde pas à créer un autre de ces micros partis qui pullulent et polluent l’environnement politique. Un Parti qu’il régentera exactement comme le faisait l’autre qui l’a mis à la porte. Conséquence : nous avons autant de Partis politiques que de grognons. Dénominateur commun : ils n’ont aucun projet de société particulier ; persistent et signent dans les mêmes travers…
Moussa Maraton a touché du doigt la plaie. Il annonce son départ de la présidence son Parti, après son second mandat. S’il le fait, il aura tenu parole, au cas contraire, il aura au moins bien parlé.

L’élucubration
INTOX
‘’La politique n’est pas un métier, je ne crois pas à la carrière en politique’’.

DÉSINTOX
Désolé Maraton ! Il faut revenir sur terre et nous épargner les divagations dignes d’un navigateur interplanétaire. Au Mali, la politique est bel et bien un métier. C’est même le métier le plus lucratif. C’est le métier qui permet de passer du premier au dernier niveau d’un immeuble sans emprunter les escaliers, par conséquent éprouver ce que cela coûte en termes d’effort physique. Et pour cela, il n’y a pas de recette miracle : il faut savoir mener en bateau la foule. D’ailleurs, Achille Tournier disait : ‘’la politique est le seul métier qui se passe d’apprentissage, sans doute parce que les fautes en sont supportées par d’autres que par ceux qui les ont commises’’. C’est de l’utopie que de soutenir que la politique est un moment de sacrifice pour la Collectivité, un cadre où il faut faire son temps et passer à autre chose, en permettant à d’autres de poursuivre le chantier. Il faut arrêter de vendre des illusions.

L’arrogance
INTOX
Pour Moussa Maraton, pour réaliser l’alternance vraie, il faut des hommes et des femmes de qualité : ‘’ils doivent savoir faire preuve d’esprit de sacrifice pour arracher le Mali des mains malfaisantes qui le font reculer de jour en jour, à travers un système d’ententes illicites entre politiciens – hommes d’affaires – agents publics – acteurs de la presse qui consiste essentiellement à vampiriser l’État et à spolier les Maliens !’’

DÉSINTOX
Dans la tradition catholique ou orthodoxe, il y a 7 péchés capitaux dont découlent tous les autres : l’orgueil, l’avarice, l’envie, la colère, la luxure, la paresse, la gourmandise. On notera aisément qu’en tête de liste de ces péchés, il y a l’orgueil. Moussa Maraton, en plus d’être un condensé de tous ces péchés, affectionne particulièrement commettre un : le péché d’orgueil. À l’entendre, les futurs candidats de YELEMA seraient de sortes d’Aryens politiques ; une race pure, supérieure à même d’arracher le Mali des mains malfaisantes qui le font reculer. La preuve s’il en était encore besoin que ce président de Parti manque totalement de modestie. On dit en bambara : ‘’den bè bin a ta baga de bolo’’. C’est parce que des gens sont au pouvoir qu’ils commettent des erreurs de gouvernance. De ce point de vue, Moussa Maraton fait bien partie de ses mains malfaisantes, lui qui est allé livrer Kidal à une coalition de rebelles et de djihadistes. Sur ce point précis, l’histoire retiendra qu’il a été l’élément catalyseur du recul du Mali.

Le yelema
INTOX
Moussa Maraton, pour justifier sa nouvelle posture politique, rappelle que dans mon discours d’il y a trois ans à Sikasso, il avait dit que le Président IBK avait conscience de cela et que nous devrions l’aider à sortir le pays des mains de ce système. Trois ans plus tard, a-t-il poursuivi, force est de constater qu’il n’y est pas parvenu. Et d’annoncer : ‘’l’année prochaine, YELEMA va travailler à chercher ces femmes et ces hommes, à les rassembler au sein d’un grand mouvement pour réaliser l’alternance, la vraie !’’

DÉSINTOX
‘’Politique : lutte d’intérêts déguisée en débat de grands principes ; conduite d’affaires publiques pour un avantage privé’’. Ambrose Bierce (Le dictionnaire du diable). Un combat sur des principes, voilà ce que Moussa Maraton veut faire gober aux Maliens. Du baratin ! La vérité est qu’il y a trois ans, nous étions à trois ans d’une élection présidentielle. Une marge suffisante pour se constituer un trésor de guerre en s’arrimant l’attelage présidentiel. À quelques mois de l’élection présidentielle, la réalité est tout autre. Sous peine de saborder son ambition personnelle, pardon son obsession de Koulouba, il faut que Maraton ‘’yelema’’ (change), qu’il se démarque de ses alliés d’hier pour se faire une nouvelle virginité politique.
L’alternance, la vraie qui verra notre pays changer de logiciel, de direction et d’orientation, celle qui verra également notre pays changer de système et de principes, avec des hommes et des femmes neufs, de nouvelles méthodes et façons de faire. C’est ce que semble appeler Maraton de tous ses vœux. Si le discours n’est pas enchanteur, il pourrait refléter une bonne dose de bonne intention. Mais voilà, les cimetières sont remplis de bonnes intentions qui restent en rade. Et puis, l’alternance, la vraie, comme il y aspire ne se décrète pas au détour d’un obscur congrès à Mopti. On y travaille sur la durée pour y parvenir. Mais pour quelqu’un qui est obsédé de pouvoir dans l’immédiat, ce serait certainement trop demander.

La foutaise
INTOX
‘’Si la réussite de cette alternance devait passer par un homme qui n’est pas de notre parti, nous n’hésiterons pas à le suivre, car l’intérêt du pays est supérieur à celui de notre parti’’.

DÉSINTOX
Maraton céder le pas à un autre candidat ! C’est de la foutaise. Parce que tous les autres sont des mains malfaisantes qui font reculer le Mali de jour en jour et que lui et ses ouailles sont les seuls rédempteurs. On voit mal quelqu’un qui se prend pour le messie pactiser avec des impies, des ennemis à la Patrie. Il n’a jamais lancé de signal dans ce sens et ce n’est pas maintenant qu’il va s’y résoudre.
Pis, comme tous ceux que Maraton voue aux gémonies, le pouvoir, il le veut pour lui, hic et nunc. Tout compromis sur cette question serait illusoire. Les notions de sacrifice ne sont que du bla-bla à faire dormir debout, Maraton n’ayant jamais été un enfant de chœur.

L’égocentrisme
INTOX
‘’En droite ligne avec ce qui précède, force est de constater que la majorité présidentielle actuelle ne peut porter les aspirations au changement des Maliens’’.

DÉSINTOX
‘’Il y a des gens tellement égocentriques que, fermant les yeux, ils croient que le monde s’est éteint’’. Euphorismes de Grégoire. Tous les observateurs avisés voyaient Maraton venir. André Thérive disait : ‘’la trahison est une question de dates.’’ Essai sur les trahisons. Maraton a juste attendu le moment favorable pour tourner casaque, en savonnant la planche à la Majorité présidentielle par une salve de critiques plutôt inadaptées. Qu’il le veuille ou non, Moussa Maraton a été ministre l’Urbanisme et de la Politique de la Ville d’IBK. Il a également été Premier ministre d’IBK. Qu’il le veuille ou non, il est également comptable de la gouvernance actuelle.
Comme le ridicule ne tue plus au Mali, la Majorité dont Maraton a tenté d’usurper la présidence est celle qu’il pourfend aujourd’hui. Il a été mis dans ses petits souliers, après son putsch manqué, par le RPM qui ne voulait même plus de lui comme Premier ministre tout court. Au regard de cet épisode sombre de son séjour au sein de la Majorité, l’on est fondé à croire qu’il rumine encore ce désaveu ; une amertume qui pourrait amplement justifier sa sortie en règle contre la Majorité présidentielle devenue soudainement le mouton noir.
Cette Majorité ne peut pas porter les aspirations au changement des Maliens. Maraton est seul responsable des propos qu’il tient là.
Ce qui est par contre stupéfiant, c’est que c’est seulement maintenant, après des années de bon compagnonnage, que Maraton découvre toutes les carences de la Majorité présidentielle. La vérité est que qui veut abattre son chien l’accuse de rage.

La haine
INTOX
‘’Et maintenant, elle se réduit à accompagner le mouvement lancé pour la réélection du Président sans contenu, sans principes et sans objectif autre que de rester dans les environs du pouvoir’’.

DÉSINTOX
La Majorité n’est peut-être pas une foudre de guerre, mais le ton utilisé pour la décrire trahit une somme de haines et de mépris. Parce qu’accompagner la réélection du Président ne la rabaisse aucunement. Que la Majorité soit sans contenu, sans principes et sans objectif, c’est un jugement de valeur d’une vacuité déconcertante. La Majorité a bel et bien un objectif qui est de faire réélire le Président IBK. Pour le contenu, elle reste forte d’une soixantaine de Partis politiques dont beaucoup ont une réelle assise politique. Quant aux principes, la Majorité dispose d’une Convention qui lui balise la voie. Que veut Maraton, si ce n’est de dénigrer une Majorité avec laquelle il a rompu, il y a seulement quelques jours ? Bon, la politique c’est une jungle où l’on s’autorise beaucoup de coups bas, même s’il faut par ailleurs préserver un minimum d’éthique. Ce qui a manqué visiblement à Maraton qui a allumé les yeux fermés la Majorité présidentielle.




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